Attaquer la dictature par ses collaborateurs

Le dictateur est médiocre et ce qui le maintient au pouvoir, ce n’est ni son intelligence, ni son intégrité, ni même sa capacité à comprendre ce qu’il fait. Sa médiocrité est telle que la main gauche ne sait même pas ce que fait sa main droite. Frappé d’une schizophrénie du pouvoir, il manipule, se sert et sacrifie tout pour s’y maintenir.

ATTAQUER LA DICTATURE PAR SES COLLABORATEURS. Par David Londi

 

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  • Sassou-NGuesso et son pseudo opposant Tsaty-Mabiala

Le dictateur est médiocre et ce qui le maintient au pouvoir, ce n’est ni son intelligence, ni son intégrité, ni même sa capacité à comprendre ce qu’il fait. Sa médiocrité est telle que la main gauche ne sait même pas ce que fait sa main droite. Frappé d’une schizophrénie du pouvoir, il manipule, se sert et sacrifie tout pour s’y maintenir. Et il se maintient dans notre pays, malgré la volonté des populations, malgré les cris et les souffrances des opprimés et, contre tout, il affiche son arrogance sous le couvert d’une légalité usurpée et d’une légitimité qu’il n’a jamais eue.

Cependant, il a son talon d’Achille. Mais sa vulnérabilité n’est pas là où l’on pense.

Comment doit-on le combattre ?

Nous constatons, jusqu’à présent, que les énergies de toutes les entités, des opposants des partis politiques, associations etc., qui combattent ce régime véreux sont toujours focalisées sur le dictateur. Ce dernier est le point de mire de toute opposition qui fait de son départ, l’objectif ultime.

Or cette focalisation sur la personne du détenteur du pouvoir est la grande erreur commise par toute opposition qui voudrait atteindre ses objectifs.

La raison à cela est la suivante et découle de ce qui a été dit plus haut sur la médiocrité du dictateur : Il ne tient pas par lui-même, mais grâce à ceux qu’il utilise.

De ceci nous tirons la règle suivante : pour combattre un dictateur, il faut s’intéresser à ses collaborateurs et conseillers internationaux.

Ces derniers ne sont ni plus ni moins que le véritable moteur qui maintient la dictature en marche. Ils sont son talon d’Achille. Son point faible. Et c’est en frappant son talon d’Achille que l’on met à genou le système qu’il porte.

En effet, le dictateur s’entoure de personnes qu’il choisit pour leur nature rampante et corvéable, leur soif de l’argent facile et utilise leurs compétences pour se maintenir au pouvoir. Ces personnes, souvent sans foi ni loi, obéissant au doigt et à l’œil pour des raisons bassement matérielles ou cyniquement personnelles, travaillent pour la pérennité de leur maître. Ce sont des ministres, des conseillers, des Présidents directeurs généraux, des présidents de partis, des gradés militaires et sécuritaires, des pseudo-experts internationaux …

Ce constat nous indique qu’une stratégie nouvelle se doit d’être adoptée, qui doit déplacer le centre de mire du détenteur du pouvoir vers ceux qu’il instrumentalise pour continuer à exister et sévir.

Ceci correspond à neutraliser l’ennemi en le privant de ses munitions. Un général qui n’a pas accès à son arsenal se rendra forcément.

En effet, les collaborateurs du dictateur, sont les véritables responsables des actes de ce dernier. Ce sont des exécutants complices, connaissant pertinemment la portée de leurs actes et les méfaits qu’ils engendrent. Ils s’associent à ses méfaits et à ce titre se doivent d’être les premiers la cible de toute action visant à faire tomber ce régime dictatorial.

Cette stratégie du talon d’Achille, se doit d’être adoptée par toute opposition qui, dans notre pays, aspire à une alternance au pouvoir.

L’alternance étant confisquée à travers un « fonds » de collaborateurs (civils et militaires) que le dictateur utilise pour manipuler tout le système qu’il soit social, économique et financier. Il faut donc saper ce « fonds » car c’est de lui que le dictateur tire sa capacité à se maintenir.

Ce fonds d’individus, rampants, corvéables à tous les échelons de l’Etat sont identifiables et identifiés. Ils vivent au milieu des populations, dans nos quartiers. Nous avons le devoir de les déstabiliser et leur rendre la vie infernale.

Pour ce faire :

  • Le premier moyen est la dénonciation publique. Il faut « décortiquer », le présent et le passé du collaborateur, vérifier ses compétences mettre à nu ses activités et décrier ses actes à l’échelon national et international. Nous devons lancer des campagnes de « Name & Shame » pour les déstabiliser.
  • Le second moyen est la dénonciation directe : il faut écrire à l’intéressé et à son entourage, le mettre devant ses responsabilités et en informer les structures nationales et internationales présentes dans le pays. Il faut aussi s’adresser aux opinions nationales des pseudo-experts internationaux qui font du Congo un Eldorado pour un enrichissement facile et usurpé.
  • Le troisième moyen est la publicité : organiser des forums et des conférences sur les « collaborateurs » du régime et informer le public sur les résultats d’enquêtes à leurs propos. Nous avons les réseaux sociaux pour cela.
  • Le quatrième moyen est la contre-expertise : s’allier à des compétences dans les domaines clef de l’action de l’Etat (social/économique/financier etc.) et dénoncer à travers des études et rapports les incohérences des actes des collaborateurs (ex. un audit des finances publiques/un audit sécuritaire etc.). Et saisir les tribunaux et les instances internationales sur la base de ces rapports.
  • Le cinquième moyen est la sommation : sommer nommément les collaborateurs du régime, à travers des actes collectifs (pétitions/lettres ouvertes) à se dédouaner de celui-ci et en informer l’opinion nationale et internationale.
  • Le sixième moyen est la mise en garde : appeler les instances nationales et internationales (économique/financières) à ne pas engager le pays à travers les collaborateurs du régime en les catégorisant et en informant largement à leurs propos (corruption/détournement…).

Quels sont les effets de tels moyens ?

D’abord dénoncer et informer sur les « instruments » humains qu’utilise le dictateur pour se maintenir. Ensuite, créer un réflexe citoyen et une culture de dénonciation des collaborateurs afin de les mettre sous l’éclairage des médias et engager publiquement leur responsabilité dans les affres que vit le pays. Enfin, envoyer des signes forts de dénonciation des actes du régime à travers l’indexation publique de ses collaborateurs. Nous devons aussi intégrer les petits infiltrés qui sévissent au sein des populations comme dénonciateurs. Ces individus doivent avoir leurs noms affichés dans les ronds-points ou les zones de la ville les plus fréquentées.

En somme un fonds de collaborateurs qu’il faut dénoncer et poursuivre si nécessaire en justice tant les faits et les preuves sont disponibles pour les inculper. Ils sont les exécutants aveugles de la volonté du général président et à ce titre leur collaboration est aussi néfaste pour le pays que la présence du général lui-même à la tête du pays. Ils doivent être la cible de toute action visant à dénoncer, informer et (faire) condamner cette collaboration avec le régime qui détruit le pays.

Pour cela les résistants doivent avoir la capacité :

  • de s’impliquer personnellement dans la dénonciation des collaborateurs de la dictature
  • de s’appuyer sur des réseaux permettant de retrouver, vérifier et recouper l’information
  • d’être intègre dans l’appréciation des actes des collaborateurs du régime
  • de résister aux influences et autres actes d’intimidation.
  • d’utiliser avec efficience les réseaux sociaux et les médias pour véhiculer les dénonciations et ales indexations d’individus instrumentalisés par le pouvoir.

En conclusion, il reste que tant que les détenteurs de pouvoir, illégal et illégitime, s’appuient sur leurs troupes de collaborateurs pour se maintenir, manipuler le système, aliéner les populations et le réduire à la misère, la neutralisation de ces collaborateurs constitue une stratégie dont les résultats saperont les instruments humains du régime, en dissuadant et avilissant, toute velléité de le servir.

David LONDI

Source : www.congo-liberty.com

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