LE ZIMBABWE : Rupture ou Continuité après de départ de Robert Mugabe ?

Robert Mugabe a été l’artisan de l’indépendance de son pays. Le rêve de tout un peuple de s’émanciper de la barbarie de la colonisation anglaise qui faisait des Noirs, des citoyens de seconde zone. En ce sens devant l’histoire, il est le Père de la nation Zimbabwéenne car il faut rendre à César ce qui est à César.

La semaine qui vient de s’écouler a été riche en émotion pour les Africains épris de démocratie et de liberté.

En effet le baobab de la révolution Zimbabwéenne, le Président dictateur vient d’être déraciné par une action conjuguée des militaires et de la population zimbabwéenne. Est-ce un coup d’état ou une révolution de palais ? Toujours est-il qu’il n’a pas su quitter les choses avant qu’elles ne le quittent. Triste départ pour le grand artisan de l’indépendance Zimbabwéenne.

Robert Mugabe a été l’artisan de l’indépendance de son pays. Le rêve de tout un peuple de s’émanciper de la barbarie de la colonisation anglaise qui faisait des Noirs, des citoyens de seconde zone. En ce sens devant l’histoire, il est le Père de la nation Zimbabwéenne car il faut rendre à César ce qui est à César.

Puis vint la dictature, car "le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument" et "le pouvoir sans l’abus n’offre aucun charme" dixit Paul Valéry. Les idéaux de la révolution s’envolèrent pour laisser la place à la frénésie de l’accaparement des richesses de son pays. Ce schéma macabre est connu des potentats de l’Afrique subsaharienne. Ils commencent par éliminer un à un ceux qui les ont aidé à prendre le pouvoir afin de régner en maître absolu avec les épouses, les enfants, la famille, les maîtresses et les nouveaux courtisans que l’on aura choisi et qui seront corvéables à merci. Cette rhétorique a été maintes fois élaborée par tous les dictateurs africains notamment Sassou au Congo-Brazzaville. C’est la tragédie du Roi Christophe.

A défaut d’une succession monarchique, de père en fils, les femmes des tyrans africains entrent aujourd’hui dans la danse pour faire la pluie et le beau temps. Combien de ministres, de politiques et d’administrateurs ne doivent leur poste que par la seule volonté des épouses des tyrans. Il est de bon temps de s’acoquiner avec la femme du Président pour espérer faire une carrière tant politique qu’administrative. Gageons que ces temps seront révolus dans un avenir proche afin de mettre la méritocratie et l’humain au centre de la société.

Robert Mugabe s’en est allé. Mais, ils restent plusieurs plaies béantes qui continuent à faire la honte de l’Afrique, notamment en Afrique centrale qui est le plus mauvais élève en termes de démocratie et des respects de libertés fondamentales. Ils ne comprennent pas que seul Dieu et la Patrie sont immortels.

La transition pacifique que vit le Zimbabwe avec l’appui de l’armée (qui doit être normalement apolitique) montre que le chemin pour aboutir à une démocratie pleine et entière est encore long. Mugabe sera remplacé par son dauphin, son compagnon de lutte, Emmerson Mnangagwa (dit le crocodile) qui l’a toujours soutenu même lors des répressions sanglantes vis-à-vis du peuple zimbabwéen. Mugabe a été perdu par la boulimie politique de sa femme. Que ce crocodile ne retrouve pas son instinct de prédateur et se transforme en agneau. L’armée et le peuple Zimbabwéen ont pris leur responsabilité sans l’aide de la communauté internationale. Cette communauté d’intérêt qui dans un premier temps a réclamé de rétablir l’ordre constitutionnel avant de se raviser. Le peuple zimbabwéen n’a pas voulu des diktats venus de l’extérieur.

Accordons au nouveau président zimbabwéen le bénéfice du doute car tout Homme a droit à la rédemption. Le travail qui attend le nouveau maître des lieux est titanesque. La tâche sera ardue tant le clientélisme, le népotisme est la marque de fabrique de certains dirigeants africains en commençant par ces mêmes militaires qui réclameront leur part du gâteau pour l’avoir installé sur fauteuil présidentiel. N’est-ce pas eux qui ont fait de lui le nouveau roi. C’est le commencement d’un nouveau cycle dont les dérives ne tarderont pas à apparaître. N’oublions jamais que la démocratie ne s’accommode pas de la pauvreté matérielle.

Un vent d’espoir se lève du coté du Zimbabwe. Sans s’attarder sur l’âge du nouveau capitaine, il est temps qu’une nouvelle classe politique des dirigeants émergent afin de faire face aux nombreux défis qui les attendent. La politique doit retrouver ses lettres de noblesse. La politique c’est donner du sens, partager des valeurs et agir conformément à ses convictions. Ainsi, il ne faudra pas rater les débuts comme disait l’autre.

L’Afrique ne doit plus être le continent de la pauvreté, de la corruption et de la malgouvernance. Les effets néfastes de ces mauvais maux ramènent notre continent au temps de l’esclavage avec nos frères et sœurs vendus en Libye comme du bétail. Il y a lieu de s’interroger sur les causes de cet exode de la jeunesse africaine qui désespère de ne pas avoir un avenir meilleur chez lui. Nos dirigeants africains sont les seuls responsables de cette tragédie avec des États en faillite qui n’existent que de nom. Par ailleurs, il y a un silence assourdissant de la part de Sassou président du Comité de Haut Niveau de l’Union africaine sur la Libye. Pour paraphraser Norbert Zongo, je dirais que "personne n'aura d'avenir dans un pays qui n'en a pas."

Bien qu’une hirondelle ne fasse pas le printemps, ce deuxième éclairci, après l’annulation de l’élection présidentielle au Kenya dans un ciel africain assombri par de multiples tripatouillages électoraux, ne doit pas nous faire oublier que le plus dur reste à faire tant que d’autres dictateurs continueront à exercer leur talent maléfique au détriment de la population africaine. Cet essai doit être transformé au niveau continental pour le bien de tous, tel est notre plus grand challenge. Mais nous devrions tous y croire car aucune certitude n’est acquise et que l’impossible est toujours possible.

Albert Pine a dit : "Ce que nous faisons pour nous même disparaît avec nous. Ce que nous faisons pour les autres et le monde est immortel et demeure." Que ces dictateurs emportent leurs frasques et nous laissent la démocratie, la bonne gouvernance et la paix.

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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