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Billet de blog 15 juin 2017

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En finir avec la personnalisation du pouvoir

Depuis quelques jours, tout semble avoir été dit et écrit sur les élections législatives de dimanche prochain. Le raz-de-marée annoncé de La République En Marche, le taux d’abstention élevé, l’effondrement du PS, d’EELV et de LR, la non-concrétisation de La France Insoumise et du FN… Tous ces constats font la part belle au « dégagisme », ...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis quelques jours, tout semble avoir été dit et écrit sur les élections législatives de dimanche prochain. Le raz-de-marée annoncé de La République En Marche, le taux d’abstention élevé, l’effondrement du PS, d’EELV et de LR, la non-concrétisation de La France Insoumise et du FN… Tous ces constats font la part belle au « dégagisme », un des thèmes de campagne de Jean-Luc Mélenchon, repris à présent dans beaucoup d’articles et de plateaux de télévision. Ce terme est repris pour ne pas dire récupéré par La République En Marche, dans les termes mais pas forcément dans les faits. Mais, le vrai changement ne devrait-il pas passer par une (r)évolution de nos institutions ?

Il est difficile de mettre une laisse à un chien une fois qu’on lui a mis une couronne sur la tête !

L’élection Présidentielle est devenue la martingale de la conquête du pouvoir. Etre élu, même avec moins de 15 % des électeurs permet au Président de La République de concentrer tous les pouvoirs ou presque. Les français l’ont bien saisi et ne se mobilisent plus que pour cet événement électoral. La constitution de 58  puis le vote au suffrage universel direct du Président a rendu cette élection comme l’unique voie d’accès des électeurs à la politique, car ils ont compris que tout se passait à l’Elysée. Ce qui n’est pas sans poser un certain nombre de problèmes institutionnels.

Tout d’abord, le Chef de l’exécutif est perçu par de nombreux français comme un homme providentiel, qui va apporter le changement. Ce mot est utilisé par tous les candidats. Le résultat est fort décevant depuis de nombreuses décennies. A tel point que, la lune de miel entre les électeurs et le Président est de plus en plus courte. Pour François Hollande, le voyage de noces a marqué d’emblée les préparatifs du divorce.

Ensuite, les programmes proposés sont le plus souvent lapidaires, changeants ou non respectés. L’homme fait office de programme. Sa présentation, son style, son âge, etc… autant d’éléments qui ne présument en rien des qualités intrinsèques nécessaires à l’exercice de la fonction.

Le « dégagisme » et l’envie de renouveau expliquent sans doute en grande partie les résultats des dernières élections. Avec une telle majorité le Président et le gouvernement pourraient apparaître comme la dernière chance de la 5è République. Après la droite bling-bling et la gauche molle qui ont perdu leur électorat de base, le ni-ni du centre apparaît comme un moindre mal aux yeux d’une classe moyenne qui craint de perdre le peu qu’elle possède. Néanmoins, avec un taux d’abstention record peut-on parler de conviction et d’adhésion comme l’espérait Emmanuel Macron ?

En effet, il faut regretter l’intérêt décroissant des électeurs pour les élections législatives. Peut-on leur jeter la pierre ? Ils ont compris que tout se passait à l’Elysée,  alors à quoi bon voter pour ce qui sera une chambre d’enregistrement des volontés du « Prince ». Le désintérêt des uns et le dégoût des autres provoquent un rejet pour ces élections législatives. Noël Mamère a  même parlé d’Apartheid politique. Comme l’écrivait Machiavel « La forteresse des tyrans, c’est l’inertie des sujets ». Désormais avec un score au premier tour des élections présidentielles de moins de 15% des électeurs inscrits, le candidat devient Président plénipotentiaire, grâce à une assemblée à ses ordres. Le 49.3 pourra être activé à tout moment, l’Etat d’urgence peut devenir un état « normal ». La dérive hégémonique représente un véritable danger pour notre démocratie.

Cette dérive est inquiétante. Les adversaires politiques et les journalistes le remarquent, s’en émeuvent mais n’en tirent que des conclusions frileuses. Au mieux, nous percevons la petite musique de l’introduction d’une dose de proportionnelle.

Peu de solutions envisagées

Pourtant, la situation n’est pas nouvelle. A chaque élection, les perdants se plaignent d’un système inégalitaire, et les gagnants promettent de changer le mode de scrutin qui les a consacrés, puis l’oublient très vite.

Le désir de changement des électeurs va se traduire par de nouveaux élus. Ce désir est peut-être plus profond. Il sera peut-être nécessaire de changer la donne et d’en finir avec la personnification du pouvoir. Une solution serait de baser l’élection sur un programme. Les partis présenteraient un programme composé de mesures, chiffrées avec une feuille de route pour sa mise en œuvre durant la législature. Le programme aurait des porte-paroles qui présentent les éléments de son contenu : fini le candidat messianique, le représentant christique, place aux idées.

La première vertu serait de dépersonnaliser l’élection. Ce qui, par rebond, éviterait les dérives connues dernièrement avec l’ « affaire Fillon » qui a pourri la campagne Présidentielle, laissant de côté l’essentiel, c’est-à-dire les programmes.

Par ailleurs, cela inciterait les électeurs indécis ou peu politisés à s’intéresser et à comparer les propositions de chacune des offres politiques. Les médias joueraient donc un rôle de formation et d’éducation des consciences des citoyens, au lieu de comparer la « présidentialité » des candidats. Si nous pouvions éviter les formules laconiques telles que : « Il est bel homme » ou « Il est jeune » ou encore « il est nouveau » comme seule référence politique, nous aurions gagné en clairvoyance chez nos citoyens et donc en intelligence.

Avec peu de regrets, nous verrions la fin des primaires, qui ne font qu’accroitre le sentiment de légitimité égocentrique des vainqueurs. Finis également les candidats sans programme, qui distillent des mesures hétéroclites et sans cohérence, pour les changer ou les retirer aussitôt.

Et surtout, l’élection pourrait être unique. Un seul tour de scrutin pour élire des représentants du peuple à la proportionnelle intégrale et pour un seul mandat. Chaque parti devant présenter une liste très large de candidats, qui représentent la nation dans son ensemble et dans sa diversité, selon la méthode des quotas. Toutes les professions, toutes les classes d’âge et toutes les régions devraient être représentées sur ces listes de volontaires, qui recevraient une formation une fois élus et avant de siéger. Ensuite, le choix des députés se ferait par tirage au sort dans chaque liste, à la proportionnelle dans le respect de la parité femmes-hommes et de chaque sous-catégorie professionnelle et de classe d’âge. L’assemblée nationale serait une photographie plus proche de la réalité de notre société que ce que nous avons connu jusqu’alors.

Quelle majorité se dégagerait pour l’exécutif ? La même que dans tous les pays qui pratiquent la proportionnelle, c’est-à-dire celle du consensus qui permet de rassembler le plus grand nombre pour valider les lois. Il n’est pas irréel de rapprocher des projets de partis différents pour tendre vers un programme commun. Une partie des républicains et de l’UDI semblent se contenter des propositions du Président Macron qui hier était l’ennemi au pouvoir. De plus, il faut faire confiance aux gens du peuple qui composeraient cette assemblée. En effet, ils seraient moins partisans, plus enclin au dialogue et moins sous l’influence des lobbies que les politiciens actuels, qui sont trop souvent dans une opposition non constructive et n’attendent que l’alternance pour arriver au pouvoir. Le chef de l’exécutif serait donc choisi par les parlementaires en fonction d’une majorité qui se dégagerait autour d’un projet consensuel.

Enfin, il serait intéressant de prévoir un contrôle à mi-mandat, qui permettent au peuple de sanctionner, au besoin, le non-respect de la feuille de route initiale du gouvernement.

La vague de changement réclamée par les français devra répondre à leurs attentes sous peine de désir d’évolution plus profonde. Le « dégagisme » des anciens élus pourrait laisser la place au « dégagisme » de nos institutions. Si le pouvoir en place ne réussit pas à convaincre et emmener le pays vers un futur convenable pour le plus grand nombre, l’ambiance de fin de règne que nous connaissons pourrait accélérer le fil des événements.

Albert Camus disait : « L’histoire ne manque ni de religion, ni de prophètes même sans dieu ». Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas un nouveau messie ou une nouvelle religion mais un nouveau projet pour nous rassembler et de nouveau « faire peuple ».

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