Yaya Moussa et José Veiga, rois du pétrole congolais

(...) Qui s’étonnera qu’un économiste du FMI devienne un expert pétrolier pour conseiller le gouvernement congolais avant, nous le verrons, de devenir un partenaire incontournable dans l’exploitation des champs pétroliers dont les licences auront expiré ?

YAYA MOUSSA ET JOSE VEIGA, ROIS DU PÉTROLE CONGOLAIS. Par Rigobert Ossebi

Christel Sassou-willyEtoka-José Veiga

Un contrat de Conseil, hautement confidentiel, entre la République du Congo, représentée par Gilbert Ondongo ministre des finances, du budget et du portefeuille, et la société Kontinent LLC, représentée par Yaya Moussa a été signé le 16 septembre 2011 à Brazzaville.

Contractuellement, les deux principaux protagonistes de l’effacement frauduleux de la dette congolaise, accordé le 27 janvier 2010 par le FMI alors dirigé par Dominique Strauss Kahn, se sont entendus pour que l’ancien Représentant Résident du FMI (Yaya Moussa), au travers de sa société établie au 1990 M Street, NW, Suite 570 à Washington, DC, 20036 USA, devienne son Conseil pour la gestion de tous ses contrats pétroliers.

Qui s’étonnera qu’un économiste du FMI devienne un expert pétrolier pour conseiller le gouvernement congolais avant, nous le verrons, de devenir un partenaire incontournable dans l’exploitation des champs pétroliers dont les licences auront expiré ?

Il faut rappeler qu’il a été établi par Global Witness que José Veiga, l’ex-agent de joueurs de football, était alors l’associé de Yaya Moussa dans la société Kontinent LLC et que le même Gilbert Ondongo ministre des finances etc. était notoirement corrompu, par Veiga, au travers de biens immobiliers au Portugal et d’un séjour dans un palace à Venise.

En préambule, cette association notoire de malfaiteurs, pour justifier l’établissement de ce contrat, se réfère à de multiples discussions, voyages et réunions auxquels Kontinent LLC a été conviée par le Gouvernement de la République du Congo, à travers le ministre des finances et un autre corrompu patenté, le Délégué Général aux Grands Travaux (Jean Jacques Bouya). Fine équipe ! Indiscutablement, le gang ne pouvait davantage être armé pour la prédation.

Entre autres considérations, de mieux négocier les contrats pétroliers, rationaliser la fiscalité pétrolière et promouvoir la création de valeur ajoutée locale dans le secteur pétrolier, la mission confiée aux sulfureux partenaires était de faciliter de concert avec les partenaires étrangers, la participation privée nationale et africaine dans les industries extractives ; et de souligner alors la convergence de la vision de la politique publique congolaise avec la mission même de Kontinent LLC.

Ce contrat, signé en septembre 2011 et qui débutait le 1er octobre de la même année, allait permettre l’accès au duo Yaya Moussa/José Veiga, via Kontinent LLC, à toutes les données contractuelles du Congo avec ses opérateurs pétroliers, TOTAL, ENI, PERENCO etc., avec en sus une rémunération de 550 000 euros par an, payable en toute discrétion dans une banque locale…

Après ces premiers 15 mois de la mission de conseil qui a été confiée à la société de Washington, il n’y a pas eu de changement notable dans la fiscalité pétrolière. Cependant, s’agissant de la valeur ajoutée locale, il est clair que le clan mafieux au pouvoir a peut-être obtenu un meilleur accès aux marchés de la sous-traitance pétrolière ; très lucrative comme il a été possible de le constater avec l’affaire de PETRO SERVICE CONGO dont la propriété a été attribuée à l’épouse Descalzi jusqu’au 08 avril 2014 (jour de la cession à Alexander Haly un jeune homme d’affaires britannique basé à Monaco).

Mais, sans conteste, la mission de Yaya Moussa a eu un effet décisif dans le développement du « contenu local » tel que très pudiquement intitulé depuis (ndlr : le contenu local n’est rien de moins qu’une corruption déguisée/habillée dans une «Special Purpose Vehicle» dédiée à des prises de participations dans des champs pétroliers qu’un minimum de « due diligence » ne manquerait pas d’écarter !). Il a alors été déclaré des participations attribuées à d’obscures sociétés locales dans les champs pétroliers en activité et notamment lors des renouvellements des licences d’exploitation pour quelques-uns d’entre eux. Ainsi, dans certains champs, totalisant jusqu’à 25% de participation dans la production, AOGC (officiellement appartenant à Denis Gokana), PETRO CONGO (très obscure structure sans aucune référence professionnelle) et KONTINENT sont devenus des associés de ENI, PERENCO et de TOTAL (cette dernière se retirera de ses associations à hauts risques après une dénonciation auprès du ministère de la Justice des USA).

Incontestablement, encore une fois, Yaya Moussa a bénéficié par sa position de Conseil du gouvernement congolais, d’un incroyable conflit d’intérêt qui lui a permis, avec son complice et associé José Veiga, de devenir propriétaire de participations de 5 à 10% de champs pétroliers opérés par ENI et PERENCO.

L’homme qui a été la cheville ouvrière locale, à Brazzaville, de l’atteinte frauduleuse du Point d’Achèvement au Programme PPTE (en parfait accord avec son patron d’alors, Dominique Strauss Kahn et les conseils de la Banque Lazard de Matthieu Pigasse) sans aucune contrepartie de transparence financière ou pétrolière, s’est retrouvé à la tête de la manœuvre de l’appropriation d’intérêts dans des gisements pétroliers par certains membre de la dictature congolaise. Faux-nez partiel où pas, des enquêtes révèleront tôt ou tard pour qui ces non-Congolais d’origine auront roulé !

Il ne serait pas étonnant que le Fonds Monétaire International, maintenant dirigé par Madame Lagarde, ait été informé depuis longtemps (par les opérateurs pétroliers) de l’évolution de la carrière de Monsieur Yaya Moussa dans le Conseil pétrolier. Comme à son habitude, l’institution financière s’agissant de son ancien cadre camerounais n’y a rien vu de contraire à l’éthique et toutes les alertes officiellement lancées à son encontre auprès des bureaux dédiés du FMI à Washington sont restées vaines.

Néanmoins, il faudra se poser la question, tant chez les pétroliers professionnels qu’au FMI, de savoir que peuvent valoir les conseils orientés et les recommandations apportés par ce regroupement de mauvais génies et les participations qui en ont découlé ?

Le ou les réponses proviendront très sûrement des administrations judiciaires des pays concernés par les sièges des opérateurs pétroliers. Nous avons vu le Parquet de Milan dans ses œuvres pour ENI. Bientôt très certainement TOTAL et PERENCO ne manqueront pas également d’être interpellés d’une manière ou d’une autre par les homologues parisiens qui ont été très actifs dans la coopération avec les magistrats italiens.

Pour le moins et dans un même temps cinq à six membres du gang des Nguesso vont être très vite convoqués devant une Cour correctionnelle.

Ce qui ne fera que ternir davantage la réputation d’Etat voyou dont bénéficie le Congo de Denis Sassou Nguesso et diminuera d’autant le crédit que quiconque pourrait apporter à ses déclarations de lutte contre la corruption des gros poissons ou du menu fretin…..

Par Rigobert OSSEBI

N.B. Dans la déclaration des associations des permis d’exploitation de la SNPC, le champ Zingali apparait à 65% pour ENI opérateur et BURREN (qui appartient à 100% à ENI) 37%.

Le Rapport publié en 2017 par Public Eye Suisse sur Gunvor au Congo souligne la proximité de Maxime Gandzion avec le pouvoir congolais (Maxime Gandzion est membre du conseil de la Fondation Congo Assistance, la structure caritative de la Première dame, Antoinette Sassou Nguesso). « Contacté par Public Eye, Denis Christel Sassou Nguesso indique qu’il entretient des « relations professionnelles » avec Maxime Gandzion, actuellement « conseiller spécial du président ». Il dit toutefois ne pas savoir à quand remonte sa nomination. Ces relations tissées avec la famille au pouvoir lui ont probablement facilité la tâche pour obtenir, à travers la société Prevail Energy Congo, 20% des parts d’un champ pétrolier très politique, Zingali, en partenariat avec la SNPC (60%) et la compagnie étatique ivoirienne, la Petroci (20%).61 Grâce à ce champ déjà en production, Maxime Gandzion a pu vendre en 2011 pour environ huit millions de dollars de pétrole, sans qu’il soit établi que Prevail ait dû fournir un quelconque investissement pour obtenir ce droit. Maxime Gandzion est l’un des administrateurs de Prevail Energy Congo, incorporée aux Îles Vierges britanniques (BVI). Cette entité est toutefois détenue par deux sociétés offshore, à 51% par une autre société enregistrée aux BVI et à 49% par la société Petrolia E&P SA, domiciliée au Belize.62 Cette dernière société est titulaire d’un compte auprès de la banque suisse Clariden Leu. C’est sur ce compte que seront versées les commissions à huit chiffres venant rémunérer le travail d’intermédiaire de Gandzion pour le négociant genevois.

(Extrait de www.congo-liberty.com)

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