Profils des comportements agressifs dans le spectre de l'autisme

Une analyse des profils des enfants et adolescents autistes ayant des comportemetns agressifs, en fonction du QI, de l'anxiété, du trouble de l'attention et de l'hyperactivité.

Compréhension des comportements agressifs dans le trouble du spectre autistique à l'aide d'une analyse des profils latents

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 Adaptation par Phan Tom (Site Comprendre l'autisme)

Quelques propos généraux sur l’agressivité chez les personnes autistes

L’autisme se caractérise par des niveaux cognitifs et des comportements adaptatifs variables ainsi que par différentes comorbidités qui peuvent être invalidantes. Les comportements agressifs sont parmi les plus limitatifs.

La prévalence des agressions déclarées chez les personnes autistes va de 35 à 50% (Kanne et Mazurek 2011; Mazurek et al. 2013). Les comportements agressifs posent un défi important aux soignants et aux cliniciens (Baker et al. 2002) et sont fortement associés à l'hospitalisation psychiatrique (Mandell 2008) et à la prise de médicaments psychotropes (Logan et al. 2014).

Ils limitent également l’indépendance de la personne et son engagement au sein de la communauté (Benson and Aman 1999).

Les symptômes associés à l'autisme, à savoir la sévérité de l'autisme, le fonctionnement intellectuel ou le comportement adaptatif, ne sont pas des prédicteurs forts des comportements agressifs chez les personnes autistes. Dans une analyse des données du Autism Treatment Network (ATN; N = 1584, Mazurek et al. 2013), les comportements d’auto-agression, les problèmes de sommeil et les problèmes sensoriels étaient de puissants prédicteurs de l'agression physique envers les autres.

L'anxiété était corrélée à l'agressivité des personnes autistes dans certaines études de petite taille (Gotham et al. 2013; Panju et al. 2015). On ignore quels facteurs jouent dans cette relation et s’ils interagissent. Une interaction à trois voies entre le QI, la compréhension sociale et l'agression prédisait l'anxiété chez les jeunes enfants autistes (Niditch et al. 2012). Paradoxalement, que le niveau d'anxiété sociale soit bas ou élevé, il est un prédicteur d'agression chez les individus autistes sans déficience intellectuelle (Pugliese et al. 2013).

La résistance aux changements ou la difficulté à changer de centre d'attention, a également été identifié comme un déclencheur d'agression (Pugliese et al. 2014).

Compte tenu des avis divergents dans les études, les approches alternatives tenant compte de la variabilité phénotypique, telles que l'anxiété, le QI, le fonctionnement adaptatif et les symptômes de l'autisme, peuvent identifier d'autres facteurs contribuant à l'agressivité chez les personnes autistes. Cela pourrait améliorer notre compréhension des mécanismes comportementaux à la base des accès de violence.

Méthode utilisée lors de l’enquête

L’analyse de profils latents (APL), également connue sous le nom d’analyse par groupes de classes latentes (Vermunt et Magidson 2002) et de modélisation par mélanges finis (McLachlan et Peel 2000), est l’une de ces approches statistiques qui permet de découvrir des cas connexes à partir de données continues.

L’APL décrit l’hétérogénéité d’un échantillon donné en utilisant un nombre déterminé de profiles discrets.

Elle identifie une variable latente non observée, qui montre l'appartenance à un profil (Muthén et Muthén 2000). Les individus dans ces profils (ou sous-groupes) ont des réponses relativement similaires parmi les variables d'intérêt, appelées variables manifestes.

L’analyse des profils latents a déjà été utilisée pour identifier les profils-types sensoriels chez les enfants autistes d'âge préscolaire (Tomchek et al. 2018) et les différences de fonctions exécutives entre les enfants autistes et ceux ayant un trouble d'hyperactivité / de déficit de l'attention et les enfants au développement typique (Dajani et al. 2016).

Le but de cette étude est de décrire l’hétérogénéité des problèmes de comportement chez les personnes autistes en utilisant l’analyse des profils latents dans la Simons Simplex Collection.

La Simons Simplex Collection (SSC) est un référentiel national de données génétiques de l'autisme basé en Amérique du Nord qui combine des données de génotype avec des informations de phénotype complètes (Fischbach et Lord 2010).

  • Note de Phan Tom,  pour mieux comprendre la Simons Simplex Collection : c’est un projet et une ressource de base de recherche sur l’autisme à l’initiative de la Fondation Simons (SFARI). La SSC a atteint son objectif principal: établir un dépôt permanent d'échantillons génétiques de plus de 2 800 familles. Le SFARI a exploité la SSC en collaboration avec 12 cliniques de recherche affiliées à des universités.

Les données de la SSC étaient constituées de 2857 individus autistes (données phénotypiques de la version 15 de SSC).

Nous avons inclus les données cliniques des enfants âgés de 6 à 18 ans qui démontraient un comportement agressif. Nous avons exclu les personnes qui ne rencontraient pas ces critères. Nous avons également exclu les  enfants âgés de 1.5 à 5 ans car les données sur l’existence de comportements agressifs n’étaient pas précises.

Au total l’échantillon retenu pour cette étude comprenait 2184 personnes, avec un âge médian de 9,58 ans (extrêmes = 5,67-18 ans) et un QI moyen de 81,17.

Plusieurs outils ont été utilisés pour définir les profils types concernant les comportements agressifs :

  • la CBCL (Children Behaviour Checklist, Achenbach and Rescorla 2001)
  • la WASI : une version abrégée du WISC
  • l’ADOS : outil utilisé pour mesurer les caractéristiques de l’autisme
  • les échelles de Vineland
  • la Aberrant Behaviour Checklist (ABC)
  • Repetitive Behaviour ScaleRevised (RBS‑R)

Résultats et discussion de l’étude

L’analyse a identifié cinq profils avec différents niveaux de gravité d'agression et de caractéristiques comportementales associées. Les chercheurs ont établi ce modèle  à 5 profils en prenant en compte l’analyse des statistiques ainsi que l’application clinique du modèle.

  • profil 1 : les individus ont un QI moyen plus élevé et un profil comportemental de gravité inférieure. Les scores moyens pour les problèmes d'anxiété / dépression et d'attention du CBCL étaient inférieurs à tous les autres profils, à l'exception du profil 2 qui présentait la gravité comportementale la plus faible des cinq profils.
  • profil 2 : les individus ont généralement montré la gravité la plus faible dans les présentations comportementales avec les scores moyens les plus bas. Ces individus avaient un QI moyen supérieur aux profils 4 et 5 mais inférieur aux deux profils de QI supérieurs (profils 1 et 3).
  • profil 3 : était caractérisée par des individus au profil comportemental plus complexe. Les scores moyens des sous-échelles évaluant les difficultés comportementales étaient supérieurs à ceux des profils 1, 2, 4 et 5.
  • profil 4 : C’est le profil le plus sévère. Les scores moyens pour les sous-échelles comportementales étaient supérieurs dans ce profil par rapport aux profils moins sévères. Les individus de ce profil présentaient des scores plus élevés pour les sous-échelles RBS-R et les problèmes d’attention de la CBCL par rapport aux individus du profil 3.
  • profil 5 : les individus ont présenté des scores moyens plus bas pour les mesures de comportement,  par rapport à d’autres profils plus sévères. Cependant, ces personnes présentent une hyperactivité et des problèmes d’attention supérieurs, ce qui correspond à l’étiquette «Sévérité moyenne».

Profils de comportements agressifs © Phan Tom Profils de comportements agressifs © Phan Tom

Ils ont identifié deux sous-groupes avec des profils caractérisés par des scores moyens plus élevés pour le comportement agressif sur la CBCL. Une plus grande inattention, hyperactivité, anxiété et rigidité comportementale ont été observés dans ces deux sous-groupes.

Ils ont observé des scores moyens élevés pour l'anxiété et l'agressivité dans les profils 3 et 4.

Les comorbidités observées dans les deux sous-groupes (profils 3 et 4), qui ont également montré des problèmes d'attention et une hyperactivité accrus, peuvent être caractéristiques des altérations au niveau des fonctions exécutives.

Il a été rapporté que des déficits dans les fonctions exécutives (par exemple des problèmes d’inhibition, de travail mémoire, planification et flexibilité) sont associés à l'anxiété et à l'agressivité chez les personnes autistes (Lawson et al. 2015; Visser et al. 2014).

Cependant, il n’y a pas d’information précise de mesure concernant les fonctions exécutives dans la Simons Simplex Collection, les chercheurs n’ont donc pas pu investiguer cette piste.

Aucune relation entre le QI, le comportement adaptatif et l'agressivité n'avait été rapportée dans des études précédentes (Hill et al. 2014; Kanne et Mazurek 2011).

Par contre l’étude de Farmer et al. (2015) a montré une association entre un faible QI, les comportements adaptatifs et une augmentation de l’agression physique par rapport à une augmentation de l’agressivité verbale chez les personnes ayant un QI / un comportement adaptatif plus élevé.

Dans la présente étude les chercheurs n’ont pas pu approfondir les sous types de comportements agressifs observés car la SSC ne divulgue pas des informations aussi précises des données recueillies lors de la CBCL.

Les limites de l’étude

Les chercheurs n’ont pas pu évaluer les effets potentiels de l'âge et du développement sur les sous-groupes. À l'heure actuelle, il n'existe pas de recherche longitudinale sur l'agressivité chez les personnes autistes, ce qui pourrait fournir des informations plus claires sur le développement d'un comportement agressif.

De plus, cette étude est allée au-delà de la symptomatologie des TSA pour regrouper les enfants et les adolescents. Sans données de réplication ni critères de validation externes, les sous-groupes comportementaux mis en lumière par cette étude ne peuvent être validés.

Des études futures pourraient confirmer ou infirmer ces profils en tentant de reproduire les résultats dans un échantillon indépendant et par la validation externe des classes latentes via des variables non incluses dans l'analyse initiale.

La définition de la notion d’agression utilisée dans cette rechercher était celle de l'échelle de la CBCL. Cette échelle inclut des éléments pertinents mais non spécifiques à l'agression physique. Par conséquent, nous ne pouvons pas déterminer si les relations observées se rapportent à des sous-types spécifiques d'agression.

Il existe également des facteurs contextuels des comportements agressifs qui n’ont pas été pris en compte dans cette étude, tel que le milieu scolaire ou familial.

En dépit de ces limitations, les sous-groupes identifiés dans l’étude semblent significatifs pour la pratique clinique. Cela pourrait permettre la mise en place d’interventions adaptées au profil des personnes autistes.

Source : Journal of Autism and Developmental Disorders

Gaining Insights into Aggressive Behaviour in Autism Spectrum Disorder Using Latent Profile Analysis

  • Matthew O. Sullivan 1Email author
  • Louise Gallagher 1
  • Elizabeth A. Heron 1

1 Department of Psychiatry & Neuropsychiatric Genetics Research Group, School of Medicine, The Trinity Centre for Health Sciences, Trinity College Dublin Ireland

En ligne le 10 juillet 2019

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