Contre-histoire de la papauté : de saint Pierre à saint Sylvestre (7)

7ème extrait =:

Pour autant, du seizième Pape, Calixte 1er, on sait bien peu de choses et ce peu, on ne le doit qu’à son adversaire, le premier antipape Hippolyte. Il semble que leur désaccord ne porte pas essentiellement sur la légitimité du titre, mais sur une question de doctrine. Hippolyte reproche à Callixte d’être hérétique, et de défendre une théorie qui a reçu le nom de monarchianisme, ou sabellianisme, portant sur la nature du Christ, ou encore la relation du Fils au Père. C’est une préfiguration de l’arianisme du IVème siècle. Cela veut dire que cette grande querelle de l’arianisme, la querelle majeure du christianisme antique a des racines très antérieures à son apparition officielle et force est de constater que non seulement les quinze premiers papes ne sont jamais intervenus, mais que le seizième l’aurait peut-être lui-même partagée. Quant au conflit qui opposera le second anti-pape, Novation, principalement à Etienne (et à ses prédécesseurs), il préfigure la querelle du donatisme du IVème siècle. A cette époque (250-251), sévit la persécution de Décembre : beaucoup de chrétiens abjurent leur foi pour sauver leur vie. Une fois la persécution terminée, le désaccord surgit sur le point de savoir s’il est ou non, légitime de les réintégrer dans l’Eglise. On voit à l’occasion de la revendication très explicite par Etienne de la primauté de l’évêque de Rome un bon nombre d’évêques d’églises locales la contester non moins explicitement. C’est le premier débat sur la question. Le débat est interne à la communauté des chrétiens. Aucun empereur ne songe à y prendre part. Tout changera au IVème siècle avec Constantin. C’est ce qui arrive avec le pape Miliade, 32ème, qui règne de 311, alors que Constantin parvient au pouvoir suprême en 312.
Ils sont quinze papes et trois encore dans la première décennie du IVème siècle. On n’en sait guère plus sur eux que ce qui vient d’être dit, et pour un bon nombre, rien du tout. Leur existence n’a pas lieu d’être mise en doute ; en revanche, il est plus que difficile de leur prêter un rôle de détenteur de l’autorité sur l’ensemble des églises et encore moins de garant de l’orthodoxie de la doctrine. On est donc en droit de dire que, du point de vue de l’autorité et de l’organisation, la papauté commence au IVème siècle grâce au pouvoir politique, encore que pour La défense de l’orthodoxie, la cause soit difficile à plaider.

 

(à suivre)

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