(Congo) Sassou Nguesso : une imposture françafricaine

Par Rigobert OSSEBI

Le dictateur à bout de souffle vient de sortir un, peut-être, ultime lapin de son chapeau : une menace terroriste à l’encontre des ambassades de France et des Etats-Unis. La farce est grossière, cousue de fil blanc. Depuis une vingtaine d’années, il joue  à l’indispensable « homme fort » sécurocrate qu’une Françafrique béate, de Jacques Chirac à François Hollande, a applaudi à deux mains plutôt que du bout des doigts.

En réalité, il a été tout le contraire particulièrement en Afrique centrale. Incendiaire de la Centrafrique après qu’il ait trucidé 400.000 Congolais-B sans qu’aucune voix ne s’élève en quelque langue que ce soit, pour son coup d’Etat-hold-up-pétrolier de 1997 ; il a encouragé Nkurunziza du Burundi, Kabila de la RDC et même Eyadema du Togo à rester, coûte que coûte, au pouvoir en copiant ses méthodes violentes et totalitaires. Ali Bongo malicieusement empruntât la même voie, alors que Sassou le maître à penser soutenait Jean Ping.

A peine les deux ambassades concernées avaient annoncé leur fermeture que les services congolais de police interpellaient l’individu menaçant les intérêts français et américains. « Il serait de confession musulmane » se félicitait Thierry Moungalla qui prêtait sa voix, encore une fois, à cette imposture. Plus forte que le FBI et le FSB réunis, la police de Ndenguet a su trouver sûrement un vrai lampiste plutôt qu’un vrai coupable du possible attentat …

Longtemps le Congo Brazzaville avait été le seul pays d’Afrique sub-saharienne touché par le terrorisme. Il avait tout connu : les grenades à bord (DC8 UTA 10 mars 1984 parti de Brazzaville explosion à Ndjamena, une hôtesse décédée de ses blessures), détournement d’avion (DC10 Air Afrique 24 juillet 1987, Xavier Beaulieu tué d’une balle dans la tête), explosion d’avion en plein vol (l’attentat du DC 10 UTA le 19 septembre 1989 toujours qualifié « d’accident » par Sassou Nguesso, 170 morts), le Casa emprunté par la société australienne Sundance (19 juin 2010, 11 victimes) ; sans oublier le terrorisme d’Etat comme on le voit encore avec l’emprisonnement des prisonniers politiques, dont le véritable vainqueur de la dernière élection présidentielle, le Général Jean Marie Michel Mokoko.

En fait, le Congo de Denis Sassou Nguesso n’a jamais été victime d’actes de terrorisme. Il en a été soit le complice, soit l’initiateur. C’est une diversion supplémentaire qui nous est offerte par cet Etat voyou, kleptocratie familiale, où tous les crimes sont permis. Brazzaville a toujours été accueillante pour tous les mouvements terroristes ou référencés comme tels : le Hezbollah par exemple ainsi que quelques autres. N’oublions  pas Abdoulaye Miskine, libéré de sa prison camerounaise, par le ministre-valet de la présidence congolaise, Firmin Ayessa, transporté dans le Falcon 7X  de la même présidence et promu Directeur adjoint de la Garde (toujours) présidentielle sans qu’aucune voix européenne ou américaine officiellement ne s’élève.

A force de vouloir toujours en faire trop, Denis Sassou Nguesso finira-t-il par faire enfin déborder le vase ? Enfin, par la plume de Maria Malagardis de Libération, la presse française de référence commence à s’en émouvoir et rejoint par une conclusion cinglante, dans un remarquable article http://www.liberation.fr/planete/2017/11/30/passeurs-en-libye-macron-sonne-le-clairon_1613733 ,  les alertes que nous avons toujours lancées :

« Mercredi soir, la fameuse réunion d’urgence sur la Libye présentait un casting intéressant : aux côtés d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel siégeait Denis Sassou-Nguesso, l’inamovible président du Congo, chargé du dossier libyen au sein de l’Union africaine (UA). Dans son pays, depuis l’élection notoirement truquée de mars 2016, tous les opposants croupissent en prison sans procès. Et ce petit émirat pétrolier maintient sa population dans la misère la plus absolue. Autant inviter le diable à sa table pour évoquer la fin de l’enfer. Et finalement, décréter qu’on va d’abord tenter d’éradiquer ceux qui en font sortir les damnés. »

Alors que l’Afrique compte 54 Chefs d’Etat, la présence scandaleuse de ce diable de Brazzaville, à cette table, entre les deux femmes les plus puissantes d’Europe, la Chancelière Merkel et Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et Vice-présidente de la Commission européenne, démontre le niveau affligeant de méconnaissance des hauts dirigeants européens du continent africain et des véritables responsables de la crise actuelle. Sans oublier le silence de cette Europe, concernant le Congo-B et les signes de compromission potentielle de son antenne de Brazzaville avec le système de Jean Jacques Bouya (Marco Villa de COEM et l’entreprise chinoise Zhengwei).

L’imposteur Denis Sassou Nguesso et ses complices resteront une entrave au développement du Continent, nécessaire au désamorçage de la  bombe à retardement qu’il constitue… Chaque minute compte, mais tant que le tyran congolais sera toléré à son poste le pire sera toujours à craindre…. !

Rigobert OSSEBI

(Extrait de congo-liberty)

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NOTRE COMMENTAIRE :

Le roi des coups fourrés qui déstabilise l'Afrique centrale, c'est bien celui qui veut crier au loup.Par ailleurs, il convient de noter que selon un rapport de l'ONU, il manque au Congo-Brazzaville plus de 750 000 congolais à l'appel. Il faudra poser cette question au "Préfet de région" de la France affecté au Congo-Brazzaville.

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