Mokoko était-il l'homme de la situation ?

Le peuple aime les leaders. Et les leaders doivent parler. Ce ne sont pas vos imprécations et celles de quelques personnes qui vont le maintenir longtemps dans l'opinion populaire. Je plains son sort, je souhaite qu'il soit libre. Mais, ne vous en déplaise, c'est un général d'opérette, un mauvais dirigeant et un piètre homme politique. Ce genre de chef sombre vite dans l'autoritarisme.

MOKOKO ETAIT IL L'HOMME DE LA SITUATION ?

Monsieur Roger Mvoula Mayamba, je viens de lire avec intérêt votre plaidoirie pour sauver Mokoko. Les relents messianiques de votre texte me font douter de la profondeur de votre argumentaire.

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Après le désastre Lissouba, un ami loango est venu me voir pour m'associer à un projet de soutien au retour de Sassou. Je lui ai dit non. Ce monsieur était à l'origine de nos malheurs, on l'avait soutenu le 5 février et il avait conduit le pays au désastre... Il m'a été répondu qu'il avait changé. Je lui ai dit que, malheureusement, les hommes vieillissent mais ne changent pas fondamentalement. À l'expérience, lui avait certainement changé. Mais personne n'imaginait que ce fût en pire.

S'agissant de Mokoko, il est loin d'être le personnage idyllique que vous dépeignez. Regardez sa carrière, voyez tous les soubresauts connus par notre pays pendant qu'il dirigeait l'armée... Sachez qu'au moment de l'élection présidentielle de 2016, très peu de gens le connaissaient comme potentiel concurrent de Sassou. Un cercle de personnalités de Pointe-Noire a pris sur lui de promouvoir sa candidature.

Après avoir décidé de se présenter contre Sassou, avait-il pris les dispositions nécessaires à une telle décision ? S'était il prémuni contre la fraude et la proclamation de faux résultats favorables au pouvoir en place ? S'était il préparé contre la persécution dont lui et ses soutiens devaient de toute évidence faire l'objet ?

Non. Il comptait sur le peuple. Quelle naïveté ! Un général qui va à la guerre sans plan même pour se replier et qui compte sur ses troupes. Mais tu les mènes au massacre, à l'abattoir. Que serait il advenu si le peuple était sorti protester ? Un bain de sang. Qu'aurait il fait notre général ?

Rien. L'engouement populaire autour de sa candidature n'a été sous tendue ni par un programme politique cohérent , ni par une idéologie claire. Il a profité du ras le bol et du dépit de la population. Ce n'est pas Mokoko en tant que tel que les gens ont voté. Les Vili, les Nibo, les Tchèques ont voté pour un général du Nord qui devait les débarrasser d'un autre général du Nord dont ils avaient marre. Point !

Pour ceux qui ont voté pour lui, Mokoko était un chef de transition. La ferveur populaire a malheureusement trompé ceux qui l'entouraient. Au fil de la campagne les Makoua ont refermé le cercle autour de lui. J'ai même dit à des amis que les Makoua allaient prendre la place des Mbochi. Les choses n'allaient pas changer fondamentalement pour notre pays. J'ai connu toutes les personnalités que vous citez. De Massamba Déba à Biayenda en passant par Diawara, Ngouabi et les autres.

Lorsque j'ai rencontré Mokoko trois jours avant sa convocation à la DST, j'ai eu peur. Nous avions choisi de soutenir un général sans la moindre finesse politique, sans envergure et sans autorité. Méfiez vous des messies, c'est souvent leurs disciples qui font la loi. Beaucoup pensent que son silence au procès était une bonne attitude. Moi je pense que non. En choisissant de se taire il a adopté une attitude égoïste. Ce procès lui offrait une tribune inespérée pour se faire entendre, se distinguer, conquérir définitivement l'opinion, casser la baraque. Il n'avait rien à perdre et beaucoup à gagner.

L'issue était connue d'avance. En se taisant, s'est il posé la question suivante : Que va-t-il advenir des personnes qu'on a arrêtées dans ma suite Jean Ngouabi, Libongo et les autres ? Le peuple aime les leaders. Et les leaders doivent parler. Ce ne sont pas vos imprécations et celles de quelques personnes qui vont le maintenir longtemps dans l'opinion populaire. Je plains son sort, je souhaite qu'il soit libre. Mais, ne vous en déplaise, c'est un général d'opérette, un mauvais dirigeant et un piètre homme politique. Ce genre de chef sombre vite dans l'autoritarisme.

André Jacques MASSALA MPANDI

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