Les racines religieuses et laïques de l'Europe : Attila et les Huns

LES RACINES RELIGIEUSES ET LAIQUES DE L'EUROPE

« Le peuple des Huns, dont les antécédents sont assez mal connus, habite au-delà de la mer d’Azov près de la mer de glace et est d’une nature on ne peut plus sauvage […] Cette race d’hommes indomptables et habiles au combat ne vit que pour voler les biens des autres ; pillant et assassinant, elle attaqua ses voisins de proche en proche jusqu’à ce qu’elle arrive au pays des Alains, les Massagètes d’autrefois. » C’est ce qu’écrit l’historien ancien, Ammien Marcellin (né vers 330, mort vers 395)qui fait d’eux une longue et impressionnante description. Notre connaissance des Huns, cependant, a toujours été lacunaire, mais ce qui est sur, c’est que la période des grandes invasions (aux siècles précédents, il n’y avait eu que des épisodes que les Romains avaient maîtrisés), commence avec eux. On ignore  leurs origines, que l’on croit lointaines dans le temps et dans l’espace et on ignore ce qui les pousse à quitter leur Asie centrale, mais on sait que vers 375, ils apparaissent dans les steppes de l’Europe orientale (les territoires de l’Ukraine et de la Roumanie actuelles, puis la Hongrie) et poussent vers l’Ouest les Alains qui y demeuraient. puis les Ostrogoths, puis les Wisigoths. Certains deviennent leurs alliés forcés ; d’autres demandent le soutien de Rome qui le leur accorde, sans se douter de la suite, quelques années après.

On ramène souvent les Huns à la figure de leur chef de l’époque, Attila, que la tradition chrétienne a sur nommé « le fléau de Dieu ». Attila naît vers 395 et meurt en 453, donc vers la moitié de sa cinquantaine. Il est souverain de 434 à sa mort. C’est d’accord vers la Perse qu’il oriente ses désirs de conquêtes, puis vers Constantinople, puis enfin vers la Gaule. C’est en 451 qu’il franchit le Rhin, par conséquent près d’un demi-siècle avant l’envahissement de 406, provoqué par les hordes hunniques, dirigées à cette époque par son arrière-grand-père du nom de Balamber.Clovis ne naîtra que quinze ans plus tard. C’est le début de sa fin. Après avoir pillé les villes de Metz (Divodurum) et de Reims(Durocortorum), il marche sur Orléans (Aurelianum). La ville est défendu par l’évêque-guerrier Ananius (alias saint Aignan) qui, fort de l’aide de Dieu, selon Grégoire de Tours, dissuade Attila qui abandonne le siège. L’envahisseur va être finalement battu à plates coutures à la Bataille des Champs Catalauniques, (proche de la ville de Tricassium, c’est-à-dire Troyes). Attila doit faire face à une armée romaine commandée par Ætius et renforcée par une véritable coalition de Barbares fédérés, en l’occurrence des Wisigoths, des Francs, des Alains, des Burgondes, des Saxons…Enragé par défaite, le « fléau de Dieu » (qui avait aussi, d’ailleurs, quelques Francs et quelques Burgondes dans son armée) veut ravager la ville de Troyes, mais selon, la tradition, l’évêque de la Ville, saint Loup (ou saint Leu) prend le risque de parlementer avec le guerrier féroce et entreprend de le mettre en garde contre les représailles divines auxquelles il s’expose. Attila épargne la ville et, peut-être impressionné par les propos de Saint-Loup, il emmène celui-ci en otage pour en savoir un peu plus sur le Dieu en question. Certaines sources donnent à croire qu’il aurait été tenté par la conversion. Ayant échoué en Gaule, Attila passe en Italie et menace Rome, après avoir saccagé les villes d’Aquilée, de Milan et de Pavie. Dans l’impossibilité de lui opposer résistance, l’empereur Valentinien III s’enfuit à Ravenne, mais les notables romains mettent sur pied une ambassade dont l’évêque de Rome, le pape Léon 1er prend la tête. C’est l’épisode de Troyes, apparemment qui se renouvelle : sans qu’on n’en sache beaucoup sur les échanges entre Léon 1er et Attila, le fait est que le chef des Huns décide de retourner vers les rives du Danube, d’où il vient, non sans toutefois avoir négocié des dédommagements et menacé de revenir en cas de nécessité.
La religion des Huns était le polythéisme d’un genre assez archaïque, n’excluant peut-être pas le cannibalisme sacré. Mais Attila, personnellement, ne peut pas être dans l’ignorance du christianisme, puisque parmi les autres peuples barbares qu’il a, au moins partiellement, soumis, il en est qui sont déjà chrétiens (version arianisme). On souhaiterait en savoir plus sur ce sujet, mais les sources font défaut. On sait toutefois que sa religion n’interdit pas le polygamisme, puisqu’Attila est abondamment pourvu en épouses. Cette abondance ne l’empêche pourtant pas de convoiter Juste Grata Honoria, la sœur de l’empereur Valentinien III et petite fille de Théodore, - car des relations « diplomatiques » existent de longue date entre les Huns et l’Empire romain) - mais la demande est rejetée. Cela ne refroidit pas ses visées matrimoniales, puisqu’en 453, deux ans après sa défaite, il épouse Ildico et c’est au cours de sa nuit de noces qu’il expire, dans des conditions qui n’ont jamais été éclaircies.
L’Empire humique ne survivra guère à Attila : à sa mort, ses fils se déchirent et les peuplades soumises (Ostrogoths, Gépides, notamment) reprennent en mains le cours de leurs destins.

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