Privatisation de l'aéroport de Toulouse / les dessous d'un scandale.

Je suis journaliste "transport aérien", notamment chinois, observateur attentif et sans parti-pris de la Chine, pays de mon père. La privatisation ratée de l'aéroport de Toulouse-Blagnac m'a incité à écrire un "néo-polar". "La fiction n'est rien d'autre qu'une face insoupçonnée de la réalité" (Arturo Pérez-Reverte).

La privatisation de l'aéroport de Toulouse-Blagnac est incontestablement un ratage. Même un scandale... Par le prix de vente minoré, par la personnalité intrigante de l'acheteur chinois, par sa disparition qui a suivi son acquisition. Comme journaliste, j'étais présent le 2 juillet 2015 à la conférence de presse qui réunissait, à Toulouse, Manuel Valls et Li Keqiang, alors respectivement premiers ministres français et chinois. La question leur a été posée : "Savez-vous où est passé Mike Poon, le nouvel actionnaire chinois de l'aéroport de Toulouse-Blagnac ?". En effet ce dernier qui venait de mettre la main sur 49.9% du capital avait... disparu dans la foulée ! Et personne ne semblait connaître son sort. Ce qui faisait désordre et laissait perplexe. La question resta sans réponse. Aucun des deux premiers ministres, qui semblèrent très gênés, n’apportèrent de réponse satisfaisante. Cette privatisation débutait mal alors qu'Emmanuel Macron ministre de l'économie l'avait soutenue et déclarée "exemplaire".

La suite fut du même ordre. Mike Poon réapparu à Toulouse mais fut incapable de donner une explication crédible quant à sa disparition pendant plusieurs semaines. Rapidement, des rumeurs, l'impliquant dans une affaire de corruption liée au dirigeant de la principale compagnie aérienne du sud de la Chine, ont circulé. Ensuite d'autres éléments ont évoqué son peu de compétence à gérer un aéroport de la taille de celui de Toulouse (alors 6ème français en terme de passagers), la faiblesse financière de sa société et plus grave mettaient en doute ses intentions quant à l'administration de l'aéroport. Doutes rapidement confortés par le fait qu'il s'est emparé d'une partie importante des bénéfices et en a redistribué une généreuse autre aux actionnaires afin semble-t-il qu'ils ne contestent pas sa gestion. Des fuites ont rapidement laissé entendre que les discussions entre responsables chinois et français de l'aéroport étaient pour le moins "confuses". Malgré la présence d'un interprète, les deux parties semblaient avoir du mal à se comprendre... Mike Poon n'aura fait que de rares apparitions à Toulouse. Peut-être pour échapper aux questions pertinentes des professionnels des médias et à celles des riverains réunis dans une association contestant les nuisances de la plateforme et la mainmise sur elle par cet actionnaire douteux. En 5 années quel est le bilan de Mike Poon et la situation de l'aéroport de Toulouse-Blagnac ?

Mike Poon n'aura pas tenu sa promesse de l'ouverture par une compagnie chinoise d'une liaison aérienne régulière Chine-Toulouse. Il aura réussi à faire passer Blagnac de la 6ème place à la 5ème dans le classement en nombre de passagers des aéroports français. Mais pour cela, il n'a pas fait preuve ni de beaucoup de talent ni de beaucoup d'imagination. Il a, comme pour beaucoup d'autres aéroports, laissé les loups entrer dans la bergerie. En l’occurrence les compagnies dites "bas-coûts / bas-prix".  Ainsi d'easyJet, Ryanair, Volotea,  Vueling et autres. Ce type de compagnies aériennes ont deux caractéristiques majeures : elles font voyager beaucoup de monde (il faut compenser la faiblesse des prix des billets par le taux de remplissage des avions) et ont un comportement prédateur. Elles ne veulent pas ou peu payer les gestionnaires d'aéroports pour les services dont elles bénéficient. Mais ces derniers dans leur désir de croissance à tout prix, acceptent leur venue quand ils ne les courtisent pas. De plus on peut leur reprocher la façon déplorable dont elles traitent leurs personnels mais aussi se poser la question quant à l'impact environnemental et social de faire voyager autant de monde. Grâce ou à cause d'elles, le voyage est devenu abordable au plus grand nombre avec les conséquences désastreuses que nous découvrons aujourd'hui. "Moins mais mieux" aurait pu être une autre façon de voyager avec des prix de billets correspondants aux vrais coûts permettant ainsi aux aéroports de vivre sans déficit et aux personnels d'être traités correctement. Résultat pour Toulouse-Blagnac ? près de 10 millions de passagers en 2018. Les riverains hurlent de colère, subissant de nouvelles et importantes nuisances. Quant aux infrastructures, il a fallu d'urgence essayer de les étoffer afin d'accueillir cette clientèle supplémentaire. D'énormes dépenses ont été engagées pour des recettes qui n'augmenteront que peu. Le passager "lambda" des compagnies "bas-coûts / bas-prix" ne dépense ni en taxi, ni en hôtel, ni en restaurant d'aéroport, ni en achats". Autres dégâts "collatéraux", la présidente du conseil de surveillance a préféré "passer la main" et rejoindre le conseil d'administration d'Air France. Quant au directeur de l'aéroport, il a été "remercié" par l'actionnaire chinois. Ces départs ont entraîné confusion et déstabilisation dans la gestion de Blagnac.

Témoin de toutes ces incroyables péripéties et alors que s'annonçait une privatisation beaucoup plus lourde de conséquences, celle d'Aéroports de Paris, j'ai souhaité donner mon sentiment quant au dessous de cette pitoyable affaire. S'il s'agit d'une forme romancée, accessible au plus grand nombre, j'ai la conviction d'être proche de la réalité. L'actionnaire, principal protagoniste, étant chinois, j'en ai tiré parti pour rappeler comment la Chine a démonté un Airbus A320 pour le copier au profit de son prototype d'avion commercial. Certains ont qualifié mon livre, "de récit érudit et épicurien". C'est un compliment qui correspond à ma démarche : par une lecture distrayante donner des éléments de réflexion fiables quant au désastre de la privatisation de l'aéroport de Toulouse et mettre en garde de ne pas le reproduire avec Aéroports de Paris. 

Pour "Mémoires chinoises", mon premier livre paru en 2017, j'ai souhaité m'adresser aux lecteurs que la Chine intéresse sincèrement et qui veulent en connaître les réalités mais aussi à ceux qui ont déjà voyagé ou voyageront dans ce pays. Cette autobiographie évoque la venue en France en 1929 de mon père chinois, son installation et la communauté chinoise de cette époque jusqu'au années 1970. Un chapitre est consacré à notre voyage à Pékin en 1967 alors que la révolution culturelle était à son sommet. Nous étions alors parmi les très rares "extérieurs" présents. Un cahier propose quelques photos témoignages de ce séjour exceptionnel. Ensuite j'ai souhaité présenter l'évolution de la Chine de 1980 à aujourd'hui. J'en ai été un témoin privilégié. Privilégié ? grâce à mes origines j'ai pu voyager en Chine individuellement à une époque où cela était quasi impossible et pu interroger librement mes proches, mes relations quant aux réalités du pays. Il semble que ce rare témoignage a été apprécié. J'ai eu l'honneur qu'il soit préfacé par Marie Holzman, rare sinologue dont les propos soient crédibles.

N'étant pas un auteur de renom publié par une riche maison d'édition, mes deux livres ont un tirage limité. Néanmoins ils sont disponibles soit en les commandant via fnac.com, amazon.fr, decitre.fr, babelio.com ou en librairies :

"Mémoire chinoises" de Jean Tuan chez CLC Editions. Format broché.

"L'empreinte du Dragon" de Jean Tuan chez CLC Editions. Format broché.

J'apprécierais que les lecteurs me fassent part de leurs commentaires. 

Bonne lecture.

Jean Tuan

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