Brève histoire (non classique) du concile de Nicée

Histoire de l'établissement de la christianisation IVème siècle : quand et comment un certain christianisme s'empara du monde


    Ce texte est très rarement publié dans les ouvrages de vulgarisation traitant du concile de Nicée. Les  « historiens normaux »préfèrent consacrer des pages de leur propre crû aux paroles mêmes du plus important des acteurs Nicée, l’empereur Constantin. De même il ne sera jamais dit que si le concile Nicée condamne l’arianisme avec - pour le moins - l’accord de Constantin, une grande évolution de l’empereur se fera avec le temps. Mais donne-t-il son accord à la décision finales pères de l’Eglise, ou bien la dicte-t-il? Et faut-il considérer qu’il prend vraiment la mesure de l’importance de la question ? A la seconde question, la lecture de sa lettre aux protagonistes impose de répondre non ! Il s’agit d’une « querelle de mots ». Le sujet est « vain et futile ». Il peut servir à « exercer l’esprit » pour des gens qui ont trop de loisirs, mais le peuple ne doit rien en connaître. Cela le désoriente et le divise, etc…
    Quant à la première question, les documents dont nous disposons ne permettent pas de réellement établir la part qu’il y prend. C’est lui qui convoque le concile (et tous les conciles du 1er. Millénaire seront convoqués par les empereurs. L’Assemblée se tient dans son palais d’été. Il préside à la première réunion, mais non aux suivantes. Un banquet termine les travaux. Les pères conciliaires repartent avec des cadeaux, etc. Mais cela ne donne pas la preuve d’une intervention de sa part quant au fond. Il faut tout de même remarquer que, les évêques d’Occident étant très peu nombreux, l’écrasante majorité des évêques d’Orient sont en faveur de l’arianisme. Il est donc plus que surprenant que le vote final, à trois exceptions près, soit contraire à la thèse d’Arius.
    D’autre part, un chapitre de La Vie de Constantin d’Eusèbe de Césarée nous éclaire sur ce qu’était l’attitude de l’empereur relativement aux conciles ordinaires où il avait coutume d’intervenir. Il serait véritablement étonnant que, pour un sujet aussi exceptionnel, il se soit abstenu. D’un autre côté, il n’est rien moins que catastrophique, pour une histoire objective, que de reconnaître que le premier dogme de la théologie chrétienne, ait été dicté par un chrétien superficiel, non encore baptisé et considérant la question comme « vaine et futile »’.
    Quoiqu’il en soit, voici Constantin en concile ordinaire, selon Eusèbe de Césarée : « Il convoqua comme un commun évêque (1) ordonné de Dieu des conciles pour apaiser les différends qui s’étaient mus en diverses provinces entre les pasteurs de l’Eglise. Il prit la peine d’assister à leurs assemblées, de s’asseoir au milieu d’eux, d’examiner le sujet de leurs contestations et de s’entremettre de les accorder. Il commandait alors à ses gardes de se retirer et se tenait assez bien gardé par la crainte de Dieuet par l’affection de ses sujets. Il louait la sagesse et la modération de ceux qui suivaient le bon parti et qui se portaient à la paix et blâmait l’opiniâtreté de ceux qui refusaient de se rendre à la raison. » 2)
    Lors de Nicée, il ne se contente pas de les « blâmer »  il leur retire leur siège et les exile. Il se trouve que, non seulement, les évêques d’Occident y seront très peu nombreux, mais le premier d’entre eux, le « pape » Silvestre n’y sera pas. Il n’était pas allé à Arles, il ne va pas à Nicée. Par chance deux de ses représentants y sont présents, les prêtres Vincent et Vitus, dont le rôle d’ailleurs est nul. Le nombre des participants se situe entre 200 et 300. Le nombre de 318 retenu par l’histoire subséquente est purement symbolique 3). Les concile se tient du 20 mai au 25 août 325. Il n’y est pas seulement question du Fils et du Père, mais aussi de la date de la fête de Pâques et du schisme de Mélèce 4).  Un jeune diacre est présent, secrétaire d’Alexandre depuis plusieurs années, le dénommé Athanase qui, par la suite, jouera un rôle d’une extrême importance tout au long du IVème siècle.
    Déjà, pour le principipal historien du Concile de Nicée, Eusèbe de Césarée, l’absence des l’évêque de Rome semble regrettable. Dans le chapitre 7du livre troisième de la Vie de Constantin, Eusèbe écrit : L’évêque de la ville impériale y manqua à cause de son grand âge ». L’explication est reprise immédiatement et sans le moindre examen, par les autres historiens antiques, puis par les historiens modernes jusqu’à aujourd’hui. Le pape Silvestre aurait été trop vieux pour faire le voyage de Rome à Alexandrie.  (Soit dit en passant, voyage financé, pour tous les évêques, par la poste officielle impériale). On sait bien peu de choses - beaucoup trop de choses ! - sur le pape Silvestre. On sait tout de même qu’il fut élu évêque de Rome le 31 janvier 314 et mourut le 31 décembre 335 5)
Bien sûr, il pourrait être mort à un âge très avancé. Mais il faudrait, pour cela qu’il ait été élu déjà très âgé, ce qui n’était pas dans les coutumes du temps. Cela veut dire que s’il avait été élu autour de la quarantaine ou de la cinquantaine, il n’aurai tjamais eu, à l’époque de Nicée que 50 ans ou 60. Et même en lui ajoutant dix ans de plus lors de son élection, il aurait dû être encore en capacité de voyage lors de Nicée. Constantin, quant à lui, mourut en 337, à 65 ans.
    L’absence de l’évêque de Rome n’est pas seulement remarquable l’occasion de la tenue de ce concile. Il est complètement hors du débat tout au long de son pontificat. A propos de « pontificat », il n’est pas indifférent de rappeler que, parmi tous ses titres, l’empereur Constantin porte celui de « pontifex Maximus », c’est-à-dire souverain pontife. Nous verrons dans quelle circonstance, l’empereur abandonne ce titre dès son accès au pouvoir en 367. Cela veut dire une fois de plus, s’il en était besoin, que Constantin ne sort nullement de son rôle quand il intervient dans les affaires religieuses. Il est le chef religieux de l’empire.
    Le concile de Nicée est relaté assez longuement dans la Vie de Constantin, livre III

1) La traduction est du XVIIème siècle (Victor Cousin) un «commun évêque » signifie un évêque comme les autres, si ce n’est qu’il est ordonné par Dieu lui-même.  A Nicée, Constantin répètera qu’il se considère comme lui-même év^que, si ce n’est qu’il est un « évêque du dehors », c’est-à-dire préposé aux infidèles ».
2)Eusèbe de Césarée : Vie de Constantin, I, 54
3) C’est le nombre des serviteurs d’Abraham (Genèse XIV, 14)
4) Mélèce de Lycopolis entraîne les fidèles de Moyenne et de Haute-Egypte à composer face aux menace de persécutions.Il s’agit, en fait, d’une variante du donatisme.
5) La tradition a fait qu’on le fête chaque année ce jour-là..

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.