Missions des conseillers principaux d’éducation (CPE) : une état de l’art éducatif ?

 

Depuis longtemps, la profession et tous ceux  qui coopérent au quotidien avec eux attendaient la mise à jour officielle des missions des CPE. Après la publication de l’arrêté du 1/7/2013 définissant le référentiel de compétences des métiers du professorat et de l’éducation[1], la circulaire n° 82-482 de 1982[2] ne pouvait plus apporter toutes les réponses aux questions posées par les réalités scolaires, sociales et éducatives d’aujourd’hui.

On salue donc la publication au bulletin officiel du 27 août 2015 de la circulaire n° 2015-139 du 10-8-2015[3].

 Elle s’inscrit résolument dans le cadre du décret n° 70-738 du 12 août 1970 modifié relatif au statut particulier des conseillers principaux d'éducation, et reprend des éléments généraux de la circulaire de 1982. Par exemple, selon la circulaire 2015, « L'ensemble des responsabilités exercées par le CPE se situe dans le cadre général de la « vie scolaire » qui peut se définir ainsi : placer les adolescents dans les meilleures conditions de vie individuelle et collective, de réussite scolaire et d'épanouissement personnel. » Dans la circulaire de 1982, on pouvait lire déjà presque la même phrase. L'ajout de "de réussite scolaire" n'est pas anodin, puisqu'il situe les CPE comme acteurs de la réussite scolaire, au même titre que les enseignants.

Cette nouvelle circulaire tient compte des modifications intervenues depuis 2000 dans les obligations de service et les rappelle clairement.

Sur le fond même  du contexte éducatif, la comparaison avec le texte de 1982 permet de percevoir les lignes de force de son évolution. La première des missions consiste en l’élaboration et la mise en œuvre de la politique éducative d’établissement. On est passé en 33 ans, du « fonctionnement de l’établissement » et de « l’animation éducative » à « la politique éducative de l’établissement ». Entre temps, la création des établissements publics locaux d’enseignement et le développement de leur autonomie ont permis l’émergence d’une politique pédagogique et éducative d’établissement qui, dans le contexte particulier de chaque établissement, est le meilleur moyen d’atteindre les objectifs pédagogiques et éducatifs nationaux et académiques. De la même manière, on parle désormais de « la qualité du climat scolaire », notion portée par la DGESCO depuis 2012, au travers de l’observatoire animé par Eric Debarbieux[4].

Est-ce à dire que la mise à jour et la vision  prospective soient optimales ? On observera, à partir de quelques exemples, une forme de timidité par rapport aux évolutions en cours.

On ne s’étonnera pas qu’une circulaire destinée à orienter longtemps les missions des CPE ne s’attache pas à recenser des dispositifs liés à une actualité éducative peut être moins durable : qu’il ne soit pas question de l’enseignement moral et civique mis en place en 2015, des enseignements pratiques interdisciplinaires prévus par la réforme du collège 2016 n’a donc rien de surprenant.

En revanche, quelques absences sont plus révélatrices : alors que l’essor du numérique a bouleversé les modes de vie, de communication et d’information de l’ensemble de la société et tout particulièrement des jeunes scolarisés dans les collèges et lycées, la circulaire n’évoque qu’en passant « l'utilisation (par les CPE) des outils et ressources numériques mis à leur disposition ». Alors que l’éducation aux médias et à l’information est une composante essentielle du parcours citoyen de chaque élève, alors que la ministre a souhaité en janvier 2015 l’existence d’un média collégien ou lycéen dans chaque établissement, la circulaire n’évoque pas cet axe pédagogique et éducatif. Les CPE ne seraient-ils pas concernés par cette dimension essentielle de la politique éducative ?

Cette question est renforcée par la manière dont la circulaire évoque la coopération des CPE avec les professeurs-documentalistes. « Ils participent, avec le(s) professeur(s) documentaliste(s), et dans le respect des missions de chacun, à la prise en charge des élèves hors du temps de classe pour favoriser les apprentissages, notamment en mettant à leur disposition les espaces et les ressources nécessaires. »  On peut penser que tout est dit, mais de manière minimaliste et utilitariste, quand on connaît les perspectives offertes par la création de centres de connaissances et de culture[5], transformant profondément les lieux et conditions d’étude et de recherche des élèves dans les établissements scolaires, mais aussi les responsabilités dans l’accueil et l’accompagnement des élèves des assistants d’éducation, membres des « équipes vie scolaire ».

A ce propos, on notera l’absence de toute mention des assistants d’éducation, créés en 2003, qui constituent pourtant l’essentiel des « équipes vie scolaire » placées sous la responsabilité des CPE. De la même manière, on peut s’étonner de l’absence de toute référence à l’accompagnement personnalisé mis en œuvre au lycée depuis des années et qui va être mis en œuvre au collège en 2016. Et l’on observe également que le terme de parcours n’apparaît que dans l’expression « parcours de formation », alors qu’une tendance forte consiste depuis plusieurs années à structurer et donner sens à la scolarité des élèves en terme de parcours (parcours citoyen, parcours d’éducation artistique et culturelle, parcours avenir, parcours de formation à la culture de l’information), fédérant des acquisitions de connaissances, de compétences, de culture dans les cours proprement dit comme en dehors d’eux.

Cet ensemble de lacunes pourrait-il signifier quelque-chose ?  La mouture 2015 des missions de CPE paraît marquée d’une certaine frilosité par rapport à ce qui change : les CPE restent d’une certaine manière plutôt explicitement concernés par ce qui touche à la discipline, aux risques d’absentéisme, de décrochage,  aux risques psychosociaux qu’à l’accompagnement personnalisé ou aux parcours de chaque élève. On peut voir là le résultat d’un état de l’opinion et de la profession en 2015 : sans doute cette nouvelle circulaire de mission, longuement débattue entre ministère et partenaires sociaux, est-elle le reflet de l’actuel état de l’art en matière éducative. La représentation de l’école qui fait consensus, en 2015, est plutôt encore du côté de la dichotomie entre la classe et le hors classe, entre l’enseignement et la vie scolaire, que dans la continuité des parcours des élèves au sein des établissements, associant heures d’enseignement et activités de rencontre, de recherche et de production dans des cadres variés mobilisant les élèves au sein et à l’extérieur des heures d’enseignement.

 


[1] http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=73066

[2] http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2009/04/cir_788.pdf

[3] http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=91890

[4] http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Documents/docsjoints/climat-scolaire2012.pdf

[5] Il s’agit d’une incitation à l’expérimentation proposée par la DGESCO en 2012 http://cache.media.eduscol.education.fr/file/actus_2012/77/1/2012_vademecum_culture_int_web_214771.pdf

 

 

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