Le palace volant caché de 150 millions $ du dictateur Sassou Nguesso

Une voiture est faite pour rouler. Qui pourrait, à part de très rares collectionneurs, avoir l’idée d’en acheter une neuve pour la mettre dans un garage, sans jamais s’en servir ? Il en est de même, et surtout pour les avions qui coûtent beaucoup plus cher ; avions privés ou d’une compagnie aérienne, ils doivent voler !

Après les 50 millions $ volés par Kiki : le palace volant caché de 150 millions $ du dictateur Sassou Nguesso

Par Rigobert OSSEBI

Une voiture est faite pour rouler. Qui pourrait, à part de très rares collectionneurs, avoir l’idée d’en acheter une neuve pour la mettre dans un garage, sans jamais s’en servir ? Il en est de même, et surtout pour les avions qui coûtent beaucoup plus cher ; avions privés ou  d’une compagnie aérienne, ils doivent voler ! Alors, quand il s’agit d’un Boeing 787-8 Dreamliner, dont le prix d’achat tourne autour de 150 millions de dollars (100 milliards de FCFA) il est impossible d’imaginer raisonnablement que quiconque puisse en acheter un pour le trimbaler d’un hangar à un autre pendant les quatre premières années qui suivent sa sortie d’usine ; en ne le faisant voler qu’une vingtaine ou trentaine d’heures. A moins de s’appeler Denis Sassou-Nguesso et de s’amuser avec l’argent du Peuple congolais… ! L’incroyable parcours du P4-BDL Boeing 787-8 Dreamliner ne pourra que conforter cette affirmation !

Alors oubliez les petits 50 millions de dollars seulement, volés par Denis Christel, les 20 millions de dollars qui ont profité à Claudia pour s’acheter un appartement à la Trump Tower ! Ce sont des milliards de dollars qui ont été volés, détournés par un petit gang grâce à la complicité d’opérateurs pétroliers, de financiers, de banquiers et de fonctionnaires internationaux. Le Boeing 787-8 Dreamliner n’est qu’un modeste accessoire parmi ces vols immenses !

La très récente initiative, de la Plateforme de la Société Civile pilotée par l’Observatoire congolais des Droits de l’Homme (OCDH) de lancer des poursuites contre Denis Christel et Claudia Sassou Nguesso, est à saluer. Elle devrait également engager des actions à l’encontre des complices cités plus haut et solliciter l’aide internationale pour récupérer le Boeing 787-8 qui avait été commandé par ECair, dont la disparition de son patrimoine est des plus obscures. Ce sont bien entre 100 et 150 millions de dollars qui ont disparu en même temps que cet avion. Le Peuple congolais, ses enfants malnutris, ses retraités désespérés, ses étudiants abandonnés sans bourse à l’étranger, doivent en retrouver la propriété pleine et entière !

 Les coups de colère du dictateur font ramper ses collaborateurs. Le moindre mauvais regard les fait trembler de peur. L’actuelle crispation du vieil autocrate, un caprice d’enfant, repose sur le bel avion dont il est privé ; un joujou, «  son joujou » à près de 150 millions de dollars auquel il n’a pas accès. Il en a assez de louer des avions qui tombent en panne alors qu’il doit rencontrer Vladimir Poutine, ou de rentrer à Brazzaville comme un vulgaire avion-stoppeur, dans un appareil saoudien ou qatari. Il veut récupérer son avion ; lui, Denis Sassou Nguesso, le tyran qui voyage le plus au monde et dont la principale occupation de ses ministres est de s’aligner pour le saluer, à ses arrivées et départs, le long d’un tapis rouge à Maya-Maya, aéroport de Brazzaville.

Le joujou en question est le Boeing 787- 8 Dreamliner immatriculé HB-JJJ, sorti de l’usine du constructeur à Everett, le 16 mai 2015. Il était encore programmé pour Privatair, dès le 17 du même mois, mais la compagnie suisse n’a pas pu en prendre livraison, sûrement parce qu’elle était, dépendante d’ECair, incapable de payer le reliquat, de 40 millions de dollars, encore dû à Boeing. [Rappelons que la commande initiale d’ECair à Boeing (via Privatair) portait sur deux Boeing 787-8 Dreamliner ; par manque de trésorerie et à cause du défaut de paiement, un seul appareil a dû être livré grâce à l’acompte.] Son immatriculation a été changée une première fois le 20 mai ; et le 25 mai 2015 l’avion blanc, sans autre inscription que sa nouvelle immatriculation N887BA, s’envolait pour un premier voyage de près de 3 heures pour l’aéroport de Victorville dans le désert du Nevada, où il allait rester près de trois années en stationnement…

Le 10 juillet 2015, la propriété de l’avion avait été transférée à la Bank of Utah Trustee en garantie de la créance Boeing. Peu avant, le 6 avril 2015, le Conseil d’administration de Privatair nommait à sa tête un nouveau PDG, Antonio Menezes, un Portugais des Açores. Il remplaçait, à l’occasion d’un mouvement de capital,  Greg Thomas, le Suisse-Allemand qui avait été à l’origine de l’ascension de la compagnie. La suspicion d’une prise de participation des Nguesso et/ou de José Veiga restera entière. La faillite qui s’en suivra confortera cette hypothèse. Privatair, fleuron de l’aviation d’affaires en Suisse déposera son bilan au début décembre 2018 après avoir pompé des centaines de millions de dollars à ECair ; elle-même dans une faillite que le Congo refuse de déclarer !

Durant son stationnement dans le désert du Nevada, le créancier Commissimpex aurait sans succès tenté de saisir l’appareil.

Le 22 mars 2018, presque trois années plus tard, les protections de l’avion blanc étaient retirées et l’on apprenait qu’il avait été vendu à SOMON AIR, une compagnie aérienne du Tadjikistan. Un coup de pinceau sur l’appareil pour y inscrire sa nouvelle immatriculation P4-BDL, curieusement pavillon d’Aruba, île néerlandaise située dans la Mer des Antilles ; le 23 mars, le Dreamliner quittait enfin l’aéroport de Victorville. Atterrissage à Amsterdam, à l’aéroport de Schiphol après une douzaine d’heures de vol. Il ne se rendra jamais au Tadjikistan patrie de son prétendu acquéreur, jusqu’au 8 août 2019, il se trouvait encore sur le terrain de sa première escale ! Les registres de l’aéroport néerlandais mentionnaient le nom du nouveau propriétaire, la société Wenham Overseas LTD  sans doute domiciliée dans une autre île, Vierge ou Bahamas… !

D’un hangar de stationnement à un autre, tous les observateurs s’étonnaient de la présence prolongée de l’appareil acheté par Somon Air. Jamais le Boeing 787-8 n’a figuré dans la communication de la compagnie du Tadjikistan. Ce dernier pays doit se trouver dans la liste des fournisseurs d’armes ou d’hélicoptères du dictateur congolais et c’est un service gracieux ou payant qui a été offert à Sassou ou à Boeing pour extraire l’appareil de son long stationnement dans le désert du Nevada. Boeing n’a pas été très clair dans cette affaire. A deux reprises le constructeur américain a sciemment traité avec des structures de blanchiment de l’acquisition du Dreamliner : une première fois Privatair (au véritable propriétaire incertain) et une seconde fois avec Somon Air qui n’avait strictement pas besoin de ce genre d’appareil !  « Due dilligence zéro ! »

Boeing a-t-il remboursé Privatair/ECair des acomptes encaissés jusqu’à la sortie de l’avion ? Ou bien Boeing s’est-il rendu complice d’un tour de passe-passe comptable, qui aurait permis au véritable destinataire de l’appareil, par exemple Monsieur Denis Sassou Nguesso, d’en devenir personnellement propriétaire au travers d’un montage opaque de récupération dont la seconde étape a été son acquisition par Somon Air ? Les acomptes versés par Privatair/Ecair étaient de « l’argent public » de l’Etat congolais. Wenham Overseas LTD en est-il devenu le bénéficiaire ???

Durant ces quelques derniers mois de stationnement à Amsterdam, le Dreamliner aurait perdu un de ses moteurs comme plusieurs témoins en ont attesté. Global Jet du Luxembourg est annoncé comme opérateur et il semblerait que cette société conduise les travaux (sûrement fastueux et infiniment coûteux) de reconditionnement de l’appareil en un palace volant, survolant tout ce qui se fait  actuellement pour les versions VIP de ce genre d’appareil. D’ailleurs, le pouvoir marxiste qui a fait disparaitre deux présidents et un cardinal en mars 1977, est un fin connaisseur de ces appareils que seuls de grands voleurs et des oligarques peuvent s’offrir : Denis Sassou Nguesso a dernièrement testé pour un voyage en Egypte un même Dreamliner de Deer Jet (http://en.deerjet.com/shared/usus.html ) Cela lui avait couté plus d’un million de dollars pour quelques heures de vol (74.000 dollars l’heure plus mise en place, heures de stationnement etc…). Il a pu ainsi se rendre compte de la splendeur de son avion lorsque les travaux seraient terminés. Peu importe leurs coûts, le FMI et la Banque Mondiale, l’AFD lui apporteront quelques milliards d’argent public pour compenser ces dépenses aussi exorbitantes que mal appropriées.

Très éloignée de ce gaspillage, la représentante du Fonds des Nations-Unies pour l’enfance (Unicef) au Congo, Micaela Marques De Sousa a l’occasion de la célébration de la journée de l’enfant africain, le 16 juin dernier, a mis en avant un rapport sur la situation des enfants et des adolescents congolais. Selon cette étude, pour un pays qui compte environ 5 millions d’habitants, 1,3 million d’enfants subissent des privations dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l’éducation, de la protection, de l’assainissement, de l’habitat et de l’accès à l’information.

Cette situation est révoltante pour un pays si riche de matières premières et dont la réalité de la production pétrolière est savamment masquée par les opérateurs afin de mieux en permettre le détournement qu’en fait Sassou Nguesso. Les petits congolais ne sont pas près de manger à leur faim. Le dictateur refuse même que les étudiants, qui n’ont pas perçu leur bourse, manifestent leur mécontentement. « Ils déshonorent le Congo ! » selon le  Nicolas Ceausescu de l’Alima.

Tout de même curieux que depuis le temps qu’ils le fréquentent les experts et les dirigeants du FMI, qui vient de lui accorder un plan de sauvetage, ne se soient pas rendu compte, à qui, ils avaient à faire… !

Rigobert OSSEBI

(SOURCE : www.congo-liberty.com)

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