L’urgence du moment : rétablir la confiance.

Moins d’un an après le vote de la loi pour une école de la confiance, la confiance des personnels de direction à l’égard de leur institution s’est fortement dégradée au cours de la crise sanitaire. Pour réussir l’année scolaire prochaine après l’année chaotique que nous venons de vivre, il est urgent de rétablir sans attendre la confiance.

Onze mois seulement après le vote de la loi pour une école de la confiance, portée par l’actuel ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse,  et à l’issue de la crise sanitaire qui a conduit à la fermeture des écoles et établissements scolaires, au confinement des élèves, puis à un déconfinement et à une réouverture progressive des lieux d’enseignement sous condition du respect d’un cahier des charges sanitaires lui même évolutif, le syndicat des personnels de direction de l’UNSA, le SNPDEN, a appelé ses adhérents et l’ensemble des personnels de direction à une journée morte jeudi dernier, au cours de laquelle « seules les activités centrées sur l'accueil de nos élèves et la vie de nos établissements seront poursuivies » :  « aucune réponse à aucune enquête (encore plus que les autres jours !), à toute sollicitation institutionnelle ! Aucune communication avec notre institution : ni téléphone, ni mail ! Pas de programmation de réunions et stages… ! ».

S’agirait-il d’un mouvement d’humeur ? Deux études portant sur le moral des chefs d’établissement pendant la crise sanitaire, soutenues par le SNPDEN et la CASDEN, ont livré leurs premiers résultats[1] : un chiffre les résume, repris dans le titre de l’article de Vousnousils : 85% des perdirs estiment que leur confiance en l’institution s’est dégradée depuis la crise sanitaire. Co-auteur de cette étude, Georges Fotinos explique :

« Nous leur avons demandé si au cours des deux dernières semaines, ils avaient été gênés par les problèmes suivants : sentiment d’abattement, de dépression, perte d’espoir. 75 % ont répondu oui. Autre question que nous avons soumise aux perdirs : au cours de ces 14 derniers jours, avez-vous été dérangés par les problèmes suivants : nervosité, anxiété, tension ? La réponse était oui pour 93 % des perdirs interrogés. Nous leur avons aussi demandé s’ils avaient trouvé que les difficultés s’accumulaient à tel point qu’ils ne pouvaient pas les contrôler, et 87 % ont répondu oui. L’enquête cherche également à connaître l’impact de la crise sur la confiance des personnels de direction envers l’institution. Et 85 % des chefs d’établissement ont répondu que le résultat a été la dégradation de cette confiance. Même question pour les conditions de travail : 93 % estiment qu’elles se sont détériorées. Quant à leur statut de cadre autonome, ils estiment qu’il s’est dégradé à 65 %. Or ce statut de cadre autonome est quelque chose qui leur tient vraiment à cœur ».

Ces chiffres là sont éloquents, parce qu’ils touchent un maillon essentiel de la gouvernance éducative. Comme le rappelle dans un article récemment paru dans la Revue internationale d’éducation Sèvres[2], Jean-Marie de Ketele, la « gouvernance par le milieu » (leading frome the middle) est essentielle. Le travail des communautés locales d’apprentissage repose sur un acteur clé, le chef d’établissement, en inter-relation avec enseignants, formateurs, communauté territoriale, parents.

Le ministre devrait prendre cette alerte au sérieux, et ne pas se dire que, les vacances étant bientôt là, cette crispation momentanée passera. Ce qui est en jeu, par delà l’école de la confiance dont il se réclame et que cette année de crise a passablement écornée, c’est tout simplement le bon fonctionnement de ces communautés locales d’apprentissage, dont les personnels de direction sont les pivots indispensables. Si cet acteur-clé perd confiance, l’effet sur les résultats des élèves, le moral des professionnels, la confiance des élèves et des parents sera négatif. Il ne faudrait pas qu’à une année scolaire chaotique, succède une année de crise de confiance. Alerte, Monsieur le Ministre !

_____________________________________________________________________________________

[1] https://www.vousnousils.fr/2020/06/25/85-perdirs-perdu-confiance-linstitution-crise-sanitaire-633078

Le première, terminée, a porté sur les personnels de direction de Rhône-Alpes, la deuxième, en cours, porte sur ceux d’Ile de France.

[2] https://journals.openedition.org/ries/9463

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.