Skidamarink : Guillaume Musso en fait-il trop ?

Avec la sortie en 2020 de La Vie est un Roman et celle, inopinée, de Skidamarink sur fond de promo pas vraiment fair-play, Musso-l’écrivain se découvre un côté commercial qui n’a plus grand-chose à voir avec la littérature.

Si la pandémie de Covid-19 a mis des pans entiers de l’économie mondiale à l’arrêt, celle-ci n’a semble-t-il pas entravé la production littéraire de Guillaume Musso. Ce serait même plutôt l’inverse : l’auteur de Sauve-moi (XO Editions 2005) signe en 2020 l’année la plus prolixe de sa carrière d’un point de vue éditorial. Si les marchands de livres se frottent les mains, les lecteurs, eux, se demandent s’ils ne seraient pas un peu pris pour des poires.

Guillaume Musso exhume son premier roman, Skidamarink, devenu « introuvable »

Depuis la sortie de son deuxième roman Et après… en 2004, Guillaume Musso aura maintenu durant 16 ans un rythme de croisière d’un livre par an. C’est dire l’importance de l’événement que représente cette année la double parution de La vie est un roman et de Skidamarink dans sa nouvelle maison d’édition, Calmann-Lévy. Avec deux Musso pour le prix d’un, 2020 pourrait presque s’apparenter à l’une de ces années fastes que les poètes prennent pour modèle pour décrire l’âge d’or – abstraction faite, naturellement, de la plus grande pandémie de l’ère contemporaine, des deux confinements, de la crise économique, de la fonte de la banquise et du cortège de nuages noirs dont l’actualité internationale aura paru si chargée ces derniers mois.

Pour tenir cette cadence exceptionnelle alors que le monde s’écroulait autour de lui, l’auteur de Je reviens te chercher (XO Editions 2008) est aussi revenu chercher ses propres archives. Après la sortie de La vie est un roman, un Musso de facture somme toute assez classique comme une énième resucée des livres de son prédécesseur Marc Lévy, l’écrivain republie son premier roman, Skidamarink, initialement publié en 2001 chez Anne Carrière. Une réédition qui se justifiait en raison du caractère « introuvable » (écoulé ? pilonné ?) de ce premier chef d’œuvre, selon son nouvel éditeur, ravi de multiplier les Musso comme d’autres ont multiplié les pains avant lui.

Ce Musso primordial à l’écriture hésitante mais encore sincère, qui raconte quant à lui l’histoire d’une disparition (celle d’un tableau) et d’une intrigue amoureuse entre adultes un peu paumés, sans oublier de passer par la case Washington (les Etats-Unis, déjà), apparaît comme le creuset original d’où jaillit toute l’œuvre littéraire de l’auteur impérissable de Parce que je t’aime (XO Editions, 2007).

Cannibaliser la concurrence

Certains écrivains consacrent toute leur œuvre à réécrire leur premier roman. Guillaume Musso est de ceux-là, et plus encore même. A entendre la promotion savamment orchestrée autour de sa dernière parution, Skidamarink, Dan Brown se serait également mis en tête – sans rire – de refaire le premier roman de Guillaume Musso dans tous ses livres… y compris dans son Da Vinci Code.

Outre ces arguments publicitaires implacables, son éditeur Hachette n’a pas mégotté sur les moyens pour vendre du Musso à la pelle. Allant, pour ce faire, jusqu’à mettre son livre en rayon le jour-même de la sortie du Lévy cuvée 2020. Un « coup d’édition » destiné à cannibaliser la sortie du nouveau livre de son éternel rival, grâce à un roman oublié, dont personne ne prévoyait la réédition. Faute, sans doute d’en percevoir l’intérêt littéraire.

Les mauvaises langues iront jusqu’à voir dans cette livraison inattendue un fait exprès destiné à rattraper les ventes décevantes de sa nouveauté du printemps. En mai dernier, Guillaume Musso n’avait pourtant pas manqué non plus de lancer son roman en librairie le jour-même de la sortie de Joël Dicker. La preuve que les manœuvres les plus mesquines ne sont pas toujours suffisantes pour s’attacher les faveurs des lecteurs.

Ceux-ci auront découvert un Guillaume Musso prêt à s’abaisser à de bien viles pratiques, pour se frayer un chemin, coûte que coûte, vers la cime des classements des auteurs les plus vendus. Une réalité qui contraste tristement avec l’image d’un jeune écrivain sensible, noircissant ses premières pages, que la maison Hachette aura tenté de vendre à son public durant toute la promo tapageuse de Skidamarink. Toute honte bue, naturellement.

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