Manœuvres des anti-vaccins pour renforcer leur mouvement grâce au coronavirus

Certains groupes anti-vaccins rejoignent les manifestants anti-confinement,aux USA afin de contester les restrictions visant à protéger la santé publique. Mais ils restent très minoritaires.

spectrumnews.org Traduction par Sarah de "How anti-vaccine activists are using COVID-19 to boost their movement" par Liz Szabo, Kaiser Health News / 28 Avril 2020

Manœuvres des activistes anti-vaccins pour renforcer leur mouvement grâce au coronavirus

Des activistes anti-vaccins ont rejoint des centaines de manifestants au Capitole à Olympia, Washington, le 19 avril, pour protester contre l’ordre de confinement de l’Etat. © Alex Milan Tracy / AP Images Des activistes anti-vaccins ont rejoint des centaines de manifestants au Capitole à Olympia, Washington, le 19 avril, pour protester contre l’ordre de confinement de l’Etat. © Alex Milan Tracy / AP Images
Alors que la moitié du monde espère ardemment un vaccin, pour mettre fin à la mort et à la destruction économique semées par le COVID-19, des groupes anti-vaccins rejoignent les manifestants anti-confinement, afin de contester les restrictions visant à protéger la santé publique.

Les opposants à la vaccination ont essuyé de graves revers aux Etats-Unis l’année dernière, alors que les Etats ont renforcé la loi d’immunisation, en réponse aux épidémies de rougeole provoquées par ceux qui refusent la vaccination. La Californie a renforcé ses exigences sur la vaccination en 2019, en dépit de manifestations, lors desquelles les activistes anti-vaccins ont jeté du sang sur les sénateurs de l’Etat, attaqué le promoteur de la loi sur la vaccination et arrêté la législature.

A présent, nombre de ces mêmes opposants à la vaccination rejoignent une lutte contre les ordres de confinement et la fermeture des commerces, destinés à endiguer la propagation du coronavirus, qui a tué plus de 47 000 Américains à la date de jeudi après-midi.

« Ce n’est qu’une couche de peinture fraîche pour le mouvement anti-vaccins en Amérique, et des moyens trompeurs pour paraître encore pertinents », selon Peter Hotez, professeur de pédiatrie, de virologie moléculaire et de microbiologie au College Baylor de Médecine à Houston, Texas.

Pour Peter Hotez, les groupes anti-vaccins s’emparent du sentiment anti-gouvernemental attisé par les manifestants conservateurs pour faire avancer leur cause.

« Malheureusement, leur stratégie peut réussir. »

Un groupe qui se donne le nom de Freedom Angels (Anges de la Liberté), dont les membres se sont mis debout sur des chaises l’année dernière, en chantant, aux audiences publiques de la loi californienne sur la vaccination, proclame que les gouverneurs abusent de leur pouvoir en fermant les armureries et autres commerces.

De nombreux activistes anti-vaccination – qui ont prétendu que des maladies comme la rougeole ne sont pas si graves – soutiennent à présent que le coronavirus n’est pas assez dangereux pour justifier de rester chez soi. Ils partagent l’avis du Président Trump sur le fait que le « remède » à la pandémie serait « pire que la maladie elle-même ».

Cela a poussé des adversaires de la vaccination à rejoindre les manifestants – que Trump a encouragés sur Twitter – dans des rassemblements dans les capitales des Etats pour « rouvrir l’Amérique ».

« Il est temps que les gens se rendent compte et évaluent vraiment les libertés qu’ils abandonnent, tout cela au nom d’un sentiment de sécurité », déclare la co-fondatrice des Freedom Angels Heidi Munoz Gleisner, dans une vidéo sur Facebook.

Le groupe a organisé un rassemblement le 20 avril à Sacramento, en Californie, appelé « Opération Embouteillage ».

« Les gens ont besoin de retourner au travail, de retrouver leur vie, de reprendre contact avec leurs proches dont ils sont séparés ; ils doivent être en mesure d’avoir un salaire », formule la co-fondatrice du groupe Tara Thornton, qui était interviewée par le Sacramento Bee pendant la manifestation. « Ce sont les motifs sur lesquels ils vont nous asservir. »

Les Freedom Angels n’ont pas répondu aux demandes d’interview. Le site du groupe mentionne des projets pour des rassemblements supplémentaires et intègre les photos de la manifestation de la semaine dernière, comme une photo sur laquelle un manifestant tient une pancarte proclamant « Pas de vaccins obligatoires. »

Mais après l’événement du 20 avril, la Patrouille Routière de Californie a annoncé qu’elle avait révoqué l’autorisation du groupe pour de futurs rassemblements, parce que le regroupement – qui comprend des douzaines de personnes – enfreignait les mesures de distanciation sociale du gouverneur. La patrouille routière a maintenant interdit tous les événements de groupe au Capitole pendant la pandémie, pour ne pas propager le coronavirus.

« Liberté médicale »

Le mouvement anti-vaccins ne s’est jamais limité à un seul parti politique. Les opposants de gauche à la vaccination – comme Children’s Health Defense, dirigé par Robert F. Kennedy Jr – comprennent des écologistes qui se méfient des polluants chimiques, des corporations et de « Big Pharma ». Le site internet du groupe Kennedy attaque Anthony Fauci, directeur de l’Institut National des Allergies et Maladies Infectieuses américain, pour avoir accéléré le développement « de vaccins contre le coronavirus risqués et peu sûrs », dans le cadre d’une « entente de faveur » avec les industries pharmaceutiques.

A l’autre bout du spectre politique, de nombreux conservateurs anti-vaccins s’opposent aux exigences d’immunisation des Etats parce qu’ils ne font pas confiance au « grand gouvernement ».

Un groupe du nom de Texans pour le Choix du Vaccin a appelé le gouverneur du Texas à promettre que personne ne serait obligé de se faire vacciner contre le coronavirus pour retourner au travail ou à l’école.

Des messages sur la page Facebook des Californiens pour le Choix de Santé, également opposés aux lois sur la vaccination en Californie, remettent en cause les ordres de confinement et accusent les responsables politiques de refuser d’admettre que ces ordres sont une erreur.

Dans une vidéo sur la page Facebook des Anges de la Liberté, ses donateurs présentent les ordres de confinement comme un abus d’autorité de la part du gouvernement, et la fermeture des armureries en Californie comme une attaque au Second Amendement. Le groupe constate que les armes seraient essentielles pour se protéger en cas d’émeutes et de pillages pour voler de la nourriture pendant la pandémie.

De bien des façons, le bras conservateur du mouvement anti-vaccins est un allié naturel pour ceux qui dirigent les rassemblements pour la « réouverture de l’Amérique », remarque David Gorski, oncologue et rédacteur en chef de Science-Based Medicine. Les deux mouvements recèlent des soupçons sur l’autorité gouvernementale.

Les opposants à la vaccination, par exemple, soutiennent depuis longtemps la fausse allégation selon laquelle les vaccins causent l’autisme, et que le Centre pour le Contrôle et la Prévention des Maladies a essayé de couvrir cette information, indique David Gorski. Trump a parfois lié les vaccins et l’autisme, même s’il s’est prononcé fermement pour les vaccinations pendant l’épidémie de rougeole en 2019.

Les groupes anti-vaccination se donnent maintenant une nouvelle image comme militants de la « liberté médicale ».

Les manifestations contre la distanciation sociale ont commencé dans le Michigan, mais ont gagné des capitoles d’Etats dans le Texas, le Colorado, le Maryland, le Wisconsin et ailleurs, avec plus d’événements prévus. Il s’est agi en général de petites manifestations, limitées à quelques centaines de personnes, ou moins.

Cependant le mouvement anti-vaccination ne parle pas au nom de tous les membres de la droite.

Stephen Moore, collaborateur principal au FreedomWorks, groupe militant conservateur qui a aidé à annoncer les manifestations, dit être étranger aux Freedom Angels ou à leurs rassemblements.

Je suis personnellement pour la vaccination », annonce Moore, membre du Conseil de la Maison Blanche pour rouvrir l’économie. « Surtout lorsqu’il s’agit du coronavirus. »

Et certains hérauts du mouvement anti-vaccination soutiennent pour leur part le confinement contre le coronavirus.

Jay Gordon, un pédiatre de Santa Monica, en Californie, populaire parmi les adversaires de la vaccination pour avoir minimisé les risques de la rougeole, considère que le risque du coronavirus est réel. Gordon dit approuver le confinement, et « il faut le maintenir ».

Maîtriser la pandémie

Richard Pan, pédiatre et sénateur de l’Etat de Californie, qui a défendu des missions pour une vaccination plus large, a qualifié les manifestants anti-vaccins et anti-confinement « d’égoïstes avant tout », parce qu’ils mettent les autres en danger.

Une des marques de fabrique du mouvement anti-vaccins est ce sentiment d’égoïsme et ce manque d’intérêt pour la santé des autres », dénonce Pan. « Ils aiment à parler de droits et de liberté. Mais ce qu’ils veulent surtout, c’est la liberté sans les conséquences. »

Aussi bien les parents anti-vaccins que ceux qui veulent relâcher les distanciations sociales présument que le système médical viendra à leur secours s’ils tombent malades, avertit Pan, qui fait remarquer que des milliers de travailleurs de santé sont morts en luttant contre la pandémie.

Fauci a prévenu qu’un relâchement des ordres de confinement est dangereux pendant tout le temps où le virus – pour lequel nous n’avons pas de traitements ou de vaccins approuvés – se répand activement. Une réouverture trop précoce des commerces pourrait déclencher une deuxième vague de contaminations.

Plus de 75 compagnies et groupes de recherche dans le monde essaient de développer des vaccins, qui représentent une arme essentielle contre le nouveau coronavirus.

Pendant ce temps, les Centres de Contrôle et de Prévention des Maladies rappellent que les mesures de distanciation sociale – comme travailler chez soi et éviter les grands rassemblements – sont essentielles pour ralentir la propagation du coronavirus, et éviter que les malades contaminés ne surchargent les hôpitaux. Les responsables des politiques de santé affirment qu’il est encore dangereux de rouvrir le comté avant que des tests étendus montrent que le coronavirus soit battu en brèche.

Les Américains soutiennent très majoritairement la vaccination, comme l’indiquent les études, et un sondage de la Kaiser Family Foundation a montré que 80% des Américains veulent que le confinement continue. Seuls 19% reprochent aux ordres de distanciation sociale de faire peser un poids superflu sur l’économie (Kaiser Health News est un programme de la fondation indépendant d’un point de vue éditorial).

Les manifestants anti-vaccins, pas plus que les anti-confinement, ne représentent les opinions du plus grand nombre des Américains, rappelle Pan.

Remettons ce mouvement dans son vrai contexte », dit-il. « On les entend, ils font du bruit, et ils sont petits. »

Cet article a été initialement publié dans Kaiser Health News. Il a été légèrement modifié pour refléter le style de Spectrum New

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