Réduire le décrochage : « pourraient mieux faire » ?

Chaque année, en France métropolitaine, cent mille jeunes alimentent une population d’environ 480 000 jeunes de 18 à 24 ans sans qualification. Leur taux de chômage approche 50%. Une récente enquête de la cour des comptes examine les politiques de formation et d’insertion de ces jeunes et propose de les rendre plus efficientes.

La publication par la Cour des comptes de son rapport sur Les dispositifs et crédits mobilisés en faveur des jeunes sortis sans qualification du système scolaire[1] est l’occasion de porter attention  à cent mille jeunes qui, par an, en France métropolitaine, alimentent une population d’environ 480 000 jeunes de 18 à 24 ans sans qualification. Leur taux de chômage approche 50%. La cour des comptes a examiné les politiques de formation et d’insertion conduites à leur profit et dégage 6 constats.

Le premier est capital : « il n’existe pas de politique unifiée de formation et d’insertion » de ces jeunes. Deux ministères (éducation nationale et emploi), les régions et les partenaires sociaux juxtaposent des politiques plus qu’ils ne les coordonnent.

Le deuxième souligne que « l’engagement financier public en faveur des jeunes sans qualification est substantiel ».

Le troisième souligne la réactivité du ministère de l’éducation nationale afin d’agir au plus vite grâce aux « plateformes de suivi et d’appui aux décrocheurs (PSAD), adossées à un système informatique de repérage des jeunes ayant quitté l’école depuis moins d’un an, le système interministériel d’échange d’informations (SIEI) ». Mais la Cour des comptes souligne les limites de ce dispositif.

Le quatrième éclaire les dispositifs proposés aux jeunes plus âgés : CIVIS[2], école de la 2e chance, et en souligne les coûts.

Le cinquième « est que les dispositifs de droit commun d’aide à l’insertion accueillent un très grand nombre de jeunes sans qualification ».

« Le dernier constat est que l’architecture d’ensemble de ce système et la dispersion de dispositifs ne permettent pas d’atteindre les objectifs affichés ».

Il est normal que la Cour des comptes s’intéresse au coût de ces politiques. On est alors tenté de mettre en regard ces coûts avec ceux d’un lycéen ou d’un étudiant. Il apparaît par exemple que les coûts de prise en charge peuvent être de 9 000 € par jeune pour les écoles de la 2e chance, de 24000 € par jeune pour les établissements publics d’insertion de la Défense (EPIDe) comme pour les contrats d’avenir. En moyenne, toutefois, en 2013-2014,  le coût annuel par jeune est de 1200 €,  et de 2000 € pour un accompagnement long dans les 26 académies de métropole.

Au regard de ces coûts, L’Etat de l’Ecole[3] nous rappelle qu’en 2014 une année de scolarité coûtait 11190 € en lycée général et technologique, 12230 € en lycée professionnel, 10800 € pour un étudiant d’université, 13660 € pour un étudiant de section de technicien supérieur. C’est souligner combien certains dispositifs sont plus onéreux que la formation initiale au lycée ou à l’université, et combien la dépense moyenne par jeune décrocheur est largement inférieure à celle par lycéen ou étudiant.

Il y a là de quoi réfléchir en termes de priorités et de choix politiques.

Le rapport indique combien, avec un éparpillement de l’offre globale, facteur d’illisibilité,  « le repérage des jeunes en difficulté comme la qualité de l’orientation souffrent de cette insuffisance. Un diagnostic partagé de la situation de chaque jeune n’est pas effectué de façon systématique, d’autant plus qu’il n’existe pas de référentiel commun pour le réaliser. L’orientation vers un dispositif ou une prestation est le plus souvent du ressort d’une seule personne, agent de l’éducation nationale ou conseiller de mission locale, par exemple, alors qu’une approche coordonnée serait nécessaire. Par delà la fragmentation des opérateurs, le système subit également les inconvénients d’une gouvernance éclatée entre l’Etat, les régions, les partenaires sociaux et les réseaux d’accompagnement et d’insertion. (…) Ce constat est aggravé par la multiplicité des sources de financement, à laquelle s’ajoute désormais l’initiative européenne pour l’emploi des jeunes (IEJ) ».

Les recommandations du rapport sont dans la logique des constats :

  • Réunir les principaux pilotes et financeurs pour une politique commune en faveur des jeunes sans qualification
  • Améliorer la prise en charge des jeunes sans diplômes à leur sortie du système scolaire pour disposer de structures de retour à l’école sur tout le territoire en fonction des besoins
  • Regrouper  les dispositifs d’accompagnement des jeunes en difficulté d’insertion en quatre ensembles (accompagnement léger, accompagnement plus intense, dispositif régional pour jeunes décrocheurs n’ayant pas vocation à revenir à l’école, dispositif deuxième chance pour les jeunes les plus en difficulté).

A la lecture de ce rapport, on souhaiterait que  soient  fournies des données sur l’impact des différents dispositifs en matière de raccrochage, de qualification et d’insertion. Ces données seraient en effet indispensables pour procéder à une évaluation de l’existant, préalable à l’élaboration d’une politique commune en faveur des jeunes sans qualification. Or, la seule donnée fournie concerne le taux d’insertion en formation : en 2012-13, il était de 76% pour les jeunes accompagnés sur des actions à temps partiel (15% restés sans solution) et de 66% pour les jeunes accompagnés sur des actions à temps plein (21% restés sans solution). Le rapport indique que le taux d’insertion en alternance, le taux d’insertion en emploi durable, le taux d’insertion dans l’emploi non durable n’ont pas été communiqués à la Cour. Il y a là sans doute un signe de la mauvaise gouvernance de la lutte contre le décrochage.


[1] Rapport publié le 20 janvier

https://www.ccomptes.fr/Accueil/Publications/Publications/Les-dispositifs-et-les-credits-mobilises-en-faveur-des-jeunes-sortis-sans-qualification-du-systeme-scolaire

[2] Contrat d’insertion dans la vie sociale

[3] http://www.education.gouv.fr/pid25496-cid57102/l-etat-ecole-2015-couts-activites-resultats.html

 

 

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