Congo : Les dérives du saigneur Denis Sassou Nguesso fâchent Luanda et N'Djamena

La corruption à outrance telle qu’elle se vit au Congo Brazzaville n’a plus cours en Angola ; tout y a changé et le « Denis Christel local », José Filomeno Dos Santos, au terme de six mois d’emprisonnement préventif (de septembre 2018 à mars 2019), a collaboré avec le Parquet de Luanda pour rendre « tous les actifs financiers et non financiers du Fonds souverain angolais...

Les dérives du saigneur Denis Sassou Nguesso fâchent Luanda et N’Djamena


  • JEAN-CLAUDE GAKOSSO REÇU EN AUDIENCE PAR LE PRÉSIDENT JOÃO LOURENÇO

    PHOTO: FRANCISCO MIÚDO

Le très récent voyage de Jean Claude Gakosso, à Luanda le jeudi 6 juin, pourrait bien constituer un tournant aussi surprenant qu’inespéré. Peu nombreux sont ceux qui s’intéressent aux mouvements et déplacements du ministron des Affaires étrangères, livreur de valises comme d’autres livrent des pizzas, au service de la politique de la « mallette » instaurée par son saigneur et maître, tyran reconnu, Denis Sassou Nguesso.

Bientôt trente années que le DC-10 d’UTA a explosé en plein vol, vingt-deux ans que le deux fois putschiste a été réinstallé par les forces armées de Dos Santos (à la demande de Jacques Chirac) et déjà trois fois trois cent soixante-cinq jours que le véritable vainqueur de l’élection présidentielle, Jean-Marie Michel Mokoko, croupit dans des conditions de plus en plus dures dans sa cellule de la Maison d’Arrêt de Brazzaville…

Alors, lorsque le ministron des Affaires étrangères du pouvoir incompétent qui depuis 40 années est installé à Brazzaville prétend, au nom de son Chef, s’immiscer dans le règlement de problèmes intérieurs de l’Angola, après la Centrafrique et la Lybie, cela ne pouvait que déplaire à son interlocuteur le Président Joao Lourenço qui le recevait. Jean Claude Gakosso n’avait pas fait le voyage pour rien. Il a été copieusement et vertement ramassé par son hôte qui n’a même pas voulu prendre connaissance de la lettre personnelle de Denis Sassou Nguesso.

La confiscation de tous les pouvoirs, la prédation sans limite des ressources pétrolières, l’élection volée auraient été au nombre des reproches exprimés par le Président angolais ; et il aurait été tellement dur avec l’envoyé de l’autocrate congolais, que ce dernier fut incapable de faire le moindre commentaire d’usage à sa sortie de l’entretien. Aussi, ce n’est absolument pas évident que le ministron congolais ait osé faire un compte rendu exact de sa catastrophique audience à son retour de Luanda… Les collaborateurs, de celui qui s’est imposé comme un monarque absolu, cultivent la lâcheté lorsqu’ils sont face à lui ; ils n’avancent plus que courbés, comme les visiteurs d’ailleurs, en restant à bonne distance pour mieux montrer leur déférence.

La corruption à outrance telle qu’elle se vit au Congo Brazzaville n’a plus cours en Angola ; tout y a changé et le « Denis Christel local », José Filomeno Dos Santos, au terme de six mois d’emprisonnement préventif (de septembre 2018 à mars 2019), a collaboré avec le Parquet de Luanda pour rendre « tous les actifs financiers et non financiers du Fonds souverain angolais qui a été sous le contrôle de Quantum Global », soit 2,350 milliards de dollars domiciliés dans des banques au Royaume-Uni et à l’île Maurice, ainsi qu’un patrimoine de 1 milliard de dollars. José Filomeno Dos Santos aurait-il détourné plus que les enfants Sassou Nguesso et que les neveux ? Sûrement pas ! Et le dictateur congolais ne verrait pas d’un très bon œil la lutte contre la corruption entreprise par le Président Joao Lourenço ; toujours la peur de la contagion !

Pourtant, les intérêts de l’Etat angolais n’ont jamais été bradés comme l’ont été ceux de l’Etat congolais. Dans le domaine pétrolier par exemple, les compagnies qui opèrent les permis réservent, à l’Etat angolais et à la SONANGOL, des participations qui, cumulées, tournent autour de 40 à 45% alors que la SNPC, qui représente la République du Congo, peine à avoir de 10 à 15% sur les nouveaux champs. De plus, le « contenu local » avec des sociétés bidon telles que Kontinent Congo, AOGC et Petro Congo, y est totalement inconnu !

L’Angola n’est pas le seul pays d’Afrique Centrale avec lequel le Dictatueur a des problèmes. Le Tchad est particulièrement bien renseigné sur les initiatives de ce dernier dans le financement de son opposition et des médias qui lui sont hostiles. Un opposant sérieux, appuyé par des cercles parisiens, bénéficierait d’un très solide concours financier en provenance de Brazzaville-Oyo.

Tant à N’Djamena qu’à Luanda, tous s’étonnent de l’incroyable soutien que Sassou Nguesso reçoit encore de la France, après avoir offert son pays à la Chine, à la Russie et même à la Turquie. Il est vrai que depuis une quarantaine d’années des générations entières de politiques français ont été grassement nourris de la poche de l’autocrate. Mais les Tchadiens et les Angolais, accepteront-ils le risque de voir le Congo tout entier basculer entre les mains de ses créanciers étrangers et sa souveraineté dépecée au gré des dettes impayées ?

L’arroseur sera-t-il enfin arrosé ?

« Denis l’intriguant » qui a toujours voulu, sans légitimité aucune ni compétence, se mêler des affaires d’autrui, également du Tchad et de l’Angola, ne courre-t-il pas le risque de voir de puissants voisins africains mettre leur nez dans le naufrage qui s’annonce depuis bien longtemps du fait de son irresponsabilité la plus totale. Dans ce scénario régional, bien plus que continental, Paris, Pékin, Moscou et autres n’auraient strictement rien à dire… !

Pour ces voisins, pas si éloignés avec des intérêts stratégiques non négligeables, leur préoccupation toute légitime de se protéger de ces interférences étrangères ne serait pas contraire aux intérêts réels et profonds d’un Congo véritablement souverain ; enfin libéré de l’emprise maléfique des Nguesso.

Rigobert OSSEBI

(Extrait de www.congo-liberty.com)

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