Des sénateurs américains s’opposent au sauvetage des pays endettés avec la Chine

Pour ce qui est du Congo Brazzaville tout plan de sauvetage, par le FMI, aurait le mérite de conforter une fois encore le pouvoir des Nguesso. Il est de la plus grande évidence que la décision du FMI, en 2010, d’accorder le bénéfice du Programme PPTE à l’Etat voyou du Congo des Nguesso a été perçu comme un encouragement à plus de prédations, plus de vols et plus de malfaisances.

Des sénateurs américains s’opposent à tout plan de sauvetage, par le FMI, des pays comme le Congo endettés à l’égard de la Chine

Par Rigobert OSSEBI

Le plan de sauvetage que le pouvoir illégitime de Brazzaville appelle de tous ses vœux, et de toute son insistance auprès du Fonds Monétaire International, est de plus en plus incertain. Depuis quelques semaines les Etats-Unis sont entrés dans la danse et semblent décidés à empêcher l’Institution internationale de secourir les Etats africains dont la dette à l’égard de la Chine serait devenue insoutenable.

L’initiative en revient à deux sénateurs, David A. Perdue et Patrick Leahy, qui ont alerté conjointement, dans une correspondance du 03 août dernier, Steven T. Mnuchin le Secrétaire d’Etat au Trésor et Michael R. Pompeo le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères. Ils ont été aussitôt rejoints par un groupe bipartisan d’autres sénateurs américains (14) qui a exhorté l’administration Trump à empêcher le Fonds monétaire international (FMI) de renflouer les pays qui ont obtenu des prêts de la Chine dans le cadre de son plan de développement des infrastructures. La lettre mentionne le Pakistan, le Sri Lanka et Djibouti parmi les pays qui ont accepté des prêts de milliards de dollars de la Chine, mais qui ne peuvent pas rembourser : « le piège de la dette » ainsi est appelé ce jeu de dupes… !

Les sénateurs se sont surtout inquiétés des avantages stratégiques que Pékin cherche à obtenir auprès de pays, comme le Congo Brazzaville, pris dans l’étau de la dette. « Alors que les pays en difficulté financière négocient avec la Chine pour se libérer de la dette croissante, Pékin a obtenu de lourdes concessions, y compris des capitaux propres sur des actifs stratégiquement importants« , ont écrit les sénateurs. «En outre, Pékin a à plusieurs reprises exercé des pressions économiques pour influer sur les décisions de politique étrangère… Il est évident que… l’objectif de « Belt and Road Initiative » [l’Initiative Ceinture et Route] est la création d’un ordre économique mondial finalement dominé par la Chine.  Il est impératif que les États-Unis s’attaquent aux tentatives chinoises de prendre en otage et de forcer financièrement d’autres pays à poursuivre ses objectifs géostratégiques. Nous attendons avec impatience votre réponse rapide et complète à ces demandes, ainsi que les actions que vous prévoyez d’entreprendre. »

La République du Congo n’échappe à cette stratégie de conquête de positions clefs sur l’ensemble du continent africain. La Zone Economique Spéciale à Pointe Noire échangée, déjà ou bientôt, contre de la pacotille chinoise vaut largement la concession portuaire accordée par Djibouti au même bénéficiaire ; qui saurait, alors, différentier les intérêts économiques des intérêts militaires ?

Après tout, la conquête de l’Afrique coûtera bien moins cher que celle de la planète Mars ! L’une a déjà commencé et couverte avec de la monnaie de singes, si l’on regarde les dépréciations des infrastructures déjà réalisées et leur utilité douteuse.

A la décharge de nos amis chinois, [la République Populaire du Congo a été la première en Afrique à reconnaître la Chine], Pékin au début des années 2000 ne voulait pas faire crédit aux voyous-mauvais-payeurs de Brazzaville. Malgré l’opulence pétrolière ostentatoirement affichée, il n’était pas question d’aller au-delà des modestes engagements (quelques centaines de millions de dollars) que la Chine avait accordés au Congo. La condition, la seule, préalablement à l’ouverture du robinet des financements chinois était l’obtention par la République du Congo de l’effacement de ses dettes par le Club de Paris.

Tout le monde le sait maintenant, en bonne partie grâce à Congo-Liberty, que le Point d’achèvement au Programme PPTE n’aurait jamais été atteint sans les falsifications grossières, établies de concert par les gestionnaires de la dette congolaise, le ministère des finances conseillé par la Banque Lazard, sous le regard myope et concupiscent des experts du FMI et de l’inénarrable Représentant résident Yaya Moussa ; tous délégués par Dominique Strauss Kahn à faire passer pour plus méritant que méritant le Congo des pillards et des corrupteurs. Très lourde responsabilité dans la ruine qui a suivi…

Cinq milliards et demi de dollars ont été effacés au Congo de Sassou Nguesso. Cette manœuvre a permis à la Chine d’entrer à très bon compte et au moindre risque dans le marigot congolais. La Chine et la Russie, pourtant membre du Club de Paris, n’ont pas été concernées par cet effacement de dette providentiel.

Pour ce qui est du Congo Brazzaville tout plan de sauvetage, par le FMI, aurait le mérite de conforter une fois encore le pouvoir criminel des Nguesso. Il est de la plus grande évidence que la décision du FMI, en 2010, d’accorder le bénéfice du Programme PPTE à l’Etat voyou du Congo des Nguesso a été perçu comme un encouragement à plus de prédations, plus de vols et plus de malfaisances.

Le holà que les Etats-Unis viennent de mettre en direction du Fonds Monétaire International, dont ils sont le premier contributeur, est un signal fort auquel le clan des Nguesso devrait bien réfléchir. Ce petit groupement familial issu d’un tout petit village au sein de la Cuvette a enfin l’opportunité de comprendre que d’avoir joué au porte-avions de la Chine, pour s’accaparer l’Afrique centrale, a constitué un pari risqué pour lequel il faudra assumer toutes les conséquences.

Jusque-là nous avons été très patients. Il est grand temps que le spectacle commence et que nous assistions enfin à leur déconfiture…

Rigobert OSSEBI

(Extrait de congo-liberty.com)

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