Des douleurs chroniques affectent de façon disproportionnée les enfants autistes

Les enfants avec autisme sont deux fois plus susceptibles que leurs pairs neurotypiques de souffrir de douleurs chroniques ou récurrentes. Ceux qui sont affectés de troubles développementaux associés, tels que l’épilepsie ou une déficience intellectuelle, sont encore plus susceptibles d’avoir des douleurs chroniques

Spectrum News Traduction par Curiouser de "Autistic children disproportionately affected by chronic pain"

Par Jaclyn Jeffrey-Wilensky / 13 novembre 2019

Les enfants avec autisme sont deux fois plus susceptibles que leurs pairs neurotypiques de souffrir de douleurs chroniques ou récurrentes, selon une étude de grande ampleur. Ceux qui sont affectés de troubles développementaux associés, tels que l’épilepsie ou une déficience intellectuelle, sont encore plus susceptibles d’avoir des douleurs chroniques1.

De nombreuses études ont suggéré que les personnes avec autisme pouvaient ressentir différemment la douleur par rapport aux personnes neurotypiques. Leur douleur pourrait aussi être aggravée par les sensibilités sensorielles et les troubles gastro-intestinaux que l’on trouve fréquemment associés à l’autisme. Mais ce sujet reste encore trop peu étudié, indiquent les experts.

Cette nouvelle étude révèle que la douleur est « une expérience vraiment courante chez les enfants avec autisme », comme le dit son instigatrice Danielle Shapiro, professeure adjointe en médecine physique et de réadaptation à l’université du Michigan, à Ann Arbor. « Ils ressentent la douleur physique, même si elle n’est pas communément considérée comme une caractéristique essentielle de l’autisme ».

Shapiro et un de ses collègues ont exploité les résultats de l’Enquête nationale sur la santé des enfants américains (U.S. National Survey of Children’s Health) en 2016-2017, avec un questionnaire où les parents indiquaient les diagnostics médicaux portés sur leurs enfants et dans quelle mesure ces derniers avaient souffert de douleurs chroniques ou récurrentes au cours de l’année précédente. Leur analyse prenait en compte 50 063 enfants âgés de 6 à 17 ans, dont 1 472 avec autisme.

Pourcentage d’enfants souffrant de douleurs chroniques

douleur

Repérer la détresse

L’équipe découvrit qu’environ 16% des enfants autistes avaient connu des douleurs chroniques ou récurrentes au cours de l’année précédente. Dans le cas des enfants autistes avec des troubles développementaux associés, la barre des 20 % était presque atteinte. En comparaison, seuls 8 % des enfants neurotypiques expérimentaient des douleurs fréquentes, d’après leurs parents (sur les presque 49 000 enfants présents dans le groupe contrôle, environ 800 étaient épileptiques, déficients intellectuels ou avec une paralysie cérébrale). Les résultats sont parus le 28 octobre dans la revue JAMA Pediatrics.

« Ça ne me surprend pas du tout de voir la prévalence élevée de plaintes au sujet de douleurs généralisées [au sein de cette population] », affirme David Moore, maître de conférences en psychologie à l’université John Moores de Liverpool, au Royaume-Uni, qui n’avait pas participé à cette recherche. « Dans le cas de ce groupe, il s’agit d’un problème important de santé publique, et notre travail doit consister à mieux répondre à leurs besoins ».

Cependant, l’analyse se base sur des comptes rendus faits par les parents, qui ne reflètent pas toujours entièrement la réalité, avertissent les experts. Cela est particulièrement vrai dans le cas des enfants autistes, qui peuvent avoir des difficultés à communiquer sur leur souffrance.

 « Un parent rendant compte de la douleur de son enfant est semblable à un proxy », affirme Micah Mazurek, professeure adjointe des services sociaux à l’université de Virginie à Charlottesville, qui n’avait pas participé aux recherches. « La douleur est ressentie à l’intérieur de soi », indique-t-elle. « Pour de très jeunes enfants, ainsi que pour ceux qui n’utilisent pas le langage, il est difficile d’en faire une estimation directe ».

« Les résultats de l’étude devraient inciter les médecins à être particulièrement vigilants quant à l’identification de la douleur chez les personnes autistes », nous dit Mazurek.

Shapiro espère que l’étude constituera un « tremplin » pour la recherche sur la douleur, avec notamment des travaux examinant les sources de la douleur chez les enfants autistes.

« Ce serait là une voie à suivre pour nous aider à réfléchir sur les moyens de traiter la douleur chez ces enfants », affirme-t-elle.

Référence :

1. Whitney D.G. and D.N. Shapiro JAMA Pediatr. Epub ahead of print (2019) PubMed

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