Emmanuel Macron, un nouveau Cahuzac ?

Emmanuel Macron est un acteur politique complexe et ambigu. Présenté par les uns comme l'incarnation même du renouvellement de la classe politique, il n'en demeure pas moins traversé par des zones d'ombres, plus ou moins problématiques. A l'heure où certains voient en lui un François Hollande bis, ne faudrait-il pas plutôt voir dans le candidat d'En Marche, un nouvel avatar de Jérôme Cahuzac ?

Adulé par le système politico-médiatique, Emmanuel Macron est poussé aux portes de lElysée par des vents favorables. A quelques jours de l’élection, alors même que les équipes dEn Marche sentent poindre le risque dune mauvaise surprise, les journalistes continuent leur exercice ambigu de storytelling du phénomène Macron. Là où Fillon subi un lynchage permanent, aucun nuage ne saurait venir gâcher le ciel bleu sous lequel évolue Emmanuel Macron. Et pourtant lamoncellement daffaires, de sa déclaration de patrimoine suspecte, à ses relations troubles avec la banque Rothschild, en passant par le cabinet noir piloté par François Hollande pour servir son fils spirituel, devrait concourir à assombrir lavenir de lancien ministre de l’économie. Présenté comme lenfant prodigue de la France et de Hollande, Emmanuel Macron ne marcherait-il pas dans les pas dun autre socialiste, tout aussi sulfureux, Jérôme Cahuzac ?

Alors certes, comparaison nest pas raison, et loin de nous lidée d’établir des analogies et des corrélations qui pourraient savérer problématiques. Néanmoins, et nen déplaise à Emmanuel Macron et à ses soutiens, les faits sont têtus. Le parcours de Macron ne va pas sans susciter quelques interrogations : par quels moyens un individu, inconnu il y a quelques mois, peut-il se retrouver à une telle position ? Certes le talent et labnégation peuvent rendre raison de la fulgurance dun parcours, mais dun autre côté, la vie politique est loin d’être linéaire, et pour y jouer un certain rôle, comme au théâtre, il convient davoir de grands metteurs en scène.

Nous sommes convaincus que Emmanuel Macron, contrairement aux apparences et à son antienne sur le renouveau des pratiques du monde politique, n’échappe pas aux veilles servitudes qui régissent ce monde si particulier. Lune des premières vidéos relatives à Emmanuel Macron le montre en plein acte de représentation théâtrale ; avec Brigitte Trogneux, alors sa professeure de français, en toile de fond. Cette vidéo est métaphorique, elle constitue une grille de lecture du parcours de lactuel candidat dEn Marche. Il y a la scène, où Emmanuel Macron fait représentation et interprète un rôle taillé sur-mesure, et puis il y a les arrières-mondes, où lon retrouve des personnages aussi divers que Brigitte Trogneux, Henry Hermand (multimillionnaire, grand argentier de la deuxième gauche, et mentor de Macron), François Henrot (Directeur de la banque Rotschild), David Rotschild (à la tête de la banque daffaire), Jean-Pierre Jouyet (secrétaire général de lElysée) et bien sûr François Hollande.

Autant de personnages complexes, qui ont alternativement joué un rôle considérable dans lascension de Macron aux plus hautes marches de la république. Autant de personnages auxquels Macron est dévoué, et forcément redevable. A ces acteurs de premier plan, il faut ajouter l’écosystème médiatique et financier qui la adoubé. Des Alain Minc, Jacques Attali, en passant par Pierre Bergé et Patrick Drahi, ce sont autant dacteurs qui ont joué un rôle, plus ou moins direct, dans son cheminement politique.

Entouré dun tel aréopage, on comprend mieux les raisons de la prétendue dynamique qui traverserait En Marche. On comprend bien également la dimension quelque peu artificielle de lengouement qui, soi-disant, auréolerait lancien banquier daffaires. Une émission sur LCI, la Médiasphère, a révélé au début du mois davril lartificialité du candidat Macron. Dépeint comme une marionnette au service dintérêts le transcendant, Macron a été percé à nu au cours de cette émission. Leffet médiatique de ce passage de quelques dizaines de minutes a été tel, que LCI a été contrainte de supprimer le replay de la Médiasphère.

A partir de là, plus aucun doute ne peut subsister. Macron est un acteur de théâtre, doté dun talent au demeurant questionnable, comme lont montré ses piètres performances dans les différents débats de la présidentielle. En coulisse, une nuée dindividus, plus ou moins recommandables, lui écrit son rôle, rédige ses répliques, le met en scène, et construit le décor.

Dans notre démocratie, le phénomène Macron est une première. Il a de quoi choquer et révolter celles et ceux attachés à une certaine idée de la vérité et de l’éthique en politique.

La double-face de Macron est saisissante. Emmanuel Hollande ne le décrit qu’à moitié. Il y a chez lui une duplicité qui peut tout autant faire penser à Jérôme Cahuzac.

 

Qui voudrait dun Emmanuel Cahuzac à la tête de la France 

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