Retour du plateau des Glières où la Résistance s’arrache à voix et à mains nues

Quand le candidat Sarkozy se rend en 2007 sur le plateau des Glières, haut lieu de la Résistance de 39-45, Walter Bassan, ancien résistant, et Gilles Perret, cinéaste, lancent un appel à mobilisation contre cette « instrumentalisation de l’histoire ». C'est le début du festival « Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui ». Depuis, chaque année, plus d’un millier de personnes s’y rassemblent.

On ne revient pas indemne du plateau des Glières ...

On y part d’abord avec le besoin, la nécessité d’être « avec ».
Avec celles et ceux, résistants de la guerre 39-45, de la guerre d’Algérie, qui ont lutté et luttent encore pour défendre les valeurs que sont la liberté, l’égalité et la fraternité...
Avec celles et ceux, aujourd’hui, dont les paroles et les actes résistent au joug de l’indifférence et de la résignation.
On y part avec ce désir d’écouter, échanger, appréhender le monde avec des angles nouveaux, combler les chaînons manquants de notre réflexion.
On y part enfin avec l’immense espoir de revenir bille en tête, fraîchement dotés de tous les outils nécessaires pour botter le cul définitivement à ce monde où seuls comptent concurrence et profit unis dans un individualisme démesuré, exacerbé...

Une fois sur place, c’est un tourbillon de rencontres, informations, émotions. Pas le temps de reprendre sa respiration, tous les sens en alerte, on se remplit de tout avec une soif insatiable, on triera plus tard...
Assister aux débats, projections, porter d’autres regards sur le monde, écouter le désespoir et le combat de Karim lanceur d’alerte, les paroles d’Annette Beaumanoir, Jean Clavel, Jean Villeret résistants d’hier, Karim Ben Ali, Cédric Herrou, Dominique Huez, Anne-Sophie Pelletier résistants d’aujourd’hui... L’espoir ? On se demande parfois comment il tient encore debout.
Et pourtant, avec toutes ces voix mises à nues, ces corps cisaillés par la lutte, il s’insinue sous les pores, fait tressaillir les veines et fluidifier le sang dans un élan vital.
Des éclats lumineux de vie, des grappes d’actes de résistances quotidiennes qui rallument l’humanité et tissent jour après jour, année après année, notre Mémoire collective.
Cette Mémoire qui seule permet de comprendre le présent et de lutter pour l’avenir.

Être présent à Glières c’est arracher un morceau d’espoir à ceux et celles qui veulent sa peau à tout prix ; qui ont façonné et façonnent encore le monde pour que les femmes et les hommes, tels des roseaux, plient l’échine.

Au plateau des Glières, le roseau de cette résistance-là ne rompt pas.

Gonflés à bloc d’un côté pour avoir respiré le graal nommé « possible », on reste sous respiration artificielle de l’autre. Un atterrissage forcé avec gueule de bois à l’arrivée : journal de 13h sur France inter mardi 5 juin : 10 min consacrées aux alertes orageuses et... 2 min sur les 7 salariés de l’hôpital psychiatrique du Rouvray en grève de la faim (dont 4 sont aujourd’hui hospitalisés) qui revendiquent le droit de travailler dignement !

Jusqu’à quand accepterons-nous de voir des gens souffrir et crever sous nos yeux ? Jusqu’à quand accepterons-nous que le bulldozer libéral rase toute dignité humaine ?

Ça suffit ! Cette maltraitance généralisée doit s’arrêter !

« (...) claquemurés dans les palais, le roitelet et sa cour n’ont plus la moindre idée de ce qui se passe dans la société à supposer qu’ils n’en aient jamais eu une seule. Ces gens-là qui décident des vies de tous ne tiendraient pas 15 jours dans une cabine de train ; ils ne tiendraient pas 15 jours dans un centre de tri ; pas 15 jours aux urgences, aux EHPAD ou devant une classe de collège.

Ils ne tiendraient pas 15 jours dans un entrepôt d’Amazon, dans les rayons du LIDL, au nettoyage de la gare du Nord ou au ménage dans les chambres d’hôtel. Et combien de temps tiendraient-ils dans une tente de migrants. Combien de temps à se faire contrôler au faciès tous les jours par la BAC dans les quartiers ?

La seule chose qu’ils connaissent c’est la loi de l’argent. »

(Extrait du discours de Frédéric Lordon le 5 mai 2018 à Paris)

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