Tabac, alcool, cannabis à 17 ans : quelles inégalités ?

Quelles relations les jeunes de 17 ans entretiennent-ils avec l’alcool, le cannabis et le tabac ? L’enquête ESCAPAD réalisée en 2017 met en lumières l’impact des inégalités de parcours scolaires sur l’expérimentation et l’usage de ces produits.

On peut se réjouir des résultats de l’enquête ESCAPAD dont l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFTD) vient de publier une analyse fine[1]. Il ressort en effet de cette enquête portant sur près de 44000 jeunes, âgés de 17,3 ans en moyenne, convoqués à la journée d’appel pour la défense entre le 13 et le 25 mars 2017, que le niveau de tabagisme baisse de 7 points par rapport à l’enquête précédente (2014), que l’expérimentation et la consommation d’alcool sont également en baisse, que l’expérimentation du cannabis est aussi à la baisse alors que sa consommation reste à un niveau supérieur à celui de 2011.

Mais l’enquête ne se contente pas de livrer des taux moyens. Son approche permet en effet de distinguer de fortes disparités entre les jeunes.

On observe ainsi que

  • la consommation quotidienne de tabac passe de 22% chez les lycéens à 47,3% chez les apprentis et 57% chez les jeunes sortis du système de formation
  • la consommationrégulière d’alcool passe de7,5% chez les lycéens à 18,4% chez les apprentis et 12,6% chez les jeunes sortis du système de formation
  • la consommation régulière de cannabis passe de 6% chez les lycéens à 14,3% chez les apprentis et 21,1% chez les jeunes sortis du système de formation.

Ces disparités mettent en lumière le lien entre un parcours scolaire académique et  une moindre exposition à l’usage du tabac de l’alcool et du cannabis, contrairement aux parcours passant par l’apprentissage ou interrompus par le décrochage scolaire. Les élèves des lycées professionnels témoignent souvent qu’ils font l’expérimentation de l’usage du tabac à l’occasion de leurs stages en entreprise où la récréation scolaire est remplacée par la pause cigarette. Il n’est pas étonnant donc que les apprentis aient un taux de consommation du tabac double de celui des lycéens. On peut donc voir, à travers ces données, combien la réussite scolaire est aussi un enjeu de santé publique.

A ces disparités liés à la situation par rapport à l’école, s’en ajoutent d’autres liées aux territoires. On observe ainsi les faits suivants.

  • Le taux d’expérimentation du tabac qui s’établit en moyenne nationale à 59%, passe de 51,1% en Ile de France à 66,5% en Bretagne et 66,3% en Nouvelle Aquitaine.
  • Le taux d’usage quotidien du tabac varie également : il passe de 18,9% en Ile de France à 31% en Corse, 30,1% en Bretagne et 28,5% en Nouvelle Aquitaine, alors que la moyenne nationale s’établit à 25,1%. Toutefois, entre 2014 et 2017, la Corse, la Nouvelle Aquitaine et la Bretagne ont connu des baisses de l’usage quotidien du tabac équivalente à la moyenne nationale (-7%).
  • Le taux d’usage intensif du tabac (10 cigarettes et plus par jour) s’établit à 5,2% en moyenne nationale mais varie de 3,3% en Ile de France à 11% en Corse, 7,5% en Normandie, 6,7% dans les Hauts de France, 6,4% en Bourgogne Franche Comté et 6,3% dans le Grand Est. Mais, entre 2014 et 2017, la tendance est aussi à la baisse, même si celle-ci n’est pas statistiquement significative en Corse et en Normandie.

Il y  a là des écarts statistiquement significatifs, qui peuvent notamment être mis en lien avec les parts inégales, selon les régions, des jeunes de 17 ans lycéens (93,4% en Ile de France contre 87,6% en Nouvelle Aquitaine et en Corse, par exemple), ou de jeunes vivant en zone urbaine (87,5% des jeunes d’Ile de France vivent dans des agglomérations de plus de 200000 habitants, contre 0% en Corse, 10,5% en Bretagne et 18,7 en Nouvelle Aquitaine). A l’inverse, vivent en zone rurale 44,2% des jeunes de Bourgogne - France Comté, 37% des jeunes normands, 34,7% des jeunes corses, 30,1% de ceux du Grand Est, contre 4% des jeunes franciliens.

Des oppositions territoriales marquent également l’expérimentation et la consommation d’alcool, et celles du cannabis.

Pour l’alcool, on peut opposer l’ouest, supérieur à la moyenne nationale à l’est. De la Bretagne à la Nouvelle-Aquitaine en passant par les Pays de la Loire, l’expérimentation d’alcool concerne plus de 92 % des adolescents, contre 85,7 % à l’échelle de la France métropolitaine. À ces trois régions s’ajoutent l’Occitanie et la Corse, où l’expérimentation déclarée est également supérieure de plus de trois points à la moyenne nationale. Relativement à 2014, la plupart des régions, exceptées la Corse, la Normandie et la Nouvelle- Aquitaine, voient leur niveau de consommation régulière baisser significativement. Par ailleurs, entre 2014 et 2017, le niveau d’usage régulier d’alcool à 17 ans a baissé de 10 points en Pays de la Loire et de 8 points en Bretagne. La baisse des alcoolisations ponctuelles importantes (5 verres au moins en une seule occasion) répétées est également très forte dans ces deux régions : -12 points parmi les adolescents des Pays de la Loire et -15 points parmi les jeunes Bretons.

Pour le cannabis, s’opposent le nord et le sud, abstraction faite de la Bretagne et de la Corse. Au sud, les régions Nouvelle-Aquitaine (44,7 %), Occitanie (43,5 %), Auvergne-Rhône-Alpes (41,6 %) et Provence-Alpes-Côte- d’Azur (41,2 %) présentent les niveaux d’expérimentation parmi les plus élevés alors que dans la moitié nord du pays, les usages au cours de la vie sont bien moindres, particulièrement dans les Hauts-de-France (33,1 %), l’Île-de-France (35,4 %), le Grand Est (35,6 %) et le Centre-Val de Loire (36,3 %). Si toutes les régions sont concernées par la baisse des expérimentations observée au niveau national entre 2014 et 2017, l’évolution des consommations régulières de cannabis est, en revanche, moins homogène. En effet, sept régions présentent des niveaux réguliers en baisse (Bretagne, Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bourgogne-Franche-Comté et Île-de-France), alors que pour les six autres, les usages sont restés stables entre 2014 et 2017.

Les tableaux annexés à l’enquête,  comme le taux de chômage, qui passe de 11,7% dans les Hauts de France à 8% en Pays de la Loire, le revenu médian des ménages qui va de 22522 € en Ile de France à 18812 dans les Hauts de France, le taux d’apprentis qui varie de 6,2% en Centre Val de Loire à 4,2% dans les Hauts de France, permettent de mieux contextualiser les données issues de cette étude.

On en retiendra en tout cas l’impact des inégalités scolaires sur la santé des jeunes.

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[1]https://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/epfxssy9.pdf

 

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