Concile de Nicée : Constantin écrit à Alexandre et à Arius

Histoire de l'établissement de la christianosphère IVème siècle, quand et comment le christianisme s'est emparé du monde.

    L’unité du christianisme originel n’a jamais existé, car outre les divisions dont on perçoit déjà la trace dans le Nouveau Testament entre les partisans de Pierre, ceux de Paul, ceux de Jcques, ceux d’Etienne, on s’aperçoit immédiatement de l’existence de « docètes », c’est à dire ces « hérétiques » qui veulent bien prendre en compte l’histoire d’un Christ à condition qu’il s’agisse d’un être qui serait d’une autre espèce et n’aurait d’humain que l’apparence. Le christianisme naît dans le cadre d’une  ‘Gnose », c’est-à-dire d’un ésotérisme qui emprunte ses croyances tantôt au judaïsme tantôt au paganisme et spécialement à l’orientalisme (mithriacisme, et religion égyptienne).
    Les épîtres pastorales du Nouveau Testament sont encore plus éclairantes à ce sujet, par exemple, la deuxième épitre de Pierre, où entre autres menaces on peut y lire  : « Il y eut aussi des faux prophètes dans le peuple; de même il y aura parmi vous de faux docteurs qui introduiront sournoisement des doctrines pernicieuses, allant jusqu’à renier le maître qui les a rachetés, attirant sur eux une perdition qui ne saurait tarder; beaucoup les suivront dans leurs débauches; à cause d’eux, le chemin de vérité sera. L’objet de blasphèmes et, dans leur cupidité ils vous exploiteront par des discours truqués (…) Eh bien, mes amis, vous voilà prévenus : tenez-vous sur vos gardes; ne vous laissez pas entraîner par les impies qui s’égarent et ne vous laissez pas arracher à votre assurance…» (1) Les Epîtres de Paul fourmillent de mises en garde de ce genre : «  Sachez bien ceci: dans les derniers jours surviendront des temps difficiles. Les hommes, en effet, seront égoïstes, âpres au gain, fanfarons, orgueilleux, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, sacrilèges, sans cœur, implacables, médisants, sans discipline, cruels, ennemis du bien, traitres, emportés, aveuglés par l’orgueil, amis des plaisirs  plutôt qu’amis de Dieu ; ils garderont les apparences de la piété, mais en auront renié la puissance. Garde-toi de ces gens-là (…) Viendra un temps, en effet,  où certains ne supporteront plus la saine doctrine, mais gré de leurs propres désirs et l’oreille leur démangeant, s’entoureront de quantités de maîtres. Ils détourneront leurs oreilles de la vérité; vers les faibles ils se retourneront. » (2) 
    On pourrait multiplier à l’infini les citations de ce genre en puisant dans les œuvres de Tertullien, d’Origine, de Clément d’Alexandrie, de Théophile d’Antioche, etc… ce sont ces « pères de l’Eglise » qui, en combattant les « erreurs » qu’ils nomment « hérésies », construisent ce qui va être présenté par l’histoire comme l ‘ « orthodoxie ». Il est remarquable qu’aucun de ces écrivains ecclésiastiques ne se réfèrent jamais à aucun « pape » pour s’instruire, ni davantage ne se soucie de lui communiquer leur production pour l’informer.
    Le suprême mensonge de l’ « histoire normale » est de donner à croire à l’existence d’une « saine doctrine » qui aurait été incarnée dans la personne d’un référent choisi par Jésus, l’apôtre Pierre, institué chef des autres, qui en tant que « premier pape » aurait créé l’institution papauté, garante de la transmission authentique de la foi initiale. Ainsi, Silvestre qui va accompagner tout le règne de Constantin, particulièrement agité sur le plan théologique,serait le 32ème pape depuis saint Pierre. Or, non seulement la succession des 32 pages n’a rien d’historique, non seulement la présence de Pierre et de Paul à Rome est hautement douteuse, mais cela aurait-il été, il est clair que les 31 prédécesseurs de Silvestre ne sont que très rarement intervenus dans les querelles doctrinales pourtant omniprésentes depuis le début. Quant à Silveste lui-même, il n’intervient jamais.
    Constantin sait donc quand il fait le choix du christianisme que cette religion est profondément divisée. Au premier siècle, le docétisme est une « hérésie », de même, au second, que toutes  les branches de la Gnose, séthiens, valentiniens, capocratiens, naaasènes, ophites, ébionites, , à quoi s’ajoute le marcionisme et le montanisme.Le troisième siècle est celui de l’adoptianisme dont l’équivalent se présente sous des noms divers tels que patripassianisme, sabellianisme , monarchianisme. Le manichéisme est une autre variante du christianisme. C’est au IVème, et notamment en conséquence des persécutions du siècle précédent  que les divisions les plus criantes vont se manifester : donatisme, circoncellions, apollinarisme, priscillianisme,  pélagianisme. Mais de toutes, l’arianisme va revêtir le caractère le plus dramatique. Le théâtre en est initialement Alexandrie, mais les effets se répandront très vite dans tout l’empire et trouver un territoire privilégié. dans la partie orientale de l’empire.
    Un désaccord éclate, à partir des années 320 entre deux personnages qui vont  en devenir les figures emblématiques, l’évêque d’Alexandrie  qui se nomme Alexandre et un prêtre de l’une des églises paroissiales les plus en vue de la ville, l’église de Baucale, dont est un charge un individu particulièrement charismatique, Arius.
    Le différend a commencé en réalité de longues années auparavant, mais c’est à partir du moment où Alexandre réunit en concile à Alexandrie en 320 ou 321 tous les évêques d’Egypte et de Libye que la situation va se durcir. L’arianisme synthétise dans sa problématique  toutes les hérésies précédentes, toutes également provoquées par le questionnement autour de la personne et surtout de la nature de Jésus-Christ, ses relations avec son père, son rôle dans la création du monde. L’arianisme contient aussi en germe toutes les hérésies qui suivront dans les siècles à venir, l’eunomisme,le monophysisme, le monothélitisme,etc.
    Des bibliothèques entières ont été consacrées à exposer les tenants  et les aboutissants de l’arianisme et ce en quoi sa condamnation s’imposait eu égard à une « saine doctrine » datant des apôtres. Mais on peut, tout aussi bien, choisir de ramener l’arianisme à une beaucoup plus simple expression car,  en réalité, l’a théorie d’Arius est fort simple.Si le Père a engendré le Fils, il s’ensuit qu’il fut un temps où le Fils n’existait pas. Le Fils a donc été tiré du néant. En conclusion, il ne peut pas être exactement identique au Père.
    Etant donné les affrontements violents auxquels cette querelle donne lieu, Constantin ne peut pas y rester indifférent. Il a, à ses  côtés Eusèbe de Césarée, qui connaît personnellement Arius et lui est assez favorable et surtout un conseiller en matière de religion en la personne d’Ossius, un évêque espagnol qu’il envoie à Alexandrie pour enquêter.
    Celui-ci est porteur d’une lettre, signée de Constantin qu’il remet aux protagonistes, Alexandre et Arius. Que voici. « Je me suis persuadé que j’étais assez heureux   pour porter les hommes à adorer le même Dieu. Ce changement de religion en produirait un autre dans le gouvernement de l’Empire (…) Dès que j’eus remporté la victoire et triomphé des vaincus, la première affaire à laquelle je m’appliquai fut celle dont je parle (…) Quand j’ai considéré  l’origine et le sujet de votre différend, il m’a semblé fort léger effort peu digne d’être agité avec tant de chaleur. Etant obligé de vous écrire pour vous exhorter à la paix, j’ai imploré le secours de Dieu et me suis résolu de m’interposer pour vous mettre d’accord. Quand vos contestations seraient plus importantes plus engagées qu’elles ne sont, je ne laisserai pas d’espérer de rétablir parmi vous une parfaite intelligence (…)
    J’apprends que vos disputes sont nées de ce que vous, Alexandre, avez demandé aux prêtresse votre église ce qu’ils tenaient touchant un endroit de la Loi ou plutôt touchant une question fort inutile et que vous, Arius, avez indiscrètement  fait une réponse qui ne devait jamais entrer dans votre esprit et que, si elle y était entrée, ne devait jamais sortir de votre bouche. C’est de là que sont venus vos différends et vos disputes, le refus de la communion, le schisme qui rompt la correspondance des fidèles et qui les sépare du corps de l’Eglise.
    Demandez-vous pardon les uns aux autres et accordez-vous aux  conditions raisonnables que votre Serviteur vous propose. Il ne fallait ni  faire les questions que vous avez faites, ni y répondre. Car, bien que ces questions-là, qui ne sont point nécessaires et qui ne sont agitées, pour l’ordinaire, que par des personnes qui ont trop de loisir, servent à exercer l’esprit, il est plus à propos de les tenir secrètes que de les publier légèrement devant le peuple (…) Faites, je vous prie, une réflexion sérieuse sur ce que je vous ai dit et considérez s’il est raisonnable que pour une vaine querelle de mots, les frères s’arment contre les frères et divisent l’assemblée des fidèles (…) Que, si en disputant avec peut-être trop de subtilité sur ces questions vaines et inutiles, vous ne vous accordez pas les uns avec les autres, que chacun retienne sont sentiment dans le secret de son cœur. Mais conservez inviolablement le lien de la charité, le dépôt de la foi et les préceptes de la loi. Retournez au sein les uns des autre et embrassez-vous étroitement ».

1) II Pierre,2, 3
2) Paul II Timothée, 3, 4

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