(Congo) Brazzaville ne souffle mot face à la condamnation de Gunvor

Les populations du Congo-Brazzaville allaient enfin assister à la chasse aux voleurs en cols blancs. Certains congolais voyaient dans le gargarisme lexico-politique de Denis Sassou Nguesso un durcissement du verbe qui présage d’un arsenal répressif. Il ne s’en est rien suivi. Les scandales financiers... se heurtent à un silence de cimetière des autorités judiciaires du Congo-Brazzaville.

BRAZZAVILLE NE SOUFFLE MOT FACE A LA CONDAMNATION DE GUNVOR

Le khalife d’Oyo, Denis Sassou Nguesso avait juré d’être intraitable. L’homme d’Edou-Penda avait durci le ton. « Il n’y aura ni menu fretin ni gros poisson dans la lutte contre la corruption  ».

Silence de cimetière

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Les populations du Congo-Brazzaville allaient enfin assister à la chasse aux voleurs en cols blancs. Certains congolais voyaient dans le gargarisme lexico-politique de Denis Sassou Nguesso un durcissement du verbe qui présage d’un arsenal répressif. Il ne s’en est rien suivi. Les scandales financiers au retentissement international qui touchent les proches de Sassou Nguesso se suivent et se heurtent à un silence de cimetière des autorités judiciaires du Congo-Brazzaville.

Le négociant en matières premières Gunvor a été condamné par la justice suisse pour corruption. La justice suisse a indiqué jeudi 17 octobre 2019 qu’il devra payer près de 85 millions d’euros (94 millions de francs suisse) pour des faits liés à ses activités au Congo et en Côte d’Ivoire.
Dans un communiqué, le bureau du procureur général de la Confédération (MPC) explique qu’« en raison de graves défaillances dans son organisation interne », le négociant genevois « n’a pas empêché, entre 2008 et 2011, la corruption d’agents publics de la République du Congo et de Côte d’Ivoire, corruption qui avait pour but l’accession aux marchés pétroliers » de ces pays.

Il condamne donc «  l’entreprise Gunvor au paiement d’un montant de près de CHF 94 millions  », dont 4 millions d’amende qui seront versés au canton de Genève, où se trouve les bureaux de Gunvor. Les 90 millions restants seront versés à la Confédération sous forme de « créance compensatrice », correspondant à la totalité des profits réalisés par Gunvor sur les affaires en cause menées au Congo et en Côte d’Ivoire.(Le Temps, 17 octobre 2019).

Faux-semblants

  Les agitations politiques et les gesticulations médiatiques ainsi que les coups de menton du fils de « Mama Mouébara » ne trompent personne. Au Congo-Brazzaville, il y a belle lurette que l’institution judiciaire ne fonctionne plus correctement. Elle chante l’air du temps qui a cours dans les allées du pouvoir PCT : « Ebonga, ébonga té, toujours meilleur  ». Sur instructions de Denis Sassou Nguesso, le parquet de Brazzaville allait donc changer de politique à l’égard des pilleurs des deniers de l’Etat.

Foutaise ! Les populations du Congo-Brazzaville qui assistent au dépouillement de l’Etat dans divers domaines sont dubitatives. A juste raison. Les rapports de Global witness, les publications de panama papers et de paradis papers qui indexent Christel Sassou, Claudia Sassou, Edgar Nguesso, Willy Nguesso, Antoinette Sassou, Isidore Mvouba, Gilbert Ondongo, Jean-Jacques Bouya, Denis Ngokana, Lucien Ebata, Jean-Dominique Okemba, Bruno Jean Richard Itoua, Rodolphe Adada, Henri Djombo,Willy Etoka, … ne s’accompagnent guère d’une ouverture d’information judiciaire au Congo-Brazzaville.

Ils se la coulent douce

Le trader pétrolier Gunvor a été condamné en Suisse à une lourde amende pour corruption en Côte d’Ivoire et au Congo-Brazzaville. Les hommes politiques et les agents du secteur pétrolier corrompus par Gunvor se la coulent douce au Congo-Brazzaville. Les 48 mesures édictées par le Fonds monétaire international (FMI) tardent à se mettre en place. Le 11 juillet 2019, après un peu plus de deux ans de laborieuses négociations, le Congo-Brazzaville avait enfin signé avec le FMI, un accord de facilité élargie de crédit (FEC) de trois ans, pour un montant de 448, 6 millions de dollars, soit 224 milliards 300 millions de FCFA. A sa signature, cet accord avait été assorti de conditionnalités. Au nombre de celles-ci, un organe de lutte contre la corruption. La haute autorité de lutte contre la corruption (HALC) censée sévir contre cette gangrène avance à pas de loup. Le règne de l’impunité se poursuit. Vous avez dit lutte contre les malversations financières et la corruption ? Balivernes !

  Benjamin BILOMBOT BITADYS

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