Jean-Sébastien CHEVRIER
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Billet de blog 10 juin 2017

KEYNES : « A long terme, nous serons tous morts »

La remise en cause des accords de Paris par Trump le trublion irresponsable, la misère sociale qui s’étend chaque jour dans les villes et plus globalement le sens donné à notre vie et à notre société, viennent troubler le plaisir et la légèreté d’une simple balade dans la nature. « C'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas ».

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Je mesure chaque jour la chance que j’ai de vivre au coeur d’un Parc Naturel. Au cours de mes activités professionnelles et sportives, je parcours les sentiers. Peu de voitures, pas de bruit et les délicates senteurs de fleurs sont venues ce matin encore égayer mon parcours de footing. Un  bonheur vrai ! Mais ce bonheur est toujours rattrapé par l’actualité. La remise en cause des accords de Paris par Trump le trublion irresponsable, la misère sociale qui s’étend chaque jour dans les villes et plus globalement le sens donné à notre vie et à notre société, viennent troubler le plaisir et la légèreté d’une simple balade dans la nature. « C'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas ». Cette phrase de Victor Hugo doit nous interpeller sur notre rapport à notre environnement.

La nature parle et le genre humain n’écoute pas

Depuis quelques jours la flore est en effervescence, et plus particulièrement les orchidées. Je n’ai pas résisté au plaisir de réaliser quelques photos. Ce n’est pas moins de quinze espèces recensées à cette période, dont une que je n’avais jamais vue.

Cette vie formidable que je partage avec quelques personnes dans ce Parc Naturel de Sierra de Guara me laisse rêveur bien sûr. Mais au-delà du plaisir personnel, le sort des autres ne m’est pas indifférent. Bien au contraire, c’est par un œil extérieur à notre mode de vie moderne que je mesure les déséquilibres dans lesquels sont entraînés les citadins : bruit, pollution, stress, problèmes de transport, agressivité… Il n’est pas indispensable d’être malheureux pour comprendre le malheur des autres. Il n’est pas nécessaire d’être pauvre pour comprendre les problèmes des gens en difficulté. Il suffit juste d’un peu d’humanité et de solidarité. C’est cela l’empathie, qualité dont  l’être humain, et peut-être d’autres espèces animales évoluées sont dotés. Mais cette capacité à ressentir les émotions et les sentiments des autres, c’est-à-dire se mettre à sa place reste l’apanage de notre particularité humaine. Malheureusement, notre modèle économique n’engage pas à ce genre de sentiment. L’argent roi, la consommation à outrance nous conduisent à l’individualisme, au « chacun pour soi ». Penser aux autres deviendrait presque une forme de faiblesse. Pourtant, depuis la nuit des temps les premiers humains se sont regroupés en société pour survivre, se protéger, trouver à manger. Le chemin de l’individualisme n’est pas la voie vers la survie de l’homme. Il faut revenir très vite à un projet de vie en commun qui permettra au genre humain de passer les siècles qui viennent.

Résoudre les problèmes écologiques

Il devient urgent de se poser la question du devenir de notre société. « Réfléchir à long terme est une mauvaise méthode pour résoudre les problèmes économiques. Car à long terme, nous serons tous morts » disait Keynes il y a un siècle environ.

Cette affirmation pouvait paraître juste dans les années trente. Aujourd’hui, elle sonne creux et paraît décalée. Presque tous les scientifiques sont d’accord, sans réflexion à long terme, les problèmes engendrés par l’économie capitaliste, et plus particulièrement dans sa phase ultra-libérale, nous propulsent dans une direction dangereuse. Dangereuse pour notre environnement bien sûr, donc pour un grand nombre d’entre nous. La COP 21 offrait un petit espoir, certes insuffisant au regard des enjeux, mais cette petite fenêtre trop étroite semble déjà se refermer. L’économie maîtrise la politique et lui dicte ses priorités. Par contre la politique étant basée sur le court terme, Keynes risque d’avoir raison sur la question de la disparition de l’homme plus vite qu’il ne l’aurait cru. Il ne s’agit plus d’une disparition à long terme mais à plus brève échéance pour des centaines de milliers de personnes qui vivent sur les côtes du monde entier. La montée des eaux semble désormais inéluctable. Dans un article de Michel De Pracontal du 2 juin sur Médiapart, il apparait que selon Jean-Denis Mathias, chercheur au centre Irstea de Clermont-Ferrand « contenir la hausse de la température à 2 °C ne sera pas suffisant pour revenir à un taux de C02  inférieur à 350 ppm (partie par million) qui garantit un bon état du fonctionnement de la planète ». Trop de menaces pèsent sur notre devenir. Les générations se sont succédées depuis des millions d’années, nous devons tous prendre nos responsabilités et pousser l’homo oeconomicus et ses dirigeants politiques vers une vision à longue échéance.

Et à rebours de la phrase de Keynes, nous pouvons dire aujourd’hui que réfléchir à long terme est une bonne méthode pour résoudre les problèmes écologiques donc économiques. Ainsi, à long terme, nous pourrions encore être là.

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