Les racines religieuses et laïques de l'Europe : Les Wisigoths (4)

LES RACINES RELIGIEUSES ET LAIQUES DE L'EUROPE

Alaric II trouve la mort dans la bataille de Vouillé, en 507, dont le vainqueur, Clovis se voit désormais maître d’une très grande partie de la Gaule désormais ex-romaine. Les Wisigoths, quant à eux, se retranchent en deçà des Pyrénées. Après plusieurs règnes sans grand éclat, Léogivild est élu roi des Wisigoths en 568 et tiendra le pouvoir jusqu’à sa mort, en 586, dix huit ans plus tard. C’est sous son règne que le royaume wisigoth connaîtra le sommet de sa puissance. Ses convictions personnelles l’amènent à choisir, à l’instar d’Euric, un arianisme intransigeant et les persécutions contre les catholiques - qui sont pour la plupart non pas des Wisigoths, mais des populations implantées de longue date, c’est-à-dire des hispano-romains, - reprennent. Le sort fait qu’il a deux fils qui ne partagent pas ses vues et optent même en sens contraire. Le premier s’appelle Herménégilde, né vers 560 qui se convertit au catholicisme sous la double influence de sa femme, une princesse franque nommée Ingonthe et de l’évêque de Séville, nommé Léandre.
A 23 ans, Herménégilde se révolte contre son père et se proclame roi d’Espagne. Pour mieux marquer son rejet de l’arianisme, il fait une adhésion solennelle au catholicisme dans la cathédrale de Séville. Mais le père, Léovigild ne l’entend pas de cette oreille et prend les armes contre son fils et le fait prisonnier à Tarragone, en 585. Sommé par un évêque arien, envoyé par le père de revenir à l’arianisme, l’évêque se fait traiter d’hérétique par le fils. Sur quoi, Léovigilde le fait exécuter. Le roi arien meurt l’année suivante, de mort naturelle.

C’est le second fils de Léovigild, Récarède qui hérite du pouvoir. Il a soin, d’abord, de venger son frère en faisant exécuter son bourreau, Sisbert, puis fait officiellement acte d’adhésion au catholicisme, mais en prenant la décision de n’attaquer en rien ceux de ses sujets qui resteraient ariens. Son biographe, qui lui est contemporain et porte de nom de Jean de Biclar, écrit : « Récarède, le dixième mois de la première année de son règne se fait catholique, avec l’aide de Dieu. Il aborde les prêtres de la secte arienne par des paroles de sagesse, les fait se convertir à la foi catholique plus par conviction que par force et fait rentrer dans l’unité et la paix de l’Eglise chrétienne tout le peuple des Goths et les Suèves. La secte arienne, avec la grâce de Dieu, accepte le dogme chrétien ».
Contrairement à ce que dit ce biographe qui est un évêque catholique, il y eut, en réalité, de nombreuses oppositions parfois armées, de la part des catholiques ariens. Cependant, c’est le catholicisme qui l’emporta; donc, désormais les Wisigoths, tous en Espagne, sont tous catholiques.
Le grand événement du règne de Récarède, sur le plan religieux, est la convocation du IIIème concile de Tolède, qui s’ouvre le 6 mai 589. Récarède y est présent et y fait une profession de foi trinitaire, anathématisant explicitement l’arianisme et concluant par ces paroles peu rassurantes : « Si à l’avenir quelqu’un d’entre eux [ il parle de son propre peuple, les Wisigoths] veut se dédire de cette sainte et vraie foi, que Dieu le frappe d’anathème dans sa colère et que sa perte soit un sujet de joie aux fidèles et un exemple aux infidèles ». A l’issue du concile, le roi Récarède reprend la parole pour dire que « s’il reste encore quelque nation barbare qui n’ait point été éclairée de la lumière de la foi, il est hors de doute qu’elle le sera un jour, la promesse de Jésus-Christ, à cet égard, ne pouvant manquer d’avoir son effet ». A bon entendeur, salut.
Le concile prend 23 canons. Le 14ème stipule : « Défense aux Juifs d’avoir des femmes ou des concubines chrétiennes pour les servir et exercer des charges publiques ».
Entre la mort de Récarède (601) et le dernier roi Wisigoth, Athanagilde II (743), près d’un siècle et demi s’écoulera. L’arianisme ne reviendra jamais en faveur et, de toutes façons, la conquête musulman entre 711 et 716, changera complètement le paysage.

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