Europe, religions et laïcité : différence entre tradition et histoire

c’est l’occasion de dire quelques mots sur la différence irréductible existant entre la tradition et l’histoire que, pour les besoins de la cause, l’historiographie ecclésiastique confond allègrement. Pour celle-ci, la tradition est la source de l’histoire, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de différence de nature entre l’une et l’autre mais au contraire une sorte de continuité naturelle. En réalité, il y a tradition aussi longtemps que les conditions de l’histoire ne sont pas réunies. L’hstoire ne découle pas de la tradition, mais se superpose à la tradition, même s’il arrive qu’elle reprenne des éléments issus de la tradition. Mais ces éléments, alors, changent de nature en devenant historiques de traditionnels qu’ils étaient. La différence entre la tradition et l’histoire tient dans la notion de preuve. La preuve permet - du moins, en théorie - d’accéder à la connaissance certaine ; l’absence de preuve conduit, au contraire, dans le meilleur des cas, à une simple connaissance du possible. Dans la pratique, la frontière peut être poreuse. Des notions intermédiaires apparaissent, telles que la probabilité, ou la présomption, sans oublier le consensus, c’est-à-dire un accord conventionnel qui peut avoir la vertu d’éviter les confrontations explosives : « On va dire que… » Le consensus s’exprime aussi, très souvent, sous la forme du silence, les fameux silences de l’histoire. L’histoire du christianisme est bourrée de ces silences.

 

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