A Drancy, pas d'émigrés dans la rue

Cinquante Personnes devant la mairie de Drancy. Pas d'eau, pas de nourriture, pas de couvertures.

Je viens de recevoir en ce 13 mai 2019 le message d’un habitant-militant de Drancy, cette commune de la proche banlieue parisienne dont le maire fut, il y a peu de temps encore, Jean-Christophe Lagarde, candidat aux élections européennes. Un arrêté municipal a été pris pour que les exilés dont la situation est décrite dans le message ci-dessous disparaissent des trottoirs et de la rue :

«  50 Personnes devant la mairie de DRANCY. Pas d'eau, pas de nourriture, pas de couvertures.

A Drancy, une centaine d'exilés venus de Côte d'Ivoire et du Burkina Faso vivaient dans un bâtiment SNCF abandonné mais réaménagé depuis déjà deux ans.

Plutôt bien organisés, ils avaient élu des délégués, démarché 3 avocats pour suivre leur dossier, une partie d'entre eux était en situation régulière et demandeuse d'asile. Quelques uns travaillaient.

Une procédure d'expulsion du squat était en cours, mais la trêve hivernale avait suspendu la décision du tribunal, et un délibéré judiciaire était attendu pour le 16 mai.

Le 2 mai dernier, contre toute attente et sans prévenir les autres acteurs du dossier, l'Etat a envoyé 3 camions de la police pour déloger les habitants. En 5 minutes, tout le monde dehors. Avec le minimum d'affaires, la moitié des personnes s'est dispersée dans la nature, mais 50 n'ont pas souhaité quitter la ville devant l'absence de solutions. Ils sont restés regroupés dans la rue en l'absence d'endroits où aller.

Pourquoi? Dans la précipitation, la préfecture n'a engagé aucune démarche sérieuse pour proposer des solutions de relogement ou d'accompagnement des concerné(e)s. Les avocats pris de court, ont à peine pu rediriger leurs clients vers des antennes associatives susceptibles de les aider.

"Appelez le 115 !" leur dira l'envoyé de la préfecture qui est allé à leur rencontre. Et les associations? Le grand silence. Personne n'a été mis au courant.

Déjà 10 jours à dormir sur des cartons et par malchance il a fallu que les températures retombent. La municipalité nous inquiétait de sa surdité, elle semble devenue malvoyante, car les expulsés se sont installés dans une petite allée sur la place de la Mairie. L'acuité visuelle des agents de la police municipale, nationale, la BAC et bien sûr quelques personnes en civil, semble au contraire s'améliorer de jour en jour.

Ils sont donc 50, réunis chaque soir, au jour le jour, et ne vivent pour le moment que de dons et de soutien direct des habitants.

J'ai découvert des gens calmes, affligés mais déterminées. 4 femmes enceintes et un bébé d'à peine 5 mois.

Pas d'eau, pas de nourriture, pas de couvertures, pas de vêtements de rechange, pas de toilettes, pas de douche. Et pas d'associations pour nous aider. Et quelques drancéens très hostiles.

Pour l'instant notre bricolage tient, et chaque jour est meilleur que le précédent. J'en appelle à toutes les bonnes volontés de toutes les villes. En tant que simples habitants nous sommes peu nombreux et déjà épuisés. On a vraiment besoin de relais, sinon on va craquer.

L’association Femmes Relais prépare des repas tous les soirs depuis la semaine dernière. Depuis dimanche soir, la maraude des Restos du Cœur de Bobigny a déposé des sandwichs, l’association Banlieues Plus du Blanc Mesnil a apporté eau, nourriture, gants et bonnet pour le froid. Quelques particuliers ont déposé un peu de nourriture, quelques couvertures. Une habitante (infirmière) prodigue des soins sur 3 personnes qui nécessitent un traitement antibiotique.

Les centres d’hébergement sont complets. Il fallait trouver une solution car la grande crainte était que la police les « chasse », les déplace lundi 13 mai au matin. Une partie de leurs bagages a été mis en sécurité chez une habitante afin de ne pas être confisquer ou détruite par la police.

En fin de journée, dimanche 12 mai, il a été décidé de se rendre sur 2 sites avec une grande bâtisse pouvant potentiellement les accueillir : l’un sur Bobigny n’avait plus de toit. Un repli a été décidé sur un site de Drancy. Il s’agissait d’une Chapelle, inconnue pour la plupart des Drancéens (Chapelle Jean 23). Elle est entourée d’un côté par 2 terrains de tennis municipaux définitivement fermés et par un site peut être commercial, inoccupé également. Cette chapelle est donc une propriété du Diocèse de Saint-Denis. Nous avons installé une femme enceinte à l’intérieur puis nous avons acheminé les 4 autres femmes. Mais, malheureusement, entre les deux voyages, la police a été appelée sur dénonciation des voisins sis en face de la Chapelle.  Un militant et citoyen présent a contacté une avocate et expliquer la situation à la police. Ces derniers ont mis en garde vue notre ami et militant hier à 0 h 45. Nous sommes sans nouvelles de lui depuis car le commissariat de Drancy refuse de nous transmettre une information. Nous ignorons si notre ami est dans les locaux de Bobigny ou Drancy.

Ce matin, lundi 13 mai, les amis sur place ont pu négocier avec le supermarché proche du lieu d’abri des expulsé.e.s. : des denrées alimentaires seront récupérées entre 20 h 30 et 20 h 45 afin de restaurer les personnes. Nous cherchons encore des lieux d’accueil autre que les centres de détention promis par la Préfecture et la municipalité.  

Nous allons saisir le Défenseur des Droits Humains» Damien Charles

J’ai été informé de la fin de la garde à vue du citoyen militant le 13 mai dans l’après-midi. Ce nombre de sans-abri, exilés de leurs pays, et pourchassés par les gouvernants de bas en haut, de Macron président de la République aux élus locaux, semble ne pas avoir alerté la presse nationale comme les médias occupés à surtout mettre en avant des élections européennes, la république en marche et le rassemblement national (sans majuscules !).

arrete-municipal-drancy

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.