« Les élèves ont appris de manière satisfaisante » : à nuancer et approfondir…

La dernière enquête de la DEPP sur les apprentissages scolaires pendant le confinement apporte des éléments qui permettent de nuancer un message de réussite globale. Il resterait à s’intéresser à la manière dont, en cette période, les élèves ont recherché de l’information, consulté des ressources, pratiqué les médias…

La note d’information 20-26 de juillet 2020 publiée par la DEPP[1] tire un bilan globalement positif de la période de continuité pédagogique mise en œuvre de mars à juin dans les écoles, collèges lycées et lycées professionnels français.

Elèves, parents et personnels ont été consultés, ce qui rend cette étude, fruit de sept enquêtes menées dans la période de fermeture des écoles et établissements scolaires, particulièrement intéressante.

On en retiendra quelques lignes de force ainsi que quelques angles morts sur lesquels il serait important de porter un éclairage.

Cette étude confirme l’inégalité de satisfaction quant aux apprentissages selon plusieurs critères.

Selon que l’on est professeur en éducation prioritaire ou non, en enseignement public ou non, les taux de satisfaction connaissent des écarts significatifs. Cette satisfaction passe ainsi de 49% en collège d’éducation prioritaire à 85% en collège privé.

Les écarts sont également significatifs selon les types d’établissement des professeurs : les taux passent de 58% en lycée professionnel à 69% en lycée général, et 70% en collège hors éducation prioritaire.

Selon la catégorie à laquelle ils appartiennent et leur établissement d’exercice, les autres professionnels du second degré ont aussi une approche différenciée de la manière satisfaisante dont les élèves ont appris: chez les CPE, la satisfaction va de 58% en LP à 72% en lycée général, et 74% en collège ; chez les personnels de direction, elle varie de 67% en LP à 84% en lycée général en passant par 78% en collège. Pour les inspecteurs, elle se situe globalement à 63%.

Les parents pour leur part expriment un avis majoritaire nuancé: 50 à 53% selon que leurs enfants sont en LP, collège ou lycée général, estiment que les activités proposées ont été « assez profitables », 22 à 28% « très profitables », 16 à 21% peu profitables.

L’avis des élèves est essentiel : ce qui les a le plus marqués, dans les difficultés, c’est le manque de motivation : seuls 19% d’entre eux ne l’ont jamais ou presque jamais ressenti ; la difficulté de compréhension des consignes (seuls 33% d’ente eux ne l’ont jamais ou presque jamais éprouvée) ; les difficultés de connexion (seuls 35% n’en ont jamais ou presque jamais connues) ; les difficultés à organiser le temps de travail : seuls 42% n’y ont jamais ou presque jamais été confrontés.

On notera que les enseignants ont constaté un impact positif sur les élèves, très majoritairement en compétences numériques et autonomie (plus de 90%), en  quantité de travail fourni, en collaboration entre élèves, en  lien école famille (plus de 80%), en motivation scolaire (80%). Ils n’ont sans doute pas la même approche de la motivation que les élèves… Pour les parents, c’est le maintien du niveau d’apprentissage, une meilleure autonomie et la découverte de nouvelles méthodes qui recueillent un assentiment majoritaire.

Pour affiner le tableau, il serait intéressant de porter la lumière sur quelques domaines  restés dans l’ombre. Alors que le travail sur document a été particulièrement développé au cours de cette période, on constate que les termes « document », « ressource », « recherche », « médias » sont absents de la note. Parmi les professionnels interrogés, on n’a pas distingué quelle pouvait être l’approche des professeurs documentalistes. Une enquête menée au près d’eux par le laboratoire BONHEURS de CY Cergy Paris Université apporte en ce domaine quelques éléments précieux. Pour un quart des professeurs documentalistes, leur mission pédagogique (faire acquérir à tous les élèves une culture de l’information et des médias) a été impossible à remplir, contre moins d’un sur dix qui a estimé tout à fait possible de la remplir. Pour les deux tiers d’entre eux, elle a pu être partiellement remplie, notamment par de la médiation documentaire et l’accent porté sur la formation de l’esprit critique. L’inexistence (comme pour l’ensemble des « éducations à ») de créneau d’emploi du temps dédié à l’éducation aux médias et à l’information, inscrite au programme du cycle 4, a rendu sans doute plus difficile l’exercice de cette mission, pourtant primordiale au moment où, comme l’a montré l’enquête menée par le même laboratoire auprès des collégiens, l’intérêt des élèves pour l’information s’est accru.

____________________________________________________________________

[1] https://www.education.gouv.fr/crise-sanitaire-de-2020-et-continuite-pedagogique-les-eleves-ont-appris-de-maniere-satisfaisante-305214

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.