Europe, religions et laïcité :nos ancêtres, les Barbares (4)

4ème extrait, chapitre 1er tome 1 de LES RACINES RELIGIEUSES ET LAIQUES DE L'EUROPE (à paraître 16 avril 2019)

 

Pour achever ces remarques sur les aspects ethniques et culturels des invasions, quels sont les peuples en présence à la fin du Vème siècle, quand l’empire d’Occident s’effondre. Ils sont nombreux, très peu homogènes et sont loin de présenter tous le même degré de « romanisation. » Parmi les nombreux « royaumes » que Tacite (qui écrit au IIème siècle) nom dans son ouvrage,
« De la Germanie », un petit nombre seulement va jouer un rôle essentiel, du point de vue de l’Europe à venir. Plusieurs vagues d’invasions se suivent contribuant à la fin de l’empire d’Occident La première a pour cadre temporel les II et IIIèmes siècles et implique des Germains, tels que les Quades, les Marcomans, les Alamans. Ce premier assaut est maîtrisé par les Romains. La seconde couvre les Vème et VIème siècles. Ce sont les Wisigoths, les Ostrogoths, (poussés par les Huns), les Francs, les Burgondes, les Vandales et les Lombards.
C’est elle qui aura raison de l’Empire Romain, mais moins militairement que politiquement et dans cette apparition d’une politique nouvelle, la religion chrétienne jouera un rôle essentiel. Les Slaves constituent la troisième vague, avec des peuples tels que les Carentanes, les Avars, les Croates, les Serbes, les Slavons, les Bulgares. Plus tard, une quatrième vague, celle des Vikings (ou Normands) clôturera le cycle des grandes invasions, entre le VIIIème et le XIème siècle. Ce sont d’autres invasions, celle des Mongoles et des Turcs qui auront raison de l’Empire romain d’Orient, dit l’Empire byzantin entre le XIIIème et le XVIème siècle. Nous nous intéresserons ici surtout à la deuxième vague, celle où le terme de migrations est plus propre que celui d’invasions, celle, surtout qui coïncide avec la disparition de l’empire romain, sachantque si celle-ci est lente, elle ne marque pas la fin de l’antiquité. Les peuples ne sont pas passés du jour au lendemain de l’antiquité au Moyen Age. La fin de l’antiquité, du point de vue qui nous intéresse, commence avec Clovis et le Moyen-Age commence avec Charlemagne. Trois siècles s’écoulent entre les deux. Cette période n’a pas d’autre nom, dans l’histoire, que – précisément – fin de l’antiquité, qui n’est pas d’une précision ni d’une clarté très grandes.
Au IVème siècle, l’empire romain est fait de peuples conquis les uns de longue date, les autres de relativement longue date, comme c’est le cas, entre autres, de la Gaule. Ces territoires conquis vont voir arriver des peuplades qui ont, sans doute, occasionnellement, combattu les Romains, mais surtout qui ont passé des traités avec eux, ont pratiqué d’essentiels échanges de service et ont fini par se retrouver dans l’armée et dans l’administration. Rome est une puissance colonisatrice et ce sont des peuples fédérés qui s’installent sur les terres de peuples colonisés. Chez les Gaulois, dès la conquête par Jules César, une sorte d’aristocratie existe, comme elle existera cinq siècles plus chez les Barbares. Les Romains s’aident de cette « aristocratie » pour contrôler les pays conquis et en arrivent même à établir des contacts entre ces « aristocraties » indigènes et les aristocraties proprement romaines.
De longue date la colonisation selon les Romains s’accompagne d’une politique d’exploitation qui s’avère rapidement extrêmement profitable pour les pays conquis, autant dans le domaine économique que dans le domaine culturel. Les témoignages sont très nombreux d’une véritable reconnaissance de la part des vaincus d’hier aux maîtres d’aujourd’hui. Un poète gaulois du nom de Rutilius Namatianus de la fin du IVème siècle écrit un éloge à la gloire du vainqueur où l’on peut lire ces lignes quelque peu emphatiques :
« Ecoute, reine si belle d’un monde qui est à toi, ô Rome, admise au nombre des astres ! Ecoute, mère des hommes, mère des dieux. Tes temples nous rapprochent du Ciel. Nous te chantons, nous te chanterons tant qu’il plaira au destin. Nul vivant ne peut t’oublier (…) Aussi loin que la nature vivante s’étend , d’un pôle à l’autre, aussi loin s’est étendue la vertu. Aux diverses nations tu as donné une même patrie. Elles te résistaient et elles ont gagné à ta domination. »
A la même époque, l’évêque d’Hippone, le grand Saint Augustin (qui est un berbère) ne tarit pas d’éloges à l’égard du pouvoir impérial qui, à cette époque, a fait allégeance au christianisme. Le plus remarquable dans le long poème de Rutilius Namatianus, intitulé « De redito suo, sur son retour » est cette phrase : « Aux diverses nations, tu as donné une même patrie ». Dans cet effort pour créer de l’unité à partir de la diversité, la religion joue un rôle essentiel . Nous y consacrerons le prochain chapitre. C’est le même rôle qu’elle jouera chez les Barbares quand le pouvoir romain se sera affaibli. Mais la religion qui peut unir – ce serait d’ailleurs l’une de ses étymologies, relier, peut aussi diviser si la doctrine n’est pas dirigée. Nous allons en voir les effets chez les peuples barbares, avant d’en remonter aux origines qui se placent principalement du temps de Constantin et de Théodose, c’est-à-dire au début et à la fin du IVème siècle.

(À suivre)

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