L’école et ses partenaires éducatifs : sous-traitance ou alliance éducative ?

Quel impact peut avoir sur les élèves une séance de prévention menée par des bénévoles d’une association spécialisée en promotion de la santé quand leur intervention se déroule sans que certain.e.s des enseignant.e.s présent.e.s ne s’y impliquent aucunement ?

On ne peut traiter une question générale à partir d’une expérience singulière. Mais certaines observations réalisées à l’occasion d’une expérience singulière peuvent permettre de questionner une pratique établie.

Une intervention hier dans un établissement scolaire de bénévoles d’une association reconnue d’utilité publique dans le domaine de la prévention et de l’éducation à la santé a été l’occasion d’observer les faits suivants.

- Sur l’accueil réservé aux intervenants bénévoles : la clé de la salle où ils doivent intervenir auprès d’élèves accompagnés par leurs professeurs n’est pas disponible au bureau d’accueil. Les intervenants attendent donc devant une porte fermée. Les élèves accompagnés de leur professeure arrivent et patientent en rang devant la porte toujours fermée, en attendant l’arrivée de la clé dont ne dispose pas le professeur qui les encadre. Le travail commencera donc avec un peu de retard.

Tout au long de la matinée, les classes se succèdent. A la récréation, pouvait-on s’attendre au passage d’un membre de la direction de l’établissement, à une invitation à prendre un café ?  Les intervenants ne verront personne. Superbe ignorance de l’action qui figure pourtant au programme d’action du comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC).

- Sur l’attitude des professeurs durant l’intervention sur l’heure de cours dont ils ont la charge. Elle varie d’une participation active aux travaux des élèves, à une attention neutre portée à ce qui se passe, et peut aller jusquà un désintérêt complet. Une professeure, qui ne salue personne en arrivant, s’installe à une table individuelle à bonne distance des élèves et corrige ses copies. Il y avait sans doute beaucoup à apprendre sur ses élèves, sur la manière dont ils questionnent, analysent, produisent des slogans de promotion de la santé, mais elle affiche son indifférence pour ce que ses propres élèves font durant cette heure.  Tout se passe comme si elle n’était pas concernée, si elle considérait que ces bénévoles qui « prennent » « son » temps de cours n’avaient qu’à se débrouiller sans elle. Elle est rétribuée pour cette heure, mais, puisqu’il s’agit d’éducation et non d’enseignement disciplinaire, elle a mieux à faire que de s’y impliquer auprès de ses élèves.

Ces quelques faits anecdotiques permettent de questionner ce qu’on appelle la politique éducative des établissements scolaires. Cette politique éducative, qui se nourrit d’interventions de bénévoles, peut-elle ne reposer que sur ces interventions, parfaitement déconnectées des enseignements et de certain.e.s enseignant.e.s présent.e.s ? Dans ce cas, ne sous-traite-on pas la politique éducative à des intervenants extérieurs ? Et quel peut être l’impact éducatif de telles interventions quand certain.e.s des professeur.e.s responsables des élèves concernés affichent ostensiblement leur désintérêt ? Et quel signe la direction donne-t-elle aux enseignants en négligeant tout geste d’hospitalité à l’égard des bénévoles intervenants, sinon celui de les conforter dans leur indifférence ?

On est bien loin alors de l’alliance éducative, des partenariats éducatifs sur lesquels reposent la stratégie nationale de santé et les 25 mesures phares du Plan Santé-Prévention[1], présenté par le premier ministre en mars 2018. L’école promotrice de santé[2]  vise à mieux suivre les enfants, à protéger davantage les jeunes, avec l’appui de partenaires. Depuis 2016la mise en place du parcours éducatif de santé pour tous les élèves[3] s’organise notamment autour d’un axe de prévention «associant les acteurs locaux en référence aux priorités de santé publique (agences régionales de santé, collectivités territoriales, associations, etc.) ». « Le parcours, dans ses différentes dimensions, mobilise l'ensemble de la communauté éducative : chefs d'établissement et adjoints, enseignants, personnels sociaux et de santé, conseillers principaux d'éducation, conseillers d'orientation-psychologues, parents, élèves. Les CVL, et là où elles existent, les maisons des lycéens, et les CVC seront particulièrement mobilisés. Le conseil pédagogique peut également être associé à la réflexion sur le parcours éducatif de santé, notamment en termes de lien entre apprentissages scolaires et actions éducatives dans la construction des compétences liées à la santé et à la citoyenneté.

Il mobilise les partenaires de l'établissement (collectivités territoriales, acteurs du système de soin et de prévention, associations spécialisées en promotion de la santé) dans les démarches de prévention, de promotion et d'éducation pour la santé.

Le parcours est l'un des constituants du projet d'établissement et, par ses actions éducatives et pédagogiques, une composante essentielle du projet du CESC ; à ce titre, il est inscrit dans le projet d'établissement qui est adopté par le conseil d'administration ».

On le voit : mobiliser les partenaires de l’établissement, dont les associations spécialisées dans la promotion de la santé ne saurait suffire. Il importe de mobiliser l’ensemble de la communauté éducative, y compris le conseil pédagogique, pour que le parcours éducatif de santé fasse sens auprès de chaque élève. En est-on là de la mise en œuvre dans chaque établissement scolaire ? Se poser cette question dans chacun d'entre eux pourrait être utile.

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[1]https://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/presse/dossiers-de-presse/article/comite-interministeriel-de-la-sante-presentation-des-25-mesures-phares-de-la

[2]https://www.education.gouv.fr/cid128400/priorite-prevention-ecole-promotrice-sante.html

[3]https://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=97990

 

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