Politique religieuse de Constantin, au début de son règne

Histoire de l'établissement de la christianosphère IVème siècle, quand et comment le christianisme s'est emparé du monde

C’est en février 313 que Constantin signe, avec son co-empereur Licinius ce fameux traité de Milan. Il tient les rênes du pouvoir effectif depuis quelque mois seulement. La bataille du pont Milvius qui a donné la victoire de Constantin sur son rival Maxence date du 28 octobre.
    Pour la petite histoire, Constantin est le beau-frère de Maxence, puisqu’il a épousé sa sœur Fausta (qu’il assassinera plus tard) de même qu’il va être le beau-frère de Maxence, puisque celui-ci épousera la demi-soeur de Constantin, Constancia.
    Dès l’origine la victoire du pont Milvius se pare d’un halo légendaire, qu’Eusèbe de Césarée raconte dans sa Vie de Constantin :
    « Constantin implora la protection de ce Dieu, le pria de se faire connaître à lui et des l’assister dans l’état où se trouveraient ses affaires. Pendant q’il faisait cette prière, il eut une merveilleuse vision et qui paraîtriait peut-être incroyable si elle était rapportée par un autre. Mais personne ne doit faire de difficulté de la croire, puisque ce prince me l’a racontée lui-même longtemps depuis, lorsque j’ai eu l’honneur d’entrer dans ses bonnes grâces et que l’événement en a confirmé la vérité. Il assurait qu’il avait vu en plein midi une croix lumineuse avec cette inscription « Par ce signe, tu vaincras » et qu’il fut extrêment étonné de ce spectacle, de même que ses soldats qui le suivaient." (1)
La nuit suivante, c’est dans un songe que le Christ avec la Croix apparaît à Constantin, lui ordonnant de l’arborer sur les étendards de son armée
    Comme dans tout processus de formation des légendes chaque génération en ajoute à la précédente et dès le Vème siècle Constantin est accueilli dans la ville de Rome par le pape Sylvestre. Au fil du temps, Constantin arrive devant malade gravement malade de la peste. Il a la vision de Pierre et de Paul qui lui conseillent, pour qu’il guérisse, de faire venir le pape Silvestre.En plongeant dans la piscine que Pierre et Paul lui indiqueront, il sera lavé de la peste. Les deux apôtres précisent : « En échange, tu détruiras les temples des idoles, tu ouvriras les églises du Christ et tu deviendras son adorateur » (2)
    C’est donc très précocement que l’histoire présente Constantin comme le destructeur du paganisme,alors qu’en réalité, il préconise le pluralisme religieux. C’est donc très tôt que l’on déforme et que l’on charge le portrait de Constantin, ce qui a pour effet les véritables conditions de la destruction du paganisme qui a pour cadre le règne de Théodose, soixante-dix ans plus tard. Au demeurant, lorsque Constantin fait son entrée dans Rome, Maxence s’étant noyé dans un marais, l’évêque de Rome n’est pas Silvestre, mais son prédécesseur Miltiade.
    Pour l’heure, il s’agit de prendre en main les rênes du pouvoir. Les deux empereurs se trouvent alors à Milan, capitale effective de l’empire d’Occident. Licinius, empereur en titre de l’Orient épouse la demi-sœur de Constantin, Constantia (qui jouera dans l’ombre un rôle politique non négligeable), avant de regagner son territoire où il doit affronter, comme Constantin l’avait fait pour Maxence, un rival qui est est sur place, Maximim Daïa, lequel continue à persécuter des chrétiens. Les deux adversaires s’affrontent le 30 avril 313 à la bataille de Tzurullum qui vaut à Licinius la victoire; Maximim disparaît sans qu’on sache bien comment. Licinius fait exécuter sa femme, sa fille et quelques autres proches.
    L’empereur a désormais deux empereurs et ceci pour une durée de douze ans. La tétrarchie a vécu. Dans les premières années, Licinius applique dans la partie orientale de l’empire les mesures qui découlent de l’Edit de Milan, puis, au fil du temps, les chrétiens perdent sa faveur et les persécutions recommencent. Cela amène Constantin à décider de s’en débarrasser, ce qu’il parvient à faire en septembre 324. De cette date à sa mort, Constantin sera donc seul empereur et construira la ville de Constantinople pour en faire sa capitale. Bien que beau-frère et malgré les supplications de Constantia à Constantin, Licinius est exécuté. (3)
    L’événement majeur du règne de Constantin, sur le plan religieux, est la tenue du Concile de Nicée en 325 où est défini le premier dogme explicite de la théologie chrétienne, la « consubtantialité du fils et du Père », rendu indispensable par la crise de l’arianisme, hérésie ainsi nommée à la suite de son principal porte-parole, le prêtre d’Alexandrie, Arius. Mais rien n’est plus erroné que de croire que la crise de l’arianisme se termine avec les décisions de son concile; il ne s’agit, au contraire que de son début, elle traversera tout le IVème siècle et bien au-dela. Ou de croire, par ailleurs, que le IVème siècle fut marqué par deux conciles, Nicée en 325 et Constantinople en 381. Au contraire, les conciles n’arrêtent pas au IVème siècle (4)
    Il ne faut pas croire davantage que l’arianisme est à l’origine de la division des chrétiens à cette période de l’histoire; les chrétiens depuis les obscurs débuts de la nouvelle religion n’ont jamais été unis et dès le moment où Constantin prend le pouvoir il en est parfaitement conscient. C’est cet état de fait qui apparaît quand, dans l’Edit de Milan, il émet certaines réserves quant au droit des « sectes » à bénéficier de la tolérance. L’un des derniers chapitres de l’Histoire Ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée nous éclaire sur ce point  ; la lettre suivante, adressée à l’évêque de Syracuse, Chrestus, date de 314, donc longtemps avant le début de l’arianisme : 
« Quelques uns s’étant éloignés du sentiment de l’Eglise Catholique, le désir de les y ramener m’avait porté à ordonner que quelques évêques des Gaules, et les deux partis qui contestaient opiniâtrement en Afrique orient à Rome et qu’en présence de l’évêque de cette ville, en examinerait leur différent, et tâcherait de le terminer. Mais parce que quelques-uns, sans avoir soin de leur propre salut et sans garder le respects qu’ils doivent à la foi, refusent d’acquiescer à la sentence qui a été rendue, sous prétexte qu’elle n’a été rendue que par un petit nombre d’évêques avec grande précipitation et sans que l’affaire ait été mûrement examinée et continuent dans le schisme, au lieu de vivre dans l’union, ce qui donne un grand scandale à ceux-mêmes qui sont ennemis de la Religion, j’ai cru devoir faire en sorte que cette contestation soit enfin terminée » (5)
    C’est par ce texte que nous connaissons la tenue du Concile d’Arles. Il réunira seulement 16 évêques, à partir du 1er août  314. L’évêque de Rome, Miltiade, qui a été prié par Constantin de s’y rendre, fera défaut étant mort le 11 janvier de la même année. Cependant, quelques jours après seulement, un successeur lui est donné en la personne de Silvestre qui vivra presque aussi longtemps que Constantin lui-même, mourant en 335. Silvestre est presque inexistant du tant toute la durée du règne, malgré l’importance des problèmes débattus. Cela donne, une fois de plus, la mesure de l’insignifiance de la papauté durant les premiers siècles, l’institution papale ne commençant à exister qu’avec le pape Damase, sous Théodose. (6)

1) Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, I, XXVIII
2) Jacques de Voragine, la légende dorée (XIIIème siècle).
3) Constantia n’en vivra pas moins à la cour de son frère.
4) Voir chapitre…
5) Eusèbe de Césarée X, 5
6) Voir chapitre…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.