Lettre à Monsieur Plenel, Président de Médiapart

« Rien, jamais, aucune menace ne fera céder aucun d’entre nous dans le devoir de représenter la liberté d’expression du peuple français » J-L Mélenchon

Je ne suis pas un jeune abonné de votre journal, tant au niveau de la durée de mon abonnement qu’à celui de mon âge. Je pense ne pas être non plus un commentateur excessif voire un commentateur excédé par une ligne éditoriale ou un type d’article. Je persiste chaque jour dans la lecture de ce que j’appelle "mon journal" même si mon positionnement politique ne s’aligne pas obligatoirement sur le rédactionnel des journalistes ou celui des auteurs de nombre de billets. Ma propre écriture ne satisfait pas obligatoirement ceux qui, certainement peu nombreux, me lisent. Ceci est le reflet de la liberté de la pensée, de l’expression et de l’opinion, ce que je respecte avant tout. Ancien correspondant local du journal Paris-Normandie,  j’ai subi en 2004 une atteinte à la liberté d’informer, de relater la réalité de la politique locale suite à l’intervention de deux élus locaux, maires de communes du secteur que je suivais. La rédaction du journal imposa aux correspondants de ne plus faire les comptes rendus des séances de conseils municipaux ou intercommunaux. Ceci m’a amené à démissionner, les articles sur "les chiens écrasés" n’étant pas mon domaine. Voilà pourquoi j’apprécie Médiapart qui a ouvert grandes ses portes à la liberté d’expression et je vous en remercie.

Cependant je tiens à vous faire part de mon étonnement et de mon inquiétude quant à une information importante qui n’a pas fait l’objet d’un article conséquent dans "notre journal". Certes, dans la rubrique « Dans le fil de l’actualité » vous avez relayé une information de l’Agence Reuters le 17 octobre dernier intitulé « Coup de filet dans les milieux d’extrême droite ». Dans cette brève de l’agence on nous informait de l’interpellation de dix personnes dans le "cadre d’une enquête sur les projets d’actions violentes d’un militant ultra-droite" admirateur d’un tueur de 77 personnes de gauche en Norvège. Sans entrer dans la précipitation, cette partie de l’information Reuters méritait à elle seule qu’un journaliste se penche sur cette affaire et se lance dans une enquête journalistique quant aux projets de ces personnages arrêtés par la police et placés en garde à vue. Attirer l’attention des lecteurs sur les intentions de ces individus dont l’un était arrêté depuis le mois de juin. Pourquoi ne l’a-t-on pas su plus tôt ? Cette question a été posée à l’Assemblée nationale comme je le montre plus loin.

            Cette brève de Reuters reprenait une information du Monde selon laquelle ces dangereux énergumènes envisageaient des actions dignes des "djihadistes" dont les Unes de toute la presse, y compris Médiapart se sont faits les miroirs depuis de nombreux mois. Mais là… silence !!! Il était pourtant annoncé que des lieux de culte musulmans, un marché à Marseille étaient visés par des actions destructrices. De plus, deux personnalités politiques, Jean-Luc Mélenchon et Christophe Castaner figuraient parmi les cibles. Et la rédaction de Médiapart semble avoir ignoré ces intentions criminelles. Il est très grave que depuis le 17 octobre aucun article n’ait surgit d’une plume du journal comme s’il s’agissait d’information de second plan. D’ailleurs l’ensemble des médias et surtout les chaines de télévision n’ont pas ou peu (si peu !) relayé cette information. C’est d’autant plus grave que le sujet a été soulevé à la Chambre des Députés.

            Lors de la première séance du mercredi 18 octobre 2017 au Palais Bourbon, comme on peut le lire dans le compte rendu intégral et officiel de cette séance sous le titre "Projet d’attentats contre des personnalités politiques", cette information a fait l’objet d’une prise de parole de Jean-Luc Mélenchon. Il demandait au Premier Ministre de confirmer linfo concernant l’éventualité de ces attentats en exprimant un message fortement applaudi par l’ensemble des bancs de l’assemblée où les députés se sont levés pour applaudir ce qui venait d’être dit : « Rien, jamais, aucune menace ne fera céder aucun d’entre nous dans le devoir de représenter la liberté d’expression du peuple français ». Cette phrase méritait une retransmission par l’ensemble des médias, sachant qu’au nom de la France insoumise J-L Mélenchon exprimait « sa parfaite solidarité avec M. Castaneret avec toute la Nation ». Cela méritait aussi d’être mis en avant et ce n’est pas tout car une grave lacune du gouvernement a été aussi soulignée par le président du groupe France Insoumise de l’assemblée :

« Sur un sujet tel que celui-ci, je n’ai naturellement pas l’intention de passer à aucune forme de polémique. Mais je me permets une suggestion, monsieur le premier ministre. Le ridicule qui comptait nous assaillir a été arrêté le 28 juin, et je l’apprends quatre mois plus tard. J’estime que M. Castaner et moi sommes hommes assez mûrs pour évaluer tout seuls les menaces qui pèsent sur nous. J’aurais apprécié d’être informé de cette arrestation pendant les quatre mois pendant lesquels j’ai continué à me transporter en métro et à pied. Je ne fais grief à personne mais je suggère qu’à l’avenir les personnes qui seraient visées de cette façon soient prévenues à temps… ».

Il est étonnant de la part d’un gouvernement qu’une menace envers une personne ne soit pas signalée à l’intéressé. La réponse d’Edouard Philippe fut tout aussi étonnante affirmant prendre des dispositions de protection requises par l’évaluation de la situation…  et je crois… qu’en la matière il faut laisser peut-être pas seulement mais aussi aux forces de l’ordre et à l’autorité judiciaire, qui mènent l’enquête, le soin de déterminer si la situation est caractérisé et sérieuse... Plus qu’étonnante cette réponse, c’est un rattrapage  tordu. Ainsi une menace de mort pèse sur une personne, fut-elle représentative ou non de la nation, elle n’est pas informée. Incompétence totale de ceux qui nous gouvernent.

Enfin, M. Plenel, cette information, étant devenue publique par ce compte rendu officiel des débats de l’Etat, m’amène à vous poser cette question : pourquoi ne vous êtes-vous pas emparé de cette information grave et fondamentale quant à la mise en danger de la Nation ? Même  et surtout quand  il s’agit de représentants du peuple ! Ceci est grave et incompréhensible de la part d’un journal comme Médiapart dont vous êtes l’un des fondateurs.

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