L’école refondée : des cours et des parcours ?


 

Le discours de la ministre de l’éduction nationale, prononcé  le 22 janvier, présente 11 mesures pour une grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République[1].

L’élément fédérateur de ces mesures, c’est la mesure 3, le parcours citoyen, «un nouveau parcours éducatif de l'école élémentaire à la terminale», qui vise l’appropriation des valeurs républicaines, de la citoyenneté et d’une culture de l’engagement.

Ce parcours comporte trois éléments essentiels : le nouvel enseignement moral et civique (EMC)[2], l’éducation aux médias et à l’information (EMI), la participation des élèves à la vie sociale de l’établissement et de son environnement. C’est l’aspect hybride du parcours qui retient notre attention. Dans un parcours, il y a certes des enseignements, ici l’EMC, une éducation, ici l’EMI, et un entraînement à l’action, ici la participation des élèves à la vie sociale de l’établissement et de son environnement.

Si un enseignement est marqué fortement par des cours et des discours, il n’en va pas de même d’une éducation, dans laquelle la mise en activité des élèves est une dimension importante. La ministre le souligne nettement en indiquant au sujet de l’EMI que « le ministère veillera à ce qu‘un média – radio, journal, blog ou plateforme collaborative en ligne – soit développé dans chaque collège et dans chaque lycée. Les professeurs documentalistes seront tout particulièrement mobilisés à cette fin. C’est en effet en engageant les élèves eux-mêmes dans des activités de production et de diffusion de contenus, notamment à travers les réseaux sociaux et les plateformes collaboratives en ligne, qu’ils prendront le mieux conscience des enjeux attachés à la fiabilité des sources, à l’interprétation des informations et à la représentation de soi en ligne.» Quant à la participation des élèves à la vie sociale de l’établissement et de son environnement, elle se traduira par l’encouragement à l’engagement associatif, sportif, culturel, social, solidaire et citoyen des élèves.

Il est bon de rapprocher l’annonce de ce nouveau parcours éducatif de deux autres parcours existant déjà. Le parcours d’éducation artistique et culturelle[3], et le parcours individuel d'information et de découverte du monde économique et professionnel (PIIODMEP)[4]. On voit alors se dessiner le nouveau design de l’école refondée. Les élèves y suivent des cours, certes, comme dans « l’école des anciens francs », selon la formule du recteur Daniel Bloch, mais ils y effectuent des parcours, qui, de l’école au lycée, les rendent acteurs de leur propre projet de formation, et leur permettent de s’approprier activement une culture artistique, civique, médiatique, une connaissance concrète du monde économique et professionnel. Ces parcours, qui rompent avec les scissions entre degrés et entre collège et lycée, qui s’appuient désormais sur des portefeuilles électroniques où l’élève garde trace de ses découvertes et productions, incitent chaque élève à s’encapaciter[5].

Ne serait-on pas, en 2015, en train de donner corps au vœu formulé en 1946 par Langevin et Wallon[6] ?

« L’éducation morale et civique n’aura sa plaine efficacité que si l’influence de l’enseignement se complète par l’entraînement à l’action… L’école offre aux enfants et aux adolescents une société à leur mesure, où ils vivent au milieu de leurs pairs. Elle devra donc s’organiser pour leur permettre de multiplier leurs expériences, en leur donnant une part de plus en plus grande de liberté et de responsabilité, dans le travail de classe comme dans les occupations de loisir. »

 


[1] http://www.education.gouv.fr/cid85644/onze-mesures-pour-une-grande-mobilisation-de-l-ecole-pour-les-valeurs-de-la-republique.html

 

[2] voir notre billet du 8 janvier dernier : http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-veran/080115/mobilisation-lyceenne-et-projet-de-programme-d-enseignement-moral-et-civique-le-grand-ecart

 

[3] http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=71673

Voir aussi notre billet du 8 décembre 2014 : http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-veran/081214/une-classe-artistique-en-college-rep-quelle-valeur-ajoutee-la-reussite-educative

 

[4] http://www.education.gouv.fr/cid83948/le-parcours-individuel-d-information-et-de-decouverte-du-monde-economique-et-professionnel-piiodmep.html

 

[5] l’encapacitation est une proposition de traduction de l’anglo-américain empowerment, à laquelle les québécois préfèrent l’empouvoirement.

[6] Langevin, Paul, Wallon, Henri, La réforme de l’enseignement, projet soumis à M. le ministre de l’éducation nationale par la commission ministérielle d’étude (1946), Mille et une nuits, 2003

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