Politiques Handicap : différences majeures entre les candidats aux élections U.S

Une analyse des politiques en faveur du handicap de plusieurs candidats aux primaires démocrates aux Etats-Unis. Comparaison avec la politique de l'administration Trump.

Par Peter Hess et Sara Luterman / 3 Mars 2020

Traduction par Sarah de Disability policies highlight major differences among U.S. presidential hopefuls

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La plupart des candidats en tête de liste pour les élections aux primaires démocrates des Etats-Unis ont communiqué des plans complets sur leur politique en faveur des personnes handicapées. Pour se faire son idée sur un candidat, ces politiques attirent davantage l’attention que par le passé sur des problèmes qui affectent les personnes avec des handicaps – y compris les personnes autistes.

A la date du 3 mars, seul l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg, n’avait pas communiqué d’information sur sa politique. Vous pouvez consulter les différents plans, pour comparer leurs positions par rapport à ces problèmes.

A la différence de l’administration Trump, la plupart des plateformes des candidats aux primaires démocrates sont plus avantageuses pour les autistes, comme pour les chercheurs, avec la promesse d’allouer davantage de crédits à la recherche et au financement de la santé publique.

Les candidats à la présidence n’ont jamais accordé beaucoup d’attention aux politiques envers le handicap ou à la recherche pour l’autisme, comme le rapportent les militants défenseurs des droits des personnes handicapées, mais c’est néanmoins avisé de le faire, dans la mesure où une personne sur quatre aux Etats-Unis est porteuse d’un handicap. Les politiques les plus prometteuses sont émises par les candidats qui ont consulté des militants autistes, ainsi que d’autres ayant des handicaps.

« C’est la première fois que je vois plusieurs candidats s’efforcer d’aller au-devant de la communauté des personnes handicapées, en la considérant comme un électorat, un ensemble de voix important », se réjouit Kristie Patten Koenig, professeure associée d’ergothérapie à l’Université de New York. « Grâce à cette consultation et à cette implication, qui sont essentielles, nous sommes en présence de certains des meilleurs plans vus jusqu’ici. »

A titre d’exemple, les Sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren ont tous deux consulté Ari Ne’eman, co-fondateur et ancien président du Réseau de Défense des Droits des Personnes Autistes. Ari Ne’eman a été au service des comités consultatifs pour Barack Obama et Hillary Clinton en 2008 et 2016 respectivement, il était nommé au Conseil National pour le Handicap mis en place par le Président Obama.

« Dans ce nouveau cycle [d’élections], je pense que nous sommes allés plus loin que jamais auparavant », confie Ari Ne’eman.

De nombreux experts affirment que les projets des candidats Joe Biden et Bloomsberg manquent de réflexion et de perspective, alors que Sanders et Warren ont les politiques les plus larges et susceptibles d’avoir de l’impact.

« Ce qui tranchait, pour moi, c’était le sérieux des plans de Sanders et Warren », déclare Finn Gardiner, spécialiste de la communication à l’Institut Lurie pour les politiques du handicap à l’Université de Brandeis à Waltham, dans le Massachusetts.

Le sénateur et la sénatrice ont tous deux abordé l’inclusion scolaire, les interactions avec l’application des lois, l’emploi et les salaires minimum, de manière plus sérieuse que les autres candidats, ajoute-t-il.

Sanders et Warren ont aussi tous les deux des plans pour le remboursement des prêts étudiants, qui pourraient profiter aux adultes avec des handicaps, d’après Gardiner.

« Les personnes handicapées ont moins de chances de terminer l’enseignement secondaire, et ils seront coincés avec des prêts étudiants dont ils ne pourront peut-être pas rembourser les échéances, parce qu’ils n’auront pas de diplômes », conclut-il.

Financement de la recherche

Presque tous les candidats démocrates ont présenté des propositions pour un financement fédéral plus important, pour les Centres de Contrôle et de Prévention des Maladies (CDC) et les Instituts Nationaux de la Santé (NIH). Elizabeth Warren, par exemple, a soumis un projet de dépenses exécutoires et garanties de 100 milliards de dollars pour les recherches à venir dans les dix prochaines années. Et Sanders promet une hausse du financement pour la recherche sur les questions concernant toute la durée de vie, comme le soutien et l’hébergement communautaire, pour les personnes handicapées.

A contrario, la demande de budget du Président Donald Trump pour 2021 envisage de réduire le financement des NIH de 7%, à savoir de 2,9 billions de dollars.

L’administration Trump a préconisé la suppression du financement de L’Education des Cadres en formation sur les Handicaps Neurodéveloppementaux et associés, qui enseigne aux professionnels comment aider au mieux les enfants autistes ou avec troubles apparentés. L’administration Trump a annoncé en outre des coupes budgétaires de 30% concernant le Centre National pour les Anomalies Congénitales et les Handicaps du Développement du CDC, qui collecte des données et offre des services communautaires aux Américains handicapés.

Dans la mesure où les candidats ont beaucoup compté sur les contributions des experts en politique du handicap et des militants, nombre d’entre eux ne sont pas préparés à fournir des réponses claires lorsqu’on leur pose des questions de fond, souligne Reyma Mc Coy McDeid, directrice générale du Centre pour une Vie Indépendante de l’Iowa Central à Des Moines. Dans une vidéo postée en 2019 par le Centre des Droits des Handicaps du New Hampshire, l’ancien candidat, Pete Buttigieg, a mentionné par exemple la nécessité d’inclure les personnes handicapées dans l’élaboration des politiques, mais il a eu du mal à donner des exemples précis.

« J’apprécie qu’on recherche notre retour, mais j’aimerais vraiment que les candidats eux-mêmes aient une meilleure connaissance des contenus de leurs propres plans », regrette Reyma Mc Deid. La plateforme de Joe Biden, notamment, donne l’impression d’être assez grossièrement bricolée, déclare-t-elle.

« Pour moi, ceci ne fait que déclencher toute une série de signaux d’alarme, et me laisse à penser qu’il s’agit d’un de ces candidats qui ne prennent pas cet électorat au sérieux », dénonce-t-elle.

Buttigieg a abandonné la course le 1er mars, et Amy Klobuchar a fait de même le lendemain. Alors que le choix se rétrécit, les politiques en faveur du handicap sont à même d’aider les électeurs à se décider sur le candidat qu’ils veulent soutenir.

Toutefois, les promesses de campagne ne deviennent pas toujours réalité, regrette Reyma Mc Deid.

« Au sein de la communauté des personnes handicapées, nous pouvons nous réjouir d’être en tête et au centre tant que durent ces plans, mais nous ferions aussi bien de nous attendre à d’inévitables déceptions. »

Complément : Joe Biden et Bernie Sanders


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Source The coronavirus pandemic has shuttered universities and institutes, leaving scientists scrambling to continue their research, Peter Hess, 16 mars 2020, Spectrum News

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