(Congo-Brazzaville) Le domicile principal de l'avocat congolais Jean-Martin Mbemba saccagé

Climat de terreur à l'actif du régime de Brazzaville à la veille des élections présidentielles au Congo-Brazzaville.

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Ils sont devenus fous à Brazzaville ! Fous à lier. Jugez-en.
Le domicile principal de l’avocat congolais Jean-Martin Mbemba a été nuitamment « visité » par des hommes non identifiés jeudi 11 février 2016. Nul besoin d’être de Scotland Yard pour trouver d’où vient le coup.

Située au Plateau des Quinze ans dans le 4ème arrondissement (Moungali) la villa a été littéralement désossée. Ce n’étaient pas des cambrioleurs, rien n’a été volé. Les vandals rôdés aux méthodes de la Gestapo n’ont ménagé aucun effort dans leur mise à sac de la résidence de l’ancien Garde des Sceaux de Sassou.

Caution morale

En exil sanitaire en France depuis quelques années, on se demande quel danger représenterait le Président de l’association congolaise des Droits de l’Homme pour que le pouvoir de Brazzaville s’en prenne à celui qui servit de « caution morale » au tyran de l’Alima après son coup d’état.

Ouvrons la parenthèse. Mgr Batantou chanta « Mbemba mayakamba » sans savoir ce qui allait arriver au célèbre avocat et à tous ceux qui jadis, à la FEANF, critiquaient les dictatures africaines pour collaborer ensuite avec elles. Comme l’épervier (mbemba) du proverbe qui bouffe les charognes après avoir plané sur le baobab, on ne comprendra jamais comment l’avocat international avait pu se repaître du cadavre de la République pécétiste morte, en partie grâce à ses soins, à la Conférence Nationale en 1991 ! Fermons la parenthèse, l’heure n’est pas à la morale. L’heure est grave.

Jamais deux sans trois

Selon la loi normale (il n’y a jamais deux sans trois) dimanche 7 février 2016, un autre avocat, Me Maurice Massengo Tiassé (cf. notre article) qui avait déjà vu son domicile « visité » en 2014 a fait l’objet d’une perquisition policière dans son domaine situé dans la banlieue sud de Brazzaville. Sans mandat de justice.

Logique de terreur

Depuis le quitus accordé par François Hollande, le régime de Saasou s’est désormais installé dans une logique de terreur avec des escadrons de la mort comme dans les ploutocraties sud-américaines. Le général Jean-Marie Michel Mokoko, ancien chef d’Etat-Major, a fait les frais de ce durcissement tout azimut lundi 9 février dernier alors qu’il rentrait à Brazzaville après avoir joué les bons offices dans la crise centrafricaine pour le compte de...Sassou.

Le cortège venu l’accueillir à l’aéroport de Maya-Maya a été lourdement lapidé par des policiers en civil sous les ordres du policier en chef, Jean-François Ndenguet (le Klaus Barbie du chemin d’avenir) qui a ramené notre civilisation à l’âge de la pierre avec ses supplétifs du commissariat de Ouenzé Mazanza, aussi cruels que les SS nazis de triste mémoire. .

Touché au genou par une grosse pierre, le général Mokoko aurait pu se mettre en arrêt maladie n’eut été l’enjeu central du moment, plus important que l’ouragan de la pérestroïka qui souffla sur le Congo dans les années 1990. Cet enjeu est clair : le départ absolu de Denis Sassou-Nguesso. Le tsunami balaya le monarque d’Edou une première fois, en 1992. « Jamais un dans deux » : cette fois-ci (2016) ce sera (diraient les Haïtiens) « Lékufé echunfé » (Otchombé déraciné)

Panique à bord du Titanic

Bateau ivre, le gouvernement de Sassou tangue dangereusement après une vingtaine d’années de navigation à vue dans une mer pleine d’écueils et souvent très agitée. Bientôt le naufrage ?

La perspective d’une élection présidentielle qui s’annonce de plus en plus problématique pour l’infatigable timonier Denis Sassou-Nguesso, le 20 mars, semble semer la panique dans les rangs du PCT et dans le clan Nguesso.

En effet, la tension est palpable à bord du Titanic amarré à Oyo. Mauvaise conseillère, la peur a gagné un régime qui était pourtant persuadé qu’en modifiant la Constitution, les élections présidentielles (à un tour), dans un peu plus de trente jours, allaient être une ballade de boy-scout. Ce n’est plus le cas. D’où la multiplications des coups bas et tordus, d’où la somme des bavures.

Pourquoi la résidence de l’avocat, pourquoi maintenant ?

C’est tout de même curieux que deux collaborateurs de la justice, Maîtres Tiassé et Mbémba, intéressent tant Sassou à un mois des présidentielles. Me Tiassé n’a jamais caché qu’il détient des preuves des exactions du régime commises dans le Pool. En ce moment une cassette dite « Guerre du Pool » circule sur les réseaux sociaux. D’autres K7 seraient en lieux sûrs. Elles n’attendent que d’être versées au dossier du génocide. L’opinion dit que ce que redoute le plus Sassou, une fois bouté du pouvoir, c’est la CPI. La maison de Me Mbémba contenait-elle des documents compromettants pour Sassou, futur ex chef d’état dont on ne sait à quelle sauce judiciaire il sera bouffé d’ici peu ?

Les arrestations de Paulin Makaya, Modeste Boukadia ; les agressions du colonel Ntsourou, du général Mokoko, des avocats Tiassé et Mbemba, semblent indiquer que Sassou prend de plus en plus conscience que la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Simon Mavoula

SOURCE : congopage

 

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