Confiance en l’avenir : « doutez, jeunesse » ?

Le dernier baromètre 2019 de la jeunesse traduit une montée des inquiétudes et du manque de confiance en l’avenir chez les 18-30 ans habitant en France. C’est un avertissement qui ne devrait échapper à personne.

Le baromètre pour la jeunesse 2019[1], établi pour de la Direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA), est riche de données, récoltées entre février et mars 2019, relatives au moral des jeunes 18-30 ans résidant en France (outre-mer compris).

Dans ce billet, nous nous focaliserons sur ce qui concerne leur confiance en l’avenir. Comme le notent les auteurs de l’enquête, « cette édition 2019 du baromètre DJEPVA sur la jeunesse n’en révèle pas moins une montée de l’insatisfaction et des inquiétudes, y compris parmi les populations les mieux insérées socio- économiquement, par rapport à 2018 ». Le pourcentage des insatisfaits par rapport à leur vie actuelle passe en un an de 38 à 41%. Cette évolution varie en fonction de plusieurs paramètres.

Comme l’indiquent les auteurs, « Les personnes détentrices d’un diplôme égal ou supérieur au baccalauréat (65 %, + 5 points), celles en emploi (66 %, + 6 points) ou étudiants et ne travaillant pas (66 %, + 6 points) sont plus satisfaites de leur vie. En miroir, les personnes dont le niveau de diplôme est inférieur au baccalauréat (55 %, - 5 points), au chômage (37 %, -23 points) ainsi que celles invalides, malades ou sans recherche d’activité (50 %, - 10 points) se déclarent moins souvent satisfaites ».

Le type d’emploi actuel est également une variable importante : le pourcentage des satisfaits passe de 69% pour les jeunes en CDI à  59 pour les jeunes intérimaires et 57 pour les jeunes en alternance.

Mais le critère déterminant est sans doute le statut d’étudiant. Selon les auteurs, en effet, « Entre 2018 et 2019, la satisfaction à l’égard de sa vie a plus particulièrement reculé auprès des jeunes non étudiants qu’ils soient autres inactifs (- 6 points), en recherche d’emploi (- 3 points) ou même en emploi (- 5 points) et y compris en CDI (- 8 points) ».

Certaines observations confirment ce qu’on peut aisément imaginer sans recourir à une étude d’opinion. « La régression montre également qu’être en études sans travailler à côté a une influence positive sur le fait de se déclarer satisfait, de même que le fait d’être un homme. À l’inverse, posséder un niveau de diplôme inférieur au baccalauréat, être inactif (hors étudiant) ou au chômage a, toutes choses égales par ailleurs, une influence négative sur la probabilité de se déclarer satisfait de sa vie ».

Pour ce qui est de la confiance dans l’avenir, « Les jeunes sont dans l’ensemble bien plus confiants dans leur avenir que la moyenne des Français : selon lebaromètre de l’opinion dela DREES,  56 % des 18-30 ans se déclarent ainsi plutôt optimistes pour eux-mêmes quand ils pensent à l’avenir contre 47 % de l’ensemble des Français et seuls 6 % s’avèrent « très pessimistes » contre 10 % des Français en 2018 ». Mais le pourcentage de ceux qui se disent très confiants baisse de 4 points en 2019 au profit de ceux qui se disent plutôt inquiets ou très inquiets.

Une codification des mots et phrases courtes employés par les jeunes pour décrire leur état d’esprit a été effectuée avec le même plan de codification que les années précédentes afin d’assurer une comparaison en historique. « Elle confirme, écrivent les auteurs, une remontée des états d’esprit négatifs au sein de la jeunesse. Ces derniers, qui avaient reculé entre 2017 et 2018 (- 9 points), progressent de 2018 à 2019 (+ 7 points) au détriment des états d’esprit positifs ». Ils ajoutent : « L’année 2019 voit la remontée des états d’esprit négatifs auprès de très nombreux profils : le graphique 7 montre une « courbe en U » des humeurs négatives chez les 18-24 ans comme chez les 25-30 ans, chez les diplômés du bac ou les moins diplômés ». Cet état d’esprit négatif à l’égard de l’avenir concerne tout particulièrement les femmes (48% contre une moyenne de 40% chez l’ensemble des jeunes), les jeunes s’imposant des restrictions budgétaires (48% également). Il est majoritaire chez  les chercheurs d’emplois (52% +12%), comme chez les jeunes se sentant victimes d’un déclassement (51%), et très majoritaire chez les jeunes considérant appartenir aux classes défavorisées (62%). Territorialement, le taux de pessimistes va en métropole de 33% en Bretagne à 51% en Normandie.

L’inquiétude par rapport au chômage est majoritaire chez les jeunes, qu’ils soient titulaires du bac ou plus (58%), ou n’aient pas le bac (65%), qu’ils soient actifs occupés (62%), inactifs (52%), ou chômeurs (70%). En cela, ils sont plus inquiets que l’ensemble de la population. Globalement, les 18-30 ans s’avèrent en réalité plus anxieux que l’ensemble des Français sur de nombreux sujets : maladies graves (71%), agressions dans la rue (67%), accidents de la route (65%), guerre (55%), risques liés à l’alimentation (54%), accident nucléaire (46%).

On peut sans doute établir un lien entre ces inquiétudes et la méfiance des jeunes à l’égard des institutions (- 2 points de confiance pour les médias, les banques, la police et l’école, - 4 points pour les associations) et tout particulièrement du gouvernement, sur sa capacité à résoudre les problèmes : très forte à la fin du quinquennat Hollande (82%), elle était descendue à 56% au début du nouveau quinquennat en 2018, mais après deux ans de présidence Macron, elle remonte à 70%. Le positionnement à l’égard du mouvement des gilets jaunes le confirme. Si 9% y sont hostiles et 11% opposés, 9% se définissent comme gilet jaune, 32% le soutiennent, 15% ont de la sympathie pour lui, soit 56%  donnant un avis globalement favorable, ce taux variant de 53% à 65% selon que l’on a le baccalauréat ou pas.

Il y a là sans doute de quoi donner à penser aux responsables politiques et aux responsables de l’éducation et de la formation : si l’école de la confiance peut être un beau slogan législatif, la confiance de la jeunesse, elle, ne se décrète pas. Le baromètre pour la jeunesse 2019 atteste de l’ampleur du chantier.

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[1]  CRÉDOC, Baillet J., Brice Mansencal L., Datsenko R., Hoibian S., Maes C., 2019, avec la collaboration de Guisse N., Jauneau-Cottet P., Baromètre DJEPVA pour la jeunesse 2019, INJEP Notes & rapports/rapport d’étude. https://injep.fr/wp-content/uploads/2019/11/rapport-2019-12-barometre-djepva-2019.pdf

 

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