Congo-Brazzaville : L'état des lieux de l'opposition congolaise

L’opposition congolaise se réduit comme peau de chagrin tant les ralliements s’accélèrent sous de multiples formes, on a touché le fond. Peut-on être opposant dans la diaspora et membre du PCT ou de l’UPADS ? Tel est le dilemme cornélien de certains, d’être ou ne pas être.

Congo-Brazzaville : L‘état des lieux de l’opposition congolaise

Les rats, ces rongeurs nuisibles, quittent le navire et ce n’est pas pour nous déplaire.

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Alors que le sieur Pascal Tsaty-Mabiala, secrétaire général de l’UPADS (sous section du PCT), est en villégiature en Europe aux frais de la princesse pour « des raisons de contrôles médicaux », certaines voix de la diaspora s’élèvent pour vouloir rencontrer celui nommé par le pouvoir de Brazzaville qui discrédite le mot opposition. Le chef de l’opposition congolaise déserte l’hôpital général spécialisé d’Oyo pourtant flambant neuf et le CHU de Brazzaville pour d’autres cieux, alors que ses militants et surtout le peuple congolais y périssent tous les jours en masse. C’est humainement compréhensible mais politiquement désastreux. Y croit-il lui-même à la politique qu’il mène ? Le changement ne viendra qu’en prônant l’exemple.  

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L’opposition congolaise se réduit comme peau de chagrin tant les ralliements s’accélèrent sous de multiples formes, on a touché le fond. Peut-on être opposant dans la diaspora et membre du PCT ou de l’UPADS ? Tel est le dilemme cornélien de certains, d’être ou ne pas être.

En même temps, le brave type Paulin Makaya, sujet Britannique de sa Majesté par ailleurs, qui a subi dans sa chair la torture et les affres de l’humiliation, est interdit de sortie du territoire congolais pendant que d’autres se pavanent avec des titres gonflants et ronflants. Sassou ne récompense que les poltrons et traîtres acquis à sa cause.

Lassés de notre combat et ne voyant aucune action concrète, certains d’entre nous veulent encore rêver des temps jadis en s’accrochant à la bouée de sauvetage et aux chants des sirènes de l’homme de Mpila.

La période de l’élection présidentielle n’est-elle pas celle propice aux marchandages et aux débauchages des esprits politiques faibles ? La chasse a commencé. L’opposition congolaise ne peut se résumer à ces quelques individus attirés par l’appât du gain facile qui consiste à s’inviter au buffet de la honte pendant que le peuple crève de faim.

Toujours est-il qu’il n’est pas difficile de trouver des passerelles entre le PCT (Parti congolais du travail) et l’UPADS (Union panafricaine pour la démocratie sociale). Ce dernier n’a-t-il pas été créé par les anciens du PCT  qui à ce jour continuent de truster les postes de responsabilité au sommet de l’État tant au niveau de l’opposition que de la majorité présidentielle ? Ces liaisons incestueuses rajoutent davantage à la confusion ambiante qui règne dans notre pays. Ce sont les mêmes qui se reproduisent entre eux au point d’enfanter des monstres.

Le pot aux roses vient d’être dévoilé et il serait souhaitable pour la clarté du débat politique que l’UPADS se dissolve dans le PCT dont elle est une marionnette. Point d’idéologie pour ce parti à base tribale dont la légitimité ne reposait que sur la personne de Pascal Lissouba aujourd’hui rangé des affaires politiques. Après lui le vide sidéral se ressent et le PCT tel une pieuvre  fait main basse sur ce machin.

Le spectacle auquel se livre l’opposition congolaise ces temps derniers est désastreux et n’augure rien de bon. Des nominations aux appels du pied et à la reconnaissance de certains rebelles d’hier tout y passe sans pour autant que la souffrance du peuple congolais ne soit allégée. Les bras m’en tombent. La résolution du conflit du Pool se fera dans un cadre national et non avec quelques individus louches triés sur le volet.

La politique au Congo-Brazzaville a toujours été jusqu’à présent une affaire de gros sous et de jouisseurs soucieux d’avoir à leur côté des valets corvéables à merci. Le trésor public est leur butin de guerre qu’ils dilapident pour des futilités. L’intérêt de la nation, la boussole de notre action politique est renvoyée aux calendes grecques.

Du « plan quinquennal » qui avait glissé avec un plan d'ajustement structurel, au « plan triennal » inexistant, du « chemin d’avenir » pavé d'écueils tant l’argent des générations futures a été dilapidé à « plus loin ensemble » dans la médiocrité, rien n’a changé  pour le citoyen lambda. Autant de milliards de francs CFA évaporés et cachés dans des paradis fiscaux que nous traquerons et ramènerons au Congo-Brazzaville.

Mon Congo pleure des larmes de sang tant la douleur qui le tenaille est atroce. Il est plus qu’urgent de se pencher au chevet de ce corps malade afin de soulager ses maux nommés corruption et mal-gouvernance.

Ressaisissons-nous et analysons froidement la situation politique actuelle du coté de l’opposition responsable. Force est de constater, loin des petits calculs politiciens, qu’aucune élection présidentielle crédible ne pourra se faire sans Jean-Marie Michel Mokoko, André Okombi-Salissa et tous les autres compagnons de lutte qui croupissent en prison. Deux de nos frères du Nord injustement emprisonnés et dont le seul tort est d’avoir affronté le dictateur qui considère comme acquis à sa cause tout citoyen congolais ressortissant du Nord du Congo-Brazzaville. Ne les récompense t-il pas assez pour qu’ils osent braver son autorité qu’il détient de Dieu dans une république ? C’est l’absurdité à son comble.

Le prochain congolais du Nord qui osera se présenter contre le tyran aura le même destin que les deux précédents. Ainsi toutes les velléités ou ardeurs seront refrénées et refroidies de peur de subir la foudre du prince d’Édou. Cette chape de plomb n’a qu’un seul but, celui de faire de Sassou le seul garant des intérêts des Congolais du Nord par opposition à ceux du Sud qui veulent lui arracher son pouvoir. Cette dualité a le mérite de l’opposer à ses opposants dociles choisis dans le Sud du pays. Quoi qu’il en soit, tous nos frères du Nord ne sont pas nourris « au lait et au miel » expression consacrée à la gabegie et au pillage éhonté de notre pays par des compatriotes insouciants du bien commun.

Factuellement, même au risque de me tromper, Jean-Marie Michel Mokoko est pour l’heure l’unique homme politique susceptible de rassembler les Congolais du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest dans une transition. Ce constat ne préjuge en rien de ce que fera l’homme une fois au pouvoir. Seul l’avenir nous le dira. Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument. Ainsi, il sera de notre devoir de mettre toute notre énergie pour éviter les dérives que nous vivons aujourd’hui si cela arrivait. Dans nos contrées, la science fiction n’est jamais aussi éloignée de la réalité d’où la nécessité d'avoir des vigies de la république. L’équilibre réel des pouvoirs sera la clé de voûte de notre prochaine constitution.

Mais, le messie tant espéré par de nombreux congolais est en prison par la volonté d’un seul homme qui n’a pas accepté la candidature de ce dernier et l’a vécu comme un affront personnel.

La politique congolaise actuelle se résume à un affrontement entre le Nord et le Sud du pays. Les nominations dans tous les corps de métier en faveur de nos frères du Nord et en défaveur de ceux du Sud n’est plus un secret pour personne, si bien que certains hauts dignitaires de cette barbarie s’interrogent sur leur sort après le naufrage de ce Titanic. Aucune crainte car notre but est de ne point nous comporter comme nos tortionnaires. Toutes les forces vives congolaises travaillent pour l’avènement d’un Congo démocratique libéré de toute dictature.

A défaut du champion, de l’homme providentiel qui n’existe pas, il est de notre ressort de nous organiser afin de ne pas tomber dans la léthargie et des incantations inutiles. Gardons l’initiative et mettons de coté nos ego. En face, ils préparent la guerre pour la paix des cimetières comme à leur habitude.

Pour notre part, une réorganisation de toute notre opposition  plurielle est plus que nécessaire avec un programme de gouvernement qui nous fait défaut depuis l’élection présidentielle de mars 2016. Le départ de monsieur Sassou bien que nécessaire pour l’apaisement de la situation politique actuelle n’est pas un projet de société pour lequel le peuple nous accordera sa confiance. Néanmoins cet homme est très clivant. Il est le problème et donc ne peut en aucun cas être la solution. Le penser ou même l’effleurer serait une hérésie.

La vie politique au Congo-Brazzaville ne peut s’arrêter pour des aléas. Il faut clarifier nos idées afin de les faire triompher. Nos revendications sont connues de ce pouvoir et il ne tient qu’à lui d’y répondre. Dans le cas contraire nous devrions changer radicalement nos actions.

Le leadership est contextuel, être au bon endroit au bon moment. A nous de saisir la balle au rebond car le peuple congolais désespère de ne point trouver des solutions à ses problèmes basiques de la vie quotidienne.

Le Congo-Brazzaville traverse des moments très difficiles qu’il faille en ce moment nous épargner des annonces de candidatures fantaisistes, qui font le jeu de Sassou, à l’hypothétique et illusoire élection présidentielle de 2021 dans une dictature. Mais nous sommes dans un esprit démocratique et chacun a le droit de s’exprimer. Espérons que tout ceci ne soit pas téléguidé par le tyran en mal de challengers crédibles pour amuser encore une fois la galerie.

Nous sommes cette génération qui doit faire la politique autrement et qui doit prendre ses responsabilités afin de mettre le Congo-Brazzaville sur orbite. Puisse ce jour là le soleil se lever et le Congo resplendir après une longue nuit.      

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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