Le génocide oublié du Pool au Congo-Brazzaville.

"Silence on tue" est le titre de ce mauvais film qui se joue sous nos yeux dans le département du Pool, et ce avec la complicité de la communauté internationale notamment de la France, parrain et allié objectif de notre tristement célèbre dictateur. Les droits économiques ont supplanté les droits de l’Homme dans notre monde contemporain.

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"Silence on tue" est le titre de ce mauvais film qui se joue sous nos yeux dans le département du Pool, et ce avec la complicité de la communauté internationale, notamment de la France, parrain et allié objectif de notre tristement célèbre dictateur. Les droits économiques ont supplanté les droits de l’Homme dans notre monde contemporain.

Tant il est vrai que le seul génocide qui suscite la compassion de nos "amis occidentaux" est celui des Rohingyas en Birmanie, pour la double raison qu’ils ne sont ni Noirs ni Africains, et ils vivent dans le pays du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi. Les nombreux prix littéraires internationaux de nos brillants hommes de lettres tels qu’Alain Mabanckou, Henri Lopes, Emmanuel Dongala, etc., n’ont pas permis ou suffi à attirer la lumière sur le Congo-Brazzaville qui se meurt. Ce qui me pousse à dire que nous avons encore beaucoup de boulot avant que même la providence ou un Dieu malin en glissant l’imprévu vienne au secours des Congolais qui sont dans un état d’insalubrité avancée, mentale, physique, sociale, économique et politique.

Notre histoire en tant que Noirs et accessoirement Africains est cruelle depuis la nuit des temps. Quel que soit l’endroit du globe où l’on se trouve, nous n’aurons jamais les mêmes droits que les autres êtres humains. Marqués au fer rouge, nous portons notre croix quotidiennement.

Mais, le Congo-Brazzaville n’est pas un pays dépeuplé nonobstant la mortalité qui galope depuis que cet État démissionnaire a laissé à l’abandon tout le peuple congolais pour ne se consacrer qu’aux futilités d’une communication bancale tant nationale qu’internationale. En paraphrasant Arthur Erickson, je dirais que : "Pour certains l’illusion est nécessaire pour camoufler le vide intérieur qui les habite". Mais ici le drame c’est que c’est un vide sidéral dans un silence sidéral.

Le Congo-Brazzaville n’est même plus un État embryonnaire en devenir mais un État mort-né depuis la guerre du 5 juin 1997. Il nous reviendra d’en créer un autre en ayant fait le point sur tout ce qui n’a pas marché. Nous n’allons pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Tout le département du Pool est bouclé par des truands en armes et personne ne peut y accéder. Nos villages sont brûlés, les hommes tués, les femmes violées et nos frères et sœurs réfugiés dans la forêt. Les plus valides sont poussés à l’exil car le fait de revendiquer ses droits est devenu un crime de lèse majesté. Nous sommes l’objet de toutes les haines de la part de nos persécuteurs. Tout recommence ce fameux 4 avril 2016 avec la pseudo agression des quartiers Sud de Brazzaville. Combien de Kongos sont depuis morts à ce jour ? Après l’enfer des tribunaux populaires révolutionnaires voilà que ces massacres des Kongos passent à l’échelle industrielle. Combien de charniers allons-nous découvrir à la fin de cette épuration ethnique ?

A croire qu’il n’y a plus de place pour nous dans cette société congolaise. Les discriminations sont quotidiennes et ils veulent que nous devenions des esclaves. A défaut de nous apporter de l’eau potable, ils nous créent des rivières de larmes de sang rouge tel leur drapeau de la honte. C’est la tragédie du peuple le plus persécuté du Congo-Brazzaville. Quoi qu’il arrive nous réaffirmons haut et fort que notre peuple doit vivre en paix dans un Congo libre de toute intolérance. Pour notre devoir de mémoire ce crime contre l’humanité ne restera pas impuni car derrière toute tragédie il y a un commanditaire.

Le génocide qui se déroule à huis clos dans le Pool est une plaie qui mettra des générations à cicatriser eu égard au pardon, sans pour autant oublier, que nous accorderons à nos bourreaux. Le plus important pour nous c’est de mettre fin à cette guerre civile et d’aller de l’avant car l’intérêt national prime avant nos états d’âmes. Notre grandeur nous oblige à nous surpasser dans de telles circonstances.

Il nous reviendra d’analyser les mécanismes qui depuis plus de 40 ans poussent certains d’entre-nous à systématiquement s’en prendre aux populations du Pool quand leur soi-disant pouvoir est menacé. Les massacres perpétrés par le triste CMP (Comité militaire du parti) à la suite de la tragique mort de Marien Ngouabi dont ils étaient les principaux responsables, n’ont jusqu’alors trouvé aucune justification plausible sinon que semer la graine de la discorde. La violence appelant la violence, ils l’ont érigé en mode de gouvernance. Depuis lors, ils s’en prennent systématiquement à tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Personne n’est épargné. Même les amis d’hier sont devenus les ennemis d’aujourd’hui qu’il convient de broyer car au Congo-Brazzaville aucune tête ne doit dépasser hormis celle du tyran. Si au moins il était une lumière pour nous éclairer. Force est de constater que point de lumière pour nous et notre pays s’enfonce au jour le jour dans les profondeurs des ténèbres.

La résistance s’organise. Tout le pays vit au rythme du service minimum suite aux différentes grèves déclenchées ça et là par les acteurs de la société civile. La grève n’est pas qu’un droit constitutionnel, mais aussi le signe d’un mécontentement généralisé après plus de 40 ans de servitude et de gabegie en tout genre.

Il y eut des leaders syndicaux dans notre pays qui firent plier le despote en 1991 avant que ce dernier ne revienne par la force des armes seul moyen d’expression à sa disposition. Ceux-ci sont aujourd’hui aux abonnés absents et ont vite fait de rejoindre la horde des charognards qui festoient sur les cadavres des Congolais. La relève est là, celle qui tel un ouragan emportera ce monde politique désuet. Tous les éléments constitutifs d’une crise sont présents et il ne nous reste plus que l’élément déclencheur. A nous d’allumer la mèche de cette dynamite de la liberté.

Peuple du Pool et à travers vous tout le peuple congolais, n’ayez pas peur. Tous les jours nous portons le fardeau de vos souffrances. Il ne se passe pas un moment sans que nous ne puissions phosphorer pour trouver les voies et moyens de cette sortie de crise. Les résistants du Pasteur Ntumi qui sont avec vous pour vous protéger des exactions de ces terroristes ne doivent pas être considérés comme des ennemis. S’ils n’étaient pas là, notre Pol Pot avec ses Khmers rouges auraient déjà rasé notre contrée pour en faire des terres agricoles à distribuer aux étrangers sans compter toutes nos richesses minières.

Les Kongos sont devenus les damnés du Congo-Brazzaville. J’invite ces damnés de la terre, ces forçats de la paix à se tenir prêts car l’heure de la libération arrive. Il ne peut en être autrement n’ayant pas choisi en Homme libre de vivre sous la dictature.

"Tout Homme doit mourir un jour mais toutes les morts n’ont pas la même signification" chantait dans "Les Immortels" l’un de nos illustres aujourd’hui disparu Franklin Boukaka. Allons-nous accepter de mourir simplement parce que nous sommes du Pool, des Kongos pour notre tyran, et des Noirs pour la France ? Tel est le débat qui se pose à nous ressortissants du Pool, à nous les Congolais artisans de cette paix qui transcende tous les clivages artificiels créés par ceux qui veulent nous diviser. Tel un phénix nous renaîtrons de nos cendres. Ce temps n’est plus que jamais proche avec notre opposition unie dans et au-delà de nos frontières. Nous devrions être à la hauteur des aspirations légitimes que le peuple congolais place en nous. Ce peuple aspire à vivre en paix dans un pays démocratique dans lequel seule la loi sera le vecteur de la cohésion nationale pour un développement dans une justice sociale.

J’en appelle à la prise de conscience de chacun d’entre-nous afin de trouver comme en 1991 les ressorts qui nous permettent de recouvrer notre liberté, notre souveraineté face à cette horde de barbares qui nous servent de guignols devant la communauté internationale.

Que l’on soit Vilis, Mbochis, Kongos, Tékés, Bembés, etc., "Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui" dixit le révérend Pasteur Martin Luther King. La vertu est une question de choix et le vice n’est jamais loin de la vertu.

Congolais nous sommes tous, Congolais nous resterons à jamais.

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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