Geoffroy Roux de Bézieux va-t-il nous faire travailler le dimanche ?

Dans le cadre d’une interview dans les colonnes du Figaro, vendredi 10 avril, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du MEDEF, est revenu sur les conséquences économiques de la crise engendrée par la pandémie de COVID-19 et a fait une série de propositions pour l’après (temps de travail, travail le dimanche, congés payés ou encore flexibilité). Une perspective terme pour le monde d’après ?

 

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Interrogé par le journaliste du Figaro Marc Landré sur les conséquences économiques et financières de la crise suscitée par la pandémie de COVID-19 et sur la facture, à venir, de cette dernière, le président du MEDEF a mis en avant l’importance de “remettre la machine économique en marche et de reproduire de la richesse en masse”. Si la création de richesses et le développement économiques constituent les axes stratégiques de la reprise économique proposés par Geoffroy Roux de Bézieux, ce dernier aborde également des sujets bien plus clivants et qui promettent de faire débat dans les jours à venir.

Le COVID-19 catalyseur du monde d’après

Comme le soulignait notamment l’Observatoire du travail le dimanche, dans une brève publiée mi-mars, le gouvernement, quelques jours seulement avant l’entrée de la France en confinement (le mardi 17 mars), par le biais de Muriel Pénicaud, ministre du Travail, a autorisé le travail du dimanche dans les entreprises de la logistique afin de répondre aux enjeux en matière d’approvisionnement des magasins. Après avoir autorisé, par cet arrêté, le travail dominical le gouvernement a également réfléchi à une possible dérogation concernant les horaires de nuit.

Les décisions de temps de crise, dictées par des impératifs stratégiques et l’urgence de la situation, auront-elles un impact une fois le pays sorti du confinement ? C’est la question qu’il convient de poser au vu des déclarations de Geoffroy Roux de Bézieux. Ce dernier considère ainsi qu’il faudra “tôt ou tard [se poser] la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire”. Qui dit temps de travail dit 35 heures, extension des horaires et travail le dimanche. Et, par ailleurs, évoquer les aménagements en matière de travail, cela équivaut quasi de facto à poser la question des dérogations et autres ajustements qui permettent de “se libérer” des prétendues contraintes d’un code du travail que d’aucuns appréhendent comme trop “contraignant”. Le travail du dimanche en Belgique est ainsi de plus en plus autorisés par le biais de dérogations qui contribuent à rendre le travail dominical très flexible. Toujours dans les pays frontaliers à la France, la Suisse a également connu une inflation de dérogations au cours de ces dernières années permettant tout à la fois une extension des horaires et du travail le dimanche.

Le monde selon Geoffroy B.

Alors que les journaux de confinement, les réseaux sociaux et autres espaces propices à la création et à la réflexion intellectuelle brossent autant de mondes possibles pour l’après, il est peu de dire que les propositions formulées hier par le président du MEDEF ont fait réagir. Elles font réagir car elles sortent de leur torpeur, dans laquelle les séries d’annonces gouvernementales de ces dernières semaines les avaient fait entrer, les Français confinés. Ces derniers, militants ou non, prennent conscience que le monde d’après, que le président de la République, dans un discours fleuve, doit esquisser en début de semaine prochaine, sera la résultante d’un rapport de forces de tous les instants. Ce monde à construire ne sera pas un remake de celui forgé par le CNR après la seconde guerre mondiale, comme beaucoup l’espéraient, alors même qu’au plus haut sommet de l’État des ministres mettaient, ces derniers temps, en parallèle la crise du COVID-19 et la France de 39-45.

Plusieurs visions du monde vont s’affronter pendant les prochaines semaines de confinement, et à mesure que le déconfinement sera à l’horizon, deviendra une réalité tangible, et non une vague espérance suspendue aux mains des décideurs politiques, il appartiendra aux uns et aux autres de remporter la bataille argumentaire et rhétorique, mère du monde de demain. 

 

À ce jeu-là, le MEDEF aura dégainé le premier.

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