Reconsidérer la mission des Maires à la lumière de la crise

En interrompant abruptement l’élection municipale, la crise du CoVID-19 donne à beaucoup de candidats un temps bienvenu de réflexion sur ce que devrait être leurs principales missions : accroître la résilience des territoires pour affronter les crises civilisationnelles que ce siècle nous réserve.

Le monde a été surpris par une crise telle qu’il n’en avait pas connue depuis les guerres mondiales. La pandémie du coronavirus a mis les pays au pas les uns après les autres, pointant une grande faiblesse de notre société mondialisée : son peu de résilience face aux caprices de la nature. Cette crise fait des morts tous les jours et en fera indirectement longtemps encore à travers la contraction de l’économie, qui de jour en jour s’annonce plus forte, et toutes ses conséquences sociales, politiques et environnementales. Chacun d’entre nous, bousculé dans son quotidien, réalise subitement que ce que nous pensions acquis ne l’est pas forcément. Pourtant, cette catastrophe est largement réversible : le virus disparaitra, ou nous apprendrons à vivre avec, et la vie reprendra son cours. Mais le coronavirus a aussi éclipsé une crise d’une toute autre ampleur: celle que représentent pour l’humanité le changement climatique, la décrue énergétique et, de façon plus générale, la destruction à grande échelle de notre environnement. Ces termes nous sont devenus familiers dans les médias mais beaucoup d’entre nous ignorent ce qu’ils recouvrent réellement. Ils sont malheureusement aussi des réalités susceptibles de modifier nos vies en profondeur.

Depuis deux siècles, les énergies fossiles nous ont donné la possibilité d’exploiter les ressources terrestres comme jamais avant, générant un confort de vie sans précédent pour une population toujours croissante. Mais ce progrès vient avec un cortège d’inévitables pollutions, dont l’accumulation des gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère est une des plus globalisée. Cette relation très stricte entre énergies fossiles, PIB et pollutions nous prépare un avenir difficile. Tout d’abord, les énergies fossiles sont par définition en quantité finie et les experts nous assurent que leurs pics de consommation auront lieu au cours du XXIeme siècle, donc le PIB mondial se contractera inévitablement dans les décennies à venir. Par ailleurs, les GES venant principalement de l’utilisation des énergies fossiles, les climatologues nous pressent vivement d’en laisser la plus grande partie sous terre pour que le changement climatique soit contenu sous 2°C à la fin du siècle. Rappelons qu’en France, 2°C, ce sont des canicules à répétitions, moins de précipitations et plus d’évènements météorologiques extrêmes. Cela veut dire une agriculture à réinventer et plusieurs centaines de milliers de réfugiés climatiques aux portes de l’Europe dès 2050. A 3°C, la société humaine dans son ensemble risque d’être déstabilisée. Et nous nous acheminons vers 4°C… Ce lien fort entre PIB et GES nécessite que, pour nous assurer un climat viable à la fin du siècle, nous provoquions une forte contraction économique dès aujourd’hui, avant qu’elle nous arrive pour des raisons énergétiques. Il nous faut urgemment comprendre que la seule alternative à un monde globalement déstabilisé à la fin du siècle, est un monde de sobriété qui commence demain.

Or les décideurs nationaux semblent avoir du mal à comprendre ce message et à le traduire en actes. Nous appelons donc les élus locaux à pallier leur défaillance en jouant un rôle de premier plan dans cette transition. De par leur nombre et leur légitimité acquise dans les urnes, ils peuvent expliquer la problématique énergie/climat à leurs électeurs et aussi faire remonter le besoin pressant d’action auprès des décideurs nationaux. En tant qu’acteurs de la vie locale, ils peuvent transformer la société en pesant leurs décisions à la lumière de la crise environnementale. Comment adapter les territoires à un monde plus chaud et à la décrue énergétique? Comment diviser les émissions de GES des territoires pour limiter le réchauffement climatique au maximum ? Voilà quel devrait être le fil directeur d’une politique locale pour le XXIeme siècle. Voilà ce à quoi, chaque candidat devrait prendre le temps de méditer d’ici la reprise du calendrier électoral.

                                                                 

Jean Colcombet, chercheur.        

François Colcombet, ancien maire de Dompierre sur Besbre (Allier), ancien député.

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