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La galaxie Sassou qui s’est accaparée le pouvoir au Congo-Brazzaville depuis 1997 après le renversement de Pascal Lissouba défraie la chronique. D’un côté, les combats se poursuivent dans la région du Pool et, de l’autre les rivalités font rage entre les hommes lige qui se sentent poussés des ailes. Des plumes volent, les coups de bec fusent. Vraie adversité entre ces deux officiers généraux ou réelle diversion des populations du Congo-Brazzaville ?

D’ordinaire les différends qui opposent les éléments du clan sont réglés à Oyo autour du kani (selon la tradition mbochi), comment expliquer que le duel des deux faux rivaux soit porté sur la place publique ?

A droite, Jean-Dominique Okémba, Mora Nzambé, secrétaire général du Conseil national de sécurité (CNS), à gauche Nianga Ngatsé Mbouala, Djo Bill, commandant de la Garde Républicaine (GR). Mora Nzambé signifie « L’élu de Dieu ». Rien que ça. Mais, pour l’heure, il se caquette que Sassou, le Dieu d’Edou, a sa petite idée de son successeur : le fils, pas le neveu. Kiki, non Okémba, fut-il élu de Jéhovah (en réalité franc-maçon notoire)

En tout cas les deux oiseaux de la basse-cour d’Oyo s’affrontent sans toutefois franchir la ligne rouge sous le regard narquois du khalife d’Oyo, Denis Sassou Nguesso, haut perché sur ses ergots. Mora Nzambé et Djo Bill appartiennent tous les deux au cercle restreint du pouvoir. Ils se réclament de la majorité présidentielle et sont originaires de l’axe Oyo-Boundji-Ollombo (OBO).

Conseil National de Sécurité (CNS) contre Garde Républicaine (GR) par général interposé. Résumé ainsi, le film qui se joue actuellement au Congo-Brazzaville dans le giron de Denis Sassou Nguesso a tout du western spaghetti. Qui l’emportera ? Djo Bill ? Qui niquera l’autre ? Dominique ? L’élu de Dieu et Barbe Blanche oseront-ils manier le poignard contre leur mentor Denis Sassou Nguesso ? Pourtant il le faudra bien puisqu’on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs.

Khalife à la place du khalife

Les deux militaires, l’un de l’armée de mer, Jean-Dominique Okemba et l’autre de l’armée de terre, Nianga Ngatsé Mbouala, revendiquent leur proximité avec Denis Sassou Nguesso mais ne rêvent pas moins d’être khalife à la place du khalife. Lui-même, Denis Sassou Nguesso, n’avait-il pas organisé l’assassinat du commandant Marien Ngouabi le 18 mars 1977 après que ce dernier l’ait longtemps couvé sous ses ailes ? Dieu et Djo doivent leur carrière militaire au Dieu de l’Alima. Il les a gavés comme des oies. Sauf que Jean-Dominique Okemba et Nianga Ngatsé Mbouala s’accusent mutuellement de mensonge, de traîtrise, d’intelligence avec l’ennemi et d’entretenir la confusion dans l’esprit de Denis Sassou Nguesso pour mieux se faire voir. Pour moins que ça, des congolais ont été emprisonnés comme des rats (Mokoko, Modeste Boukadia, Paulin Makaya, André Okombi Salissa) ou abattus comme de la volaille (Ntsourou). Comment expliquer donc l’impunité dont jouissent Jean-Dominique Okemba et Nianga Ngatsé Mbouala accusés mutuellement de nourrir des velléités putschistes contre le pouvoir de Sassou Nguesso sachant que rien n’échappe au premier poulet du Congo-Brazzaville ?

Alors que ça sent le caca-poule, alors que Jean-Dominique Okemba et Nianga Ngatsé Mbouala sont soupçonnés de préparer un coup d’Etat, ils ne sont ni arrêtés ni demis de leur fonction respective. Bizarre, bizarre ! Entre Jean-Dominique Okemba qui glousse à la seule évocation du nom de l’oncle et Nianga Ngatsé Mbouala qui picore dans la main de Sassou son géniteur, c’est « ôte-toi de là que je m’y mette ». Pour l’instant, coq ayant (toujours ) le droit de chanter seul, l’homme d’Edou-Penda s’abstient d’émettre des signaux en faveur de l’un ou l’autre. Mais il n’a pas moins l’œil sur les deux oiseaux de proie doublés de charognards.

Deux loups qui se battent entre eux ? A quel louveteau peut-on faire croire ça ? Ce qui divise les deux coqs fous est inférieur à ce qui les unit : le pouvoir clanique chairement acquis. Rien que pour ça, nos fiers oiseaux sont obligés de rabattre leur caquet, d’avaler des couleuvres.

Le Pool humilie les coqs

Chose remarquable, les rivalités supposées de ces deux faucons du régime s’estompent lorsqu’il s’agit de « casser » du Moukongo dans la région martyr du Pool. Le combat de coqs des deux généraux n’est qu’une vaste plaisanterie visant à masquer les échecs répétés et les pertes en vies humaines des forces armées congolaises face aux ninjas du Pasteur Ntoumi dont le fief, le Pool, rime avec Waterloo.

Comme le coq de Claude Nougaro qui aimait une pendule, il est temps qu’on arrête cette farce sanglante et non moins ridicule.

Benjamin BILOMBOT BITADYS

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