Tout s'accélère, les sens des mots y participe, et le virus aussi

Notre monde tel qu'il existe aujourd'hui serait-il ce royaume mortel qui arrive à son terme ? Le pire n'est jamais sûr, mais il semble que l'humanité s'en rapproche, en tout cas que nous ayons décidé, consciemment et collectivement, de jouer avec le feu. Le pire n'est jamais sûr, mais il semble que l'humanité s'en rapproche.

Peut-on dire avec l’historien Guichardi qui vécut la fin de la liberté de Florence ? „Toutes les cités, tous les états, tous les royaumes sont mortels; toute chose soit par nature soit par accident un jour arrive à son terme et doit finir; de sorte qu’un citoyen qui voit l’écroulement de sa patrie n’a pas tant à se désoler du malheur de cette patrie et de la malchance qu’elle a rencontrée cette fois; mais doit plutôt pleurer sur son propre malheur; parce qu’à la cité il est advenu ce qui de toute façon devait arriver, mais le vrai malheur a été de naître à ce moment où devait se produire un tel désasatre „

Notre monde tel qu'il existe aujourd'hui serait-il ce royaume mortel qui arrive à son terme ? Le pire n'est jamais sûr, mais il semble que l'humanité s'en rapproche, en tout cas que nous ayons décidé, consciemment et collectivement, de jouer avec le feu. Malgré tout, il y a toujours au moins autant de raisons d'espérer que de désespérer. Les secondes sont lourdes comme les destructions irrémédiables qu'elles engendrent, les premières sont légères, multiples et sont en train de se fédérer: mille expériences de toutes sortes, pacifiques, durables, solidaires, renouvelables, équitables, en un mot démocratiques car exprimant la fraternité seule à même de résoudre la contradiction des deux termes liberté et égalité, voient le jour à chaque seconde que le big bang fait. C'est bien ce que les gilets jaunes, les citoyennes et les citoyens en première ligne sur le front du virus et tous les peuples en lutte nous ont appris. Nous leur devons cette reconnaissance éternelle.

Le réel n'est pas ce que nous voulons voir ou ne pas voir, c'est avant tout ce qui agit, à notre conscience ou à notre insu, dans le sens de notre volonté ou non, et le résultat de ce qui agit, que nous le trouvions heureux ou malheureux. Il s'agit de faire le constat de ce qui est et de ce qui a produit ce qui est, que cela nous plaise ou non. Et ce n'est qu'ensuite que l'on poura discuter des modalités à adopter pour changer l'ordre des choses, ou le laisser en l'état, c'est à dire agir contre nous. On préfère souvent, dans ce genre d'exercice, que la marche des événements nous donne tort. Mais dans quelle mesure choisit-on? Car la suite n'est pas écrite mais s'écrit sous nos yeux, ici, là, maintenant et dès demain encore. Et la suite, c'est le virus et la lutte à la vie à la mort que nous lui livrons, non pour la survie d'un gouvernement autiste, ni même d'un modèle de sous développement inique, mais de l'humanité tout entière.

Nous avions laissé les GJ se désengager quelque peu du mouvement, par fatigue, par colère, et peur de se faire gazer, nasser, canarder, éborgner, amputer, matraquer, pour finir souillés dans l'invective et l'outrance. Il leur fallait aussi souffler, se retrouver pour emmener leurs familles en vacances pour celles et ceux qui le pouvaient, se réunir et échanger encore et encore vécus, rêves, coups de main, idées, avant d'envisager une suite possible. Et nous avions laissé notre président sur cette terrible phrase :“ Ceux (et pourquoi pas „celles“, les femmes sont souvent plus nombreuses et surtout plus déterminées, plus sereinement déterminées) qui continueront à participer à ces manifestations se rendront complices du pire“, glaçante comme une menace. Et le pire est arrivé. Tout s'accélère, le sens des mots y participe : juillet 2018, „le seul responsable, c'est moi, qu'ils viennent me chercher“, mai 2019, „ceux qui ... complices du pire“, janvier 2020, „interdit de parler de violences policières et de dire que l'on est en dictature, interdit aussi de dire que le président est arrogant, méprisant, cassant...“ (car c'est un appel à la haine, au meurtre même, donc un délit, donc interdit, donc punissable), sans parler des invectives contre les «français musulmans», comme s'il y avait des français chrétiens, ou juifs, ou autres, vieille expression inique pour désigner à l'époque les algériens en lutte pour leur indépendane (en parlant de l'Algérie, que s'y passe-t-il maintenant?). Entre ces moments, nous avons pu comprendre à partir de diverses déclarations et postures (Biarritz, …) de notre pas trop aimé disons-le président ce que l'en-même-temps (EMT) veut dire: les éborgnements, amputations et autres conséquences des violences d'état: inacceptables, et EMT inévitables, nécessaires pour défendre la république et ses valeurs (lesquelles : liberté de manifester, égalité devant la loi, fraternité retrouvée sur les ronds points?). Les gigantesques incendies des forêts amazonienne, africaine, australienne: inacceptables, mais EMT nécessaires pour notre agriculture (soja OGM), les intérêts de ses amis forestiers en Afrique, et des actionnaires de Total et de ses mines de charbons à ciel ouvert en Australie. La liquidation de notre protection sociale: inacceptable, mais EMT nécessaire pour … pour quoi, au fait …? En fait, ce que ces gens étalent à qui mieux mieux à longueur de journées est tout simplement que le capitalisme libéral et ses conséquences mortelles sont inaccepables, mais EMT inévitables, nécessaires, car en effet, nous renvoient-ils à la figure avec leurs gaz et leurs grenades, il n'y a pas d'autres solution. Et bien non!, disent les peuples de par le monde, qui refusent ce discours mortifère. Virginie Despente l'a exprimé radicalement, et il n'est pas nécessaire d'en rajouter. Tout s'accélère, et le virus est arrivé.

Alors „nous sommes en guerre!“, et comme en 40, les élites se délitent, des gouvernants insultent leurs concitoyennes et concitoyens en boucle, insultent avant tout l'avenir par leur impéparation mortifère et leur communnication mensongère et encore plus mortifère, sauf qui peut et exode des ceusses qui en ont les moyens dans un réflexe égoïste, et on les laisse faire en dépit de tout bon sens, donneurs de leçon bien planqués à l'arrière, yoyo boursiers si profitables aux grands patrons, idéologues racistes jetant de l'huile sur le feu en stigmatisant certaines populations, Blitzkrieg contre un ennemi invisble enfin. Et comme en 14, des généraux bien planqués à l'arrière envoyant au front sans protection, au risque de leurs vies, soignantes et soignants, forces de l'ordre, travailleuses et travailleurs forcés au travail du même nom, pauvres confinés dans des habitats indignes, SDF et migrants à la rue ou enfermés dans les centres de rétentions, des camps, bloqués aux frontières, gardiennes et gardiens de prisons, prisonnières et prisonniers, y compris présumés innocents (sauf ouf, le pauvre Balkani que l'on a fait ressortir vite fait, et le fât Fillon qui a peu de chance de s'y retrouver un jour, encore moins Sarko...), gilets jaunes emprisonnés pour avoir osé crier leur colère. Et bien sûr nos aînés qui ont construit notre prospérité et leurs accompagnants abandonnés à leur triste sort, toutes et tous les autres partout de par le monde, sacrifiés sur l'autel de la raison d'état. Bien sûr, pas tous ripoux, les politiques, et c'est bien en dénonçant celles et ceux qui le sont que l'on rendra hommage à toutes celles et tous ceux qui ne le sont pas: les maires, nouveaux hussards de la République, haute hiérarchie de la gendarmerie et de la police dénonçant l'illégalité des ordres donnés ayant provoqué les violences d'état, procureures et procureurs, avocates et avocats s'opposant à une pratique mortifère de la justice, voix qui s'élèvent et dénoncent au sein même du pouvoir, pour ne donner que ces exemples. Et les forces vives de la nation envoyées au casse pipe sans protection, en état de grande détresse, en première ligne de cette guerre sociale d'un genre tout à fait nouveau et en acte, doivent montrer au monde que nous sommes une nation une et indivisible, ce qu'elles font avec courage et détermination, avec à leur tête un chef qui s'auto comtemple en père de la nation, excusez du peu, quand il en est le fossoyeur. Le sens des mots ...

C'est dans leur mémoire que s'inscrit le destin des peuples, et dans la solidarité qu'il se résout. Il y a eu d'autres scandales sanitaires par le passé, nous vivons en fait dans un scandale sanitaire permanent, et c'est bien ce pourrissement durable, environnemental, social, inégalitaire dont il faut d'urgence inverser la courbe, à commencer par celle du virus, la première urgence étant de rétablir la démocratie de manière systémique, fonctionnelle et appliquée à tous les aspects de la vie sociale : irriguer à la place d'arroser, c'est la grande leçon que nous donne le Sahel plongé dans une crise aiguë. On pourra lire plus loin qu'il n'aurait pourtant pas été si difficile, non pas d'éviter la catastrophe, mais de la circoncrire, si on avait voulu se donner la peine de faire un constat désabusé et de refuser de se complaire dans le déni, et ce dès 2017 en appliquant le programme esquissé en annexe.

Le temps trompeur nous dissimule ses traces, mais il passe, rapide. Vous gardez peut-être encore le caractère gai de la jeunesse - mais vos cheveux sont déjà tout blancs; et à quoi bon vous plaindre?" . Nous serions malvenus de nous plaindre, nous qui avons si bien vécu et alors que nous revient en pleine face la lancinante question: qu'avons-nous fait du monde que nous laissons à nos enfants, nos ayant droit?

Les vraies réponses, ce sont les questions, et les vraies questions, c'est ce que chantaient les vikings pendant les tempêtes“ (Romain Gary peu avant son suicide). Et la multiplication, non pas de petits pains, bénis ou non, mais des luttes, ne peut que le confirmer. Tout s'accélère, le sens des mots y participe. Le virus aussi: il ne s'agit pas d'être écolo, mais vivant, nous rappelait une pancarte de la manif pour le climat et nous rappellent toutes celles et tous ceux qui le combattent. Et n'oublions pas que "nous sommes tissés de l'étoffe dont sont faits les rêves". Alors, à suivre...?

Petite pause musicale : https://www.youtube.com/watch?v=pGipFrts650

Annexe : une ébauche de programme minimum devant précéder la prise en main de leur destin par les citoyennes et les citoyens de tous les pays (écrit en 2017 et actualisé ce jour)

Irriguer en profondeur les territoires, à commencer par les infrastructures secondaires, voies ferrées et routes qui ont été abandonnées et laissées dans un quasi abandon criminel. Transports collectifs, réseau de communication et de transports des flux (eau, gaz, énergie, information et communication), équipements sociaux c'est à dire permettant la vie sociale dans les domaines de l'éducation, la santé, la formation, la prise ne charge des aînés. Alors on pourra développer le tissus économique local des PME, l'eau du bocal, à condition que l'on irrigue de micro crédit, crédit solidaire mutuel et concerté comme cela commence à se faire au niveau de certaines collectivités territoriales, crédit aux PME innovantes et aide à celle qui sont en difficulté, le plus souvent de trésoreries pour cause de défauts de paiement de leur clients mauvais payeurs, à commencer par l'état. Redéploiement des milliards consacrés à la formation vers ceux qui en ont le plus besoin.

Irriguer par l'énergie en refondant les circuits de distribution souvent obsolètes et inadaptés aux conditions locales (coupures de courant fréquentes …), en développant des unités de production locale adaptée aux besoins réels dans des technologies propres et efficientes (éoliennes, arbres à vent, petites centrales d'appoint, y compris nucléaire au sodium dont la technologie est disponible).

Irriguer la démocratie par l'introduction de la proportionnelle et le développement de la démocratie locale participative par le fait de la société civile, dans les domaine de la protection de ceux qui en ont besoin en priorité, actions solidaires, droit de vote des étrangers dans les élections locales. Réinventer la démocratie de manière durable en refondant la république en une république pérenne, équitable et solidaire, renouvelable dans une recherche permanente de qualité des rapports sociaux, une république qui soit la chose publique dans le débat permanent, c'est exactement ce vers quoi travaille – souvent bénévolement – la société civile qu'on devrait appeler citoyenne. C'est exactement ce à quoi s'opposent les partis politiques, ce qu'ils freinent des quatre fers au service qu'ils sont du lobbying en tous genres et des intérêts de la rente. Comment continuer encore un peu, un certain temps, comme disait justement un humoriste, à piller le monde et les peuples, il sera bien à temps … d'attendre encore un peu pour proposer un autre modèle le moment venu. Ce moment est venu depuis longtemps déjà, et il y a des gens qui ont le toupet d'oser préférer ne pas attendre et pensent qu'il y a urgence à se débarrasser de la pensée unique et de ses vices mortifères. Ce n'est pas un président qui réglera ce dilemme, par contre en arc-boutant sa vision sur les valeurs du vieux système, il va certainement contribuer à en accélérer le processus de décomposition, ce qui serait en soi positif dans un monde moins dangereux à tous les étages.

Le revenu universel unique pour les 18-23 ans (ou 25, il faut calculer), disons 900 euros nets d'impôts mais pas de charges, à tous sans distinction, mais sous condition incontournable de se former à une activité citoyenne et à un métier, pointage et contrôle à la clé, donc sanction, c'est à dire suppression si non respects des règles, laxisme verboten, et tout le monde à la même enseigne. C'est le système d'apprentissage en alternance suisse et suédois, allemand, rémunéré par les entreprises, étendus aux étudiants en tout genre . Quant au coût, on peut faire remarquer que 1- les 20% de TVA (45% de l'assiette de l'impôt en France reviennent dans les caisses de l'état et 2- 10% de ce salaire représentent des assurances sociales qui reviennent dans les caisses de la sécu. Et puis il faudra bien un jour s'arranger pour que les 80 milliards de manque à gagner de l'évasion – pardon, de l'optimisation - fiscale reviennent un jour «vivir al païs» ou mieux, faire vivre le pays, non? Ensuite il faut bien entendu proposer une véritable offre de formations performantes et accessibles comme cela fonctionne dans les pays où le chômage des jeunes n'est pas la calamité que nous connaissons en France.

Un vaste programme de construction de logements sociaux durables et respectueux des règles de protection environnementale et créant une vrai mixité apaisée, une identité heureuse dans la diversité et de sa diversité.

Redonner à la Caisse des Dépôts, conçue comme le bras armé financier de l'état, sa pleine fonction d'origine au service des collectivités territoriales, et non instrument de spéculation au service des grandes entreprises.

Création de fonds salariaux de solidarité (qui existent déjà, quelque 150 milliards ), véritables interfaces entre le financier et le social, les syndicats savent gérer, et celles et ceux qui préfèrent aller chez balckrock, cela les regardent.

Création d'un fond destiné à la transition énergétique, et un autre à la fermeture progressive, programmée et asumée des centrales nucléaires devenues obsolètes et donc dangeureuses, sortir de la faillite de cette soit disant excellence française, arrêter à tout prix le programme EPR qui en est la manifestation la plus avancée, du travail pour 50 annéess au moiins, plus de 1000 milliards à provisionner, en étant bien conscient qu'il sera impossible de sortir du nucléaire, piège dans lequel l'humanité es tombée.

Et la réforme des retraites, c'est tout simple: revenir à l'assurentiel, salariés et employeur payant les cotisations, part du salaire, et responsables de la gestion de l'ensemble, l'état central n'a pas besoin de s'en mêler, la sécu ayant été conçue comme une association loi 1901 : telle qu'elle est maintenant, elle est entrée dans le budget, donc dans la dette, donc titrisée, point barre. Solidarité intra générationelle et inter générationnelle, c'est à dire pas de déficit, on distribue ce qui est collecté dans l'année, et pour toutes et tous le même montant, car il n'y a pas de raison que celles et ceux qui ont galéré toutes leur vie galèrent encore dans leur vieillesse, surtout pas les femmes: l'assurance que l'on appelle à tort vieillesse n'est pas une assurance contre la vieillesse, ce qui serait idiot, mais contre l'indigence durant la vieillesse, et 1000 euros par mois, c'est de l'indigence, n'en déplaise à nos élites qui osent nous présenter cette arnaque comme une révolution : il y a des gens qui en ont honte, et d'autres pas. Et ensuite, négocier l'âge de départ en fonction de la pénibilité. Ce n'est qu'une base de discussion, alors référendum à la clef.

Enfin élire une assemblée constituante chargée de définir une nouvelle constitution, une nouvelle légalité. Mêmes motifs, même punition pour l'UE, ou alors en sortir pour mieux la refonder.

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