Les conciles du IVème siècle : Bonjour l'ambiance ! (5)

Histoire de l'établissement de la christianisation IVème siècle : quand et comment un certain christianisme parmi d'autres s'est imposé au monde.

           De son côté, Socrate le confirme, en apportant quelques intéressantes précisions qui montrent qu’à partir de Sardique, le schisme entre l’Orient et l’Occident est, dans la pratique, consommé et, d’être part, l’ambiance de l’époque en matière de duplicité et de violences  « Jusqu’à cet endroit-là, il n’y avait pas de séparation de la communion de l’Eglise, bien qu’il y eût grande différence dans la croyance.Au-delà, il n’y a plus de communion. Telle était la confusion qui régnait alors dans l’Eglise. Constant empereur d’Occident fit savoir à l’empereur Constance, son frère, ce qui avait été résolu dans le concile de Sardique et le supplia de rétablir Paul et Athanase sur leurs sièges. Comme Constance usait de remises, Constant lui donna le choix, ou de recevoir ces deux évêques et de leur rendre leurs églises ou de s’attendre à l’avoir pour ennemi et à entrer avec lui en guerre.Voici les termes de cette déclaration : « Athanase et Paul sont ici près de moi. Je suis bien informé qu’ils n’ont souffert de persécutions que pour la piété. Je vous les renverrai si vous voulez promettre de leur rendre leurs sièges et de punir ceux qui les ont tourmentés injustement.Que si vous refusez de le faire, sachez que j’irai les rétablir moi-même. »(5)
    Il faut supposer que Constance prend peur, car de sa plus belle plume, il écrit à Athanase pour le prier, en l’assurant de sa protection et de son amitié, de retourner aussi vite que possible à Alexandrie pour reprendre son siège. Les termes de la lettre sont d’autant plus savoureux que l’on sait qu’il est radicalement opposé au nicéisme d’Athanase et que, plus tard, quand il sera seul maître de l’empire, après la mort de Constant, il prendra le parti de déposer une nouvelle fois Athanase et de l’envoyer une nouvelle fois en exil : « Ma douceur et ma clémence ne sauraient supporter que vous soyez une nouvelle fois agité par les flots et par les tempêtes (…). Ma piété qui ne se lasse jamais de faire du bien, n’a pu vous chassé de votre maison, privé de vos biens, errant et vagabond, dans les déserts et les solitudes (…) J’écris à Votre Gravité avec toute la douceur possible, afin qu’elle se hâte de venir me trouver pour jouir de l’effet de ma bonté et de ses souhaits et pour être rétabli sur son siège ». (6)
    Il ne faut pas seulement s’intéresser à l’état des croyances à cette époque de l’histoire, mais aussi à l’état des mœurs. Constance rétablit donc non seulement Athanase à Alexandrie, mais aussi Paul à Constantinople, comme l’avait voulu son frère Constant. Après la mort de celu-ci, il revient sur sa décision. Concernant Paul, il le fait chasser et mener en exil où celui-ci n’arrive pas, puisque le militaire qui l’accompagne prend sur lui de l’assassiner (7). Paul est remplacé par un certain Macédonius. Voici comment Socrate parle de ce personnage : «   Pendant ce temps, l’évêque arien qui avait remplacé Athanase à Alexandrie et avait utilisé une grande violence était mort et avait été remplacé par un homologue du nom de Georges. il n’est pas inutile de s’arrêter un instant au portrait que Socrate dresse de Georges: « Paul ayant été enlevé hors du monde, comme nous l’avons dit, Macédonius se rendit maître des églises de Constantinople et étant appuyé de l’autorité de l’Empereur, excita une guerre aussi cruelle envers les chrétiens que celle que les tyrans faisaient entre eux. Il obtint de l’empereur des lettres et des troupes pour l’exécution de tout ce qu’il lui plaisait d’ordonner. Il fit chasser non seulement  hors des églises mais aussi hors des villes ceux qui tenaient la doctrine de la consubstantialité du Fils de Dieu. Il se contenta au commencement de les chasser de la sorte, mais depuis il les contraignit de participer à sa communion. Et la violence qu’il exerça sur eux, ne fut guère plus supportable que celle qui avait été exercée par les païens contre les chrétiens pour les porter au culte des idoles. Car il employa les coups, les tourments, les supplices, la confiscation des biens et l’exil. Les uns moururent au milieu des tourments et les autres furent tués par ceux qui les emmenaient en exil. Ces violences furent exercées en Orient et surtout à Constantinople et extrêmement accrues par le rétablissement de Macédonius sur le siège de l’Eglise de cette ville. Les églises d’Achaïe, d’Illyrie et d’Occident conservaient cependant la paix, en conservant l’union entre elles et la foi du Concile de Nicée. » (8)
    Le chapitre suivant est consacré à la description des violences perpétrées à Alexandrie par l’évêque Georges qui a pris la succession de Grégoire pendant l’exil d’Athanase. C’est exactement la même chose, il n’est pas indispensable de multiplier les descriptions qui se ressemblent. Il est toutefois à signaler que la dernière phrase ci-dessus émanant de Socrate est à prendre avec les plus grandes réserves. Selon lui, la situation est pacifique en Occident, où majoritairement les évêques sont nicéens. Il est difficile de prouver le contraire, mais on peut penser que la violence est la même. On verra plus loin qu’à Milan, à la mort de l’évêque arien en titre, Auxence et qui aura pour conséquence, l’élection totalement imprévisible d’Ambroise, ariens et nicéens s’entretuent.  Trois des principaux historiens antiques grâce auxquels nous connaissons ces faits - soigneusement dissimulés par les historiens d’aujourd’hui, trois de ces auteurs, Socrate, Théodoret, Sozomène, sont chrétiens nicéens. Un quatrième était aryen. Comme par hasard son ouvrage a disparu et ne nous est connu que par des fragments. Il est probable qu’il aurait fourni d’autres descriptions. En tous cas, Ammien Marcellin, historien païen, décrit bien les chrétiens comme de redoutables « bêtes féroces » et ne fait aucune différence entre ariens et nicéens.

A suivre

(1) H.E. Théodoret, II, 8
(2) La demande s’adresse aux évêques et  à Constant..
(3) id.
(4) id
(5) H.E.Socrate, II, 22
(6) id. II, 23
(7) voir infra, p….

(8) op. cit.

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