Le pied de nez du Général Jean-Marie Michel Mokoko à la justice congolaise

par Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Le pied de nez du Général Jean-Marie Michel Mokoko à la justice congolaise.

Nous ne devons en aucun cas prendre pour acquis notre liberté, notre indépendance. Il nous revient de la réaffirmer en tout temps et en tout lieu.
Le point de référence d’une société civilisée c’est la qualité de sa justice. Force est de constater que les derniers développements judiciaires montrent que le Congo-Brazzaville de Sassou en est encore trop loin. Nous ne désespérons pas de lui faire entendre raison de sa barbarie primitive car il en va de l’intérêt de notre beau pays.

L’heure est grave. Pour le moment, il nous sied de taire toutes nos divergences idéologiques légitimes afin de soutenir la démarche du Général Jean-Marie Michel Mokoko. Le temps des joutes verbales viendra quand le Congo-Brazzaville aura retrouvé sa démocratie assassinée en juin 1997.

Alors que la dictature de Brazzaville fidèle à sa stratégie essaie de nous faire avaler des couleuvres, le Général dans sa missive qui nous est parvenue prend à témoin le peuple congolais sur les dysfonctionnements de cette nouvelle république qui foule au pied des dispositions juridiques antérieures.

Pourquoi dans ce pays, qui n’a de pays que le nom, s’évertue t’on à changer de constitution, à prendre des lois et décrets si ces derniers ne sont pas applicables ? Rien ne nous étonne tant notre pays est devenu un état mafieux. Son chef de gang a prêté serment en 2002 et 2009 devant le monde entier en jurant de respecter la constitution. Mais que nenni, il s’embarqua dans une falsification de l’histoire.

Le Général rappelle tout simplement que nul n’est au dessus des lois. Il ne demande que la loi qui s’applique à son cas en tant que Grand Officier de l’ordre du mérite congolais au vu des décrets N° 86-1044 du 17-11-1986 et N° 2001-179 du 10-4-2001 qui lui confèrent l’immunité juridictionnelle. C’est Norbert Zongo, un journaliste Burkinabè assassiné, qui disait : "Nul n’aura d’avenir dans un pays qui n’en a pas".
Mes chers concitoyens, notre chère patrie va mal car nous sommes désormais soumis au règne de l’arbitraire. Le Général Mokoko n’est pas le seul à subir cette injustice dans cette prison à ciel ouvert qu’est devenu le Congo. Mais force est reconnaitre qu’il est l’un des plus emblématiques d’entre nous. En refusant de répondre à la convocation du Doyen des juges d’instruction du tribunal de grande instance de Brazzaville, il nous rappelle sa voie de la désobéissance civile qu’il a toujours prônée et qui implique le refus des lois injustes. Bien que militaire de carrière, ce dernier a toujours refusé de résoudre les problèmes qui se posaient à lui par la force des armes. La conférence nationale souveraine est là pour nous rappeler son engagement en tant que Chef d’état major. Le dur emprisonnement physique carcéral qu’il subit n’a pas altéré la vision de l’homme.

Nonobstant nos différentes obédiences de pensée, il arrive un moment où il convient de dire unanimement que trop c’est trop. Le peuple congolais serait-il devenu ces montons de panurge avec comme berger maléfique le tyran d’Oyo ?

A tous ceux qui portent une robe, il est temps de dire NON à cette mascarade judiciaire car il en va de votre crédibilité. Certains d’entre vous ont payé cette liberté, cette indépendance par des révocations injustes mais avec le sentiment du devoir accompli. Nous devons faire respecter le peu d’acquis et d’avancées juridiques de notre pays que certains veulent mettre sous le boisseau. "L’indépendance est avant tout une question d’état d’esprit, de volonté et de courage" comme disait l’autre.

Pour ma part, pour paraphraser Victor Hugo, je dirais "Quand la liberté rentrera, je rentrerai au Congo". Toutes nos pensées à ceux qui subissent les foudres et les humiliations quotidiennes du tyran en mal de reconnaissance. Nous avons déjà tourné la page de sa sombre histoire qui s’inscrit dans la lignée des Mobutu, Hitler, Pinochet, Idi Amine Dada, Duvalier, etc.

Le Général Mokoko, officier de haut rang, a choisi la justice à l’injustice, la bravoure au déshonneur. Quoi qu’il advienne soyez assurés de notre soutien indéfectible mon Général là où vous vous trouvez. Vous faîtes pas partie de ces hommes qui poussés par les événements se sont hissés à leur portée. Cet acte de bravoure vous élève au rang d’Homme d’Etat ce dont nous n’avons jamais douté jusqu’à ce jour. Votre seul idéal et boussole comme nombreux d’entre nous est le bien être du peuple congolais. La justice est la clé de voûte d’une société de confiance. Mais, certains magistrats congolais et non des moindres préfèrent la soumission qu’à l’exercice de leur art qui exige d’eux d’être imprégnés par la culture de la neutralité. Où que l’on se trouve, quand nos droits sont bafoués, il y a lieu de signifier notre désapprobation. Le déni de justice n’est pas une spécificité congolaise. Il est l’œuvre en général de ceux qui sont aveuglés par leur toute puissance. Notre certitude fondamentale, c'est que le droit constitue le plus sûr vecteur des valeurs d'une société démocratique.

Général Courage, de part cet acte, vous rallumez la flamme de l’espoir que certains s’évertuent à éteindre par des basses manœuvres. Soyez en rassuré que ce flambeau de la liberté ne s’éteindra plus jamais tant que le peuple congolais n’aura pas retrouvé sa terre promise.
Le mois de mars étant de triste mémoire au Congo-Brazzaville, il nous revient d’être vigilant quant à l’intégrité physique du Général Mokoko. L’irrationnel qui les habite est sans borne. Comme d’habitude, ils sont prêts à marcher sur nos cadavres pour faire triompher leur absurdité. Quoi qu’il en soit, le Général Mokoko a déjà fait don de son corps à la cause qu’il défend, celle de la restauration de la démocratie dans notre pays.

Une justice qui déploie autant d’énergie pour faire condamner un individu à quelque chose d’hallucinant. Maintenant que nous avons vu ce que c’était votre justice de la nouvelle république, vous pouvez condamner le Général Mokoko qui a la conscience tranquille car tout ceci n’est qu’un cirque avec des clowns. Pour notre part, nous ne reconnaissons aucun motif de condamnation à cet homme.
A ses frères d’armes qui ont prêté serment de défendre le peuple congolais, jusqu’où et quand allez-vous laisser que l’on humilie l’un des vôtres ? Demain ce sera votre tour si vous ne vous réveillez pas. La lutte pour la conservation du pouvoir et pour la survie dévorera tous ceux qui ne sont pas de la famille biologique. Cette répression sans fin n’épargnera personne. Le métier des armes que vous avez embrassé est pour défendre le peule congolais et non le maltraiter au service d’un despote.
Nous ne retrouverons la paix effective dans notre pays que quand tous les prisonniers politiques seront libérés. C’est un préalable à la réconciliation nationale.

Laissez-moi, monsieur Sassou, vous paraphraser une assertion d’un personnage, un militaire, du roman "Les Braises" de l’écrivain hongrois Sandor Marai : "Il n’y a pas de plus atroce souffrance pour un homme que de perdre l’estime de soi, et l’homme qui perd la sienne souffre d’une plaie si profonde que même la mort ne peut guérir. Et l’estime de vous, vous l’avez perdue. Voilà pourquoi vous êtes un homme fini monsieur Sassou". Fermons le ban !  

C’est Montesquieu qui écrivait : “Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice.” La magie de la justice congolaise c’est de rendre légal ce qui est illégal. L’illusion est nécessaire pour camoufler le vide qui les habite et c’est là notre drame actuel. Il est temps d’arrêter cette folle machine judiciaire qui a depuis longtemps déraillé.

----Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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