Congo : Distribution nocturne de cash chez le TPG

L’histoire qui suit est aussi véridique que le Congo n’est plus un pays au sens conforme du terme mais, un vrai capharnaüm où la corruption a atteint un niveau inégalé sur l’échelle de la criminalité. L’ordre sera assurément très difficile à rétablir tant les valeurs y sont non pas inversées, mais carrément incurvées.

par : Fridolin Nganga Mpaka

15 mars

Distribution nocturne de cash chez le TPG

franc-cfa
L’histoire qui suit est aussi véridique que le Congo n’est plus un pays au sens conforme du terme mais, un vrai capharnaüm où la corruption a atteint un niveau inégalé sur l’échelle de la criminalité. L’ordre sera assurément très difficile à rétablir tant les valeurs y sont non pas inversées, mais carrément incurvées.

Un soir de l’année 2008, il est environ vingt heures à Brazzaville, l’astre diurne s’est retiré dans son firmament laissant place à une véritable étuve. Un jeune sous officier de l’armée, ancien guerrier ayant servi dans les escadrons de la mort déployés dans la région honnie du Congo, recyclé en homme multifonctions, notamment chauffeur de l’imposant parc automobile du directeur général du budget a achevé son service journalier. Malgré l’activité de son ventilateur réglé à son maximum, une sueur drue perle de son front avant de finir sa coulée sur le col de sa chemise élavée par la chaleur tropicale. Armé de sa télécommande, il zappe les chaînes les unes après les autres, à la recherche d’un programme divertissant pour la soirée, quand son portable sonne avec insistance. C’est son employeur qui appelle. Il se précipite alors sur son appareil. La communication se déroule en langue locale : Lingala.

Allô !
Où es-tu ? Demande le directeur général
Je suis chez moi chef, répond le chauffeur.
Vient vite à maison, ordonne le directeur.
Le militaire-chauffeur contrarié par ce dérangement inopportun s’apprête à toute vitesse avant de monter dans sa voiture rejoindre son chef dans les entrailles des quartiers nord de Brazzaville à Talangai.
Il retrouve quelques minutes plus tard son patron qui commence à trépigner d’impatience. Il lui tend un trolley d’environ quarante litres et la clé d’un 4x4 beige métallisé.
On va chez le TPG, lance le chef.
Octogénaire et inamovible le trésorier payeur général de la tyrannie tropicale est un proche parent du tyran sanguinaire. Il tient et se maintient au poste depuis que le dictateur est revenu aux affaires après une guerre sanglante en 1997. Il habite une bâtisse cossue qui jouxte une pâtée de taudis. Le véhicule du directeur du budget s’engouffre dans la villa cernée par des murs hauts comme un centre pénitencier.
A l’intérieur de la maison, les couloirs menant à la pièce principale des sacs ficelés qui s’apparentent à du foufou (manioc séché).
Le TPG reçoit ses invités dans un vaste salon richement décoré. Un domestique - originaire du Pool comme c’est la mode dans le milieu des pontes de la tyrannie - surgit avec empressement demander s’il veulent boire quelque chose avant de disparaitre derrière les cloisons du vaste séjour. Il réapparaît quelques instants plus tard chargé d’un plateau argenté où trônent des boissons alcoolisées qu’il pose sur une table basse positionnée au centre de la pièce.
Le TPG appelle un autre employé de la maison auquel il demande, en dialecte mbochi, d’apporter un des sacs qui jonchent le couloir. Le sac est traîné non sans peine jusqu’aux pieds du TPG qui lui ordonne aussitôt de sortir de la pièce.
Le trésorier de la tyrannie demande ensuite au chauffeur d’ouvrir le sac au niveau des coutures avec une paire de ciseaux qu’il lui tend. Le chauffeur s’exécute et déclenche une avalanche de liasses essentiellement de grosses coupures se répand sur la moquette.
Où est ta valise ? lance le TPG au directeur.
Le responsable du budget indique de son index le trolley posé sur ses quatre roues à quelques encablures de la porte menant dans le couloir.
Toi aussi vraiment c’est tout ce que tu as amené comme sac ? s’étonne le TPG avec son accent chantant très caractéristique chez les originaires du septentrion.
Ah je crois que la valise ne va pas suffire, poursuit le TPG, d’un air contrarié.
C’est combien ? Interroge le directeur
Heu petit, charge seulement ce qui peut entrer dans cette valise.
Le chauffeur ancien guerrier s’emploie sans tarder.
Le chargement prend du temps d’autant qu’il s’exécute en rangeant les liasses les unes sur les autres de manière très organisée, ce qui impatiente le TPG qui lance au chauffeur :
Oh petit ! Tu n’as jamais fait un déménagement ?
Déstabilisé par la question, le chauffeur est gagné par le stress, la montée de pression ouvre littéralement les écluses de la sueur dégoulinant par ses aisselles malgré l’air conditionnée.
Quelques instants après qui lui ont paru une éternité, la valise inondée de liasses est remplie à ras-bord. Mais le plus dure reste à venir parce qu’il devient maintenant difficile de fermer le trolley. Le chauffeur presse alors de tout son poids en s’aidant de ses deux genoux quelques efforts appuyés plus, il parvient enfin à boucler la satanée valise qui se cambre sur les deux côtés.
C’est alors que le TPG se lève de son canapé et introduit sa main droite dans la poche intérieure gauche de son veston pour sortir une liasse qu’il tend au chauffeur en disant :
Prend ça mon petit, c’est pour le déménagement.
Tu fais du bon travail, poursuit-il.
Puis, il plonge sa main gauche dans la poche intérieure droite du même veston pour en sortir une autre liasse de billets aussi épaisse que la première qu’il tend à nouveau au chauffeur en disant :
Prend aussi ça mon petit, c’est pour la sécurité de ton chef.
Minuit n’est pas loin quand le directeur et son chauffeur prennent cordialement congé du tout puissant trésorier payeur général.
De retour chez lui, le responsable du budget fait monter son butin en toute sécurité à l’étage pendant le chauffeur attend impatiemment en bas dans le salon.
Une fois redescendu, il s’installe confortablement dans son fauteuil en posant ses pieds dénudés sur la table basse et s’empare de sa commande en quête d’un programme télé intéressant.
Le chauffeur regarde fixement son chef qui commence à piquer du nez de fatigue et sent qu’il faut réagir sans quoi il sera trop tard.
Chef ! Je commence à partir, lance-t-il timidement mais rien n’y fait.
Le directeur du budget commence à ronfler et le chauffeur commence de son côté à s’inquiéter.
Chef ! Moi je commence à partir, relance-t-il avec plus d’entrain, mais toujours rien. Le guerrier comprend qu’il n’en tirera rien s’il ne réveille pas son chef.
Chef ! Je commence à partir finit-il par crier
Le responsable du budget de la dictature sursaute de son canapé et le chauffeur répète à nouveau mais plus posément : Mokondzi na Komi Ko Kendé !
Monsieur le directeur met sa main dans la poche de son pantalon pour en sortir des liasses qu’il transmet au chauffeur qui disparait immédiatement. Une heure du matin n’est pas loin.
Avant que l’année 2008 ne s’achève, un des domestiques du directeur général du budget, M. Jean Bambélo, accusé d’avoir volé près de cent millions de francs cfa, trouvera la mort, d’abord molesté puis abattu sauvagement par une arme à feu.
Un simulacre de procès organisé par la justice de la tyrannie tribale absoudra ce crime ignoble puisque les originaires du Pool ont de toutes les manières, perdu leur certificat d’humanité.

SOURCE : https://www.facebook.com/groups/1977112379190529/permalink/2208360059399092/

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.