Congo : Malheur à ces pasteurs des églises chrétiennes qui livrent encore Jésus !

Les dignitaires du pouvoir de Brazzaville sont dans la plupart, pour ne pas dire sont tous, des adeptes de la loge maçonnique dont Denis Sassou Nguesso est le gourou. Mais, nous ne pouvons pas assimiler l’Etat à cette loge. Le premier Président du Congo, Fulbert Youlou était un prêtre catholique ; mais l’Etat n’avait pas un caractère chrétien ou catholique...

entree-basilique-sainte-anne
Après la publication de notre réaction à l’article paru dans Le troubadour sur l’Affaire Norbert Dabira à la Dgst, dans lequel nous dénonçons aussi le parrainage de la célébration du 80eme anniversaire de la création de la mission catholique Sainte Thérèse l’Enfant Jésus Christ de Lékana, par un franc-maçon, Florent Tsiba, ministre d’Etat, directeur de cabinet du président de la République, beaucoup de chrétiens catholiques et évangélistes du Congo nous ont fait parvenir leurs réactions.

En effet, certaines révèlent carrément leur émoi et leur déception devant les nouveaux rapports entre les églises chrétiennes du Congo et la loge maçonnique dont Denis Sassou Nguesso est le gourou ; d’autres font état d’un réel scandale que cette relation provoque auprès des esprits fragiles. Ils ne voient pas et ne comprennent pas comment peuvent-ils communier avec des non-chrétiens dont les pratiques ne cadrent pas avec l’évangile.

Mais, toutes nous demandent de revenir sur ce sujet en long et en large non pas seulement pour dénoncer le comportement des Pasteurs des églises chrétiennes du Congo vis-à-vis de la loge maçonnique ; mais aussi de les aider à définir le type de relation que ces églises peuvent avoir avec l’Etat. Car, les Pasteurs des églises chrétiennes du Congo doivent cesser de livrer Jésus !

Nous avouons que nous avons beaucoup hésité avant de rédiger cet article parce que la mission que ces chrétiens nous confiaient, était très délicate. Non seulement parce que certains veulent des noms de pasteurs ou prêtres francs-maçons ou qui auraient ouvert les portes de leurs églises pour favoriser cette relations avec la loge maçonnique de Sassou Nguesso ; mais aussi parce que nous avons pensé que ce rôle allait être mieux joué par un pasteur ou un prêtre.
Nous pensons à ce prêtre congolais qui avait caché son identité ; mais qui, un jour, a eu un débat contradictoire et très édifiant avec nous sur le site de Zenga-Mambou.

D’ailleurs, voici ici l’occasion de saluer son courage et de lui de demander de sortir de l’anonymat. Car personne n’allume une lampe pour la mettre sous la table.

Pour répondre à ces nombreux messages qui nous sont parvenus, nous avons donc voulu donner à ce article le caractère d’une humeur pour ne pas écrire un article de presse ou de recherches qui nous demanderait beaucoup de retenus ou nous prendrait beaucoup de temps.

Le Congo est un Etat laïc :

D’entrée de jeu, nous soulignons la confusion qui est établie au Congo dans les relations entre l’Etat et la loge maçonnique.

Certes, les dignitaires du pouvoir de Brazzaville sont dans la plupart, pour ne pas dire sont tous, des adeptes de la loge maçonnique dont Denis Sassou Nguesso est le gourou. Mais, nous ne pouvons pas assimiler l’Etat à cette loge.

D’ailleurs, le Congo étant un état laïc, il faudra donc que les Congolais mènent aussi ce combat pour que leur Etat ne revête pas la couleur d’une religion ou d’une secte ou encore d’une loge.

Le premier Président du Congo, Fulbert Youlou était un prêtre catholique ; mais l’Etat n’avait pas un caractère chrétien ou catholique. On n’obligeait pas les cadres militaires et civiles d’être tous chrétiens catholiques avant de se faire nommer à un grade supérieur ou un poste de responsabilité. Ce caractère laïc, on l’a aussi vu dans le pouvoir de son successeur, Alphonse Massamba Débat qui, lui, était un chrétien protestant ou évangélique.

Alors pourquoi veut-on habiller aujourd’hui l’Etat avec une religion ou faire de la franc-maçonnerie de Sassou Nguesso une religion d’Etat ? Les recrutements dans la fonction publique, les promotions et les nominations à des hautes fonctions des cadres sont tous conditionnés par cette appartenance ou cette adhésion à la loge maçonnique. L’Etat congolais aurait-il tout simplement renoncé à son caractère laïc ?

Nous accusons les Pasteurs des églises chrétiennes !

Oui, nous accusons les Pasteurs des églises chrétiennes parce que non seulement ils n’ont pas eu le courage d’informer les chrétiens sur cette loge qui est fondée sur la sorcellerie et le mysticisme (le contraire de la Bonne Nouvelle) ; mais aussi parce que nombre d’entre eux sont allés, eux aussi, chercher la lumière dans cette loge. Alors que Jésus leur dit : « Je suis la lumière du monde ».

Les Pasteurs des églises chrétiennes seraient-ils tout simplement désaxés ou manqueraient-ils d’argument dans le débat sur le spirituel et le temporel ?
Voici un extrait de notre nouvelle «  On se verra à Rome  » dans lequel nous abordons ce sujet : ce débat « ne doit pas servir pour limiter les champs d’action de l’Etat et de l’Eglise.

C’est-à-dire croire que le spirituel, c’est l’affaire des églises, et le temporel, celle de l’Etat, est complètement faux ! L’Etat a le droit de contrôler la qualité de la nourriture spirituelle que servent les églises aux populations. Parce que ce sont ses citoyens. Et, les églises ont aussi le droit de contrôler la qualité de tout ce que l’Etat fait consommer aux populations. Parce qu’elles font partie du peuple de Dieu. En tant que Pasteurs des églises, ils ont donc la mission de veiller sur le peuple de Dieu. C’est pourquoi les deux institutions sont condamnées à travailler ensemble et à se surveiller pour éviter que ni l’une ni l’autre ne développe un « terrorisme » c’est-à-dire devienne un lieu de la propagation des antivaleurs. Et, aucune d’entre elles n’a le droit d’affaiblir l’autre. Leurs relations ne doivent pas être conflictuelles. Rien ne doit les pousser à être conflictuelles. Car, elles ne sont pas concurrentielles, mais plutôt complémentaires. C’est pourquoi, les églises ont, elles aussi, le droit de parler du pétrole, du bois, du fer, de l’or… que regorgent leurs pays. »

Et, si ce n’est que pour solliciter des aides financières !

Parmi ces messages, quelques uns pensent que ce sont les difficultés financières que rencontrent les églises chrétiennes dans la réalisation de leurs projets qui pousseraient les Pasteurs à tendre leurs mains vers les dignitaires du pouvoir même s’ils sont francs-maçons. Et, ils ne peuvent pas ne pas inviter un membre de cette loge qui a financé une activité de l’église. C’est sans doute le cas du ministre Florent Tsiba qui a été le parrain du 80eme anniversaire de la création de la mission catholique Sainte Thérèse l’Enfant Jésus Christ de Lékana.

Là aussi, nous accusons les Pasteurs des églises chrétiennes

Il ne faudrait pas perdre de vu que les églises chrétiennes du Congo sont en face d’un pouvoir qui est géré par des francs-maçons. Nous ne disons pas un Etat franc maçon, car l’Etat congolais est laïc. Et, ce pouvoir brille par une mauvaise gouvernance dont les crimes de sang, de démocratie et des crimes économiques sont les fondements.
Certes, le prêtre anonyme qui avait débattu avec nous avait parlé du Pape Jean Paul II qui avait demandé aux tenants de la grande mafia italienne de se convertir ; mais les crimes des dignitaires du pouvoir congolais devaient scandaliser.

D’ailleurs, nous avons toujours demandé l’excommunion de Denis Sassou Nguesso et sa clique par le pape François ou les évêques du Congo.

Au temps d’Adolphe Hitler, le monde allait aussi être scandalisé si le Pape Pie XII (1939-1958) lui avait rendu une visite officielle ou l’avait reçu au Vatican. Mais, pourquoi aujourd’hui, le cas de Denis Sassou Nguesso dont les mains égouttent encore le sang de beaucoup de centaines de milliers des Congolais, et les costumes dégagent les odeurs de cadavres pourris ne scandalise, ni ne choque l’humanité ?

Pourtant, les Pasteurs des églises chrétiennes ont une voie légale qui peut les aider à obtenir d’une manière aussi légale l’aide ou les subventions de l’Etat.

La première voie est celle de soutenir les partis d’obédience chrétienne. Il suffit de recenser ceux qui ont déjà ce germe en leurs seins ; et de donner à leurs leaders une formation à travers les aumôneries des partis ou des hommes politiques. Nous pensons que les églises chrétiennes doivent cesser d’être hypocrites. Les Pasteurs donnent l’impression de ne pas s’intéresser à la politique, alors qu’ils sont tous des parrains ou des pères spirituels des hommes politiques.

Après la Conférence nationale souveraine, quelques chrétiens comme François Lumwamu, président de la commission épiscopale de l’apostolat des laïcs (Cnalc), Jean Jacques Goma, Hyacinthe Bakanga… avaient osé prendre le chemin de la politique. Ils avaient créé l’Union nationale des patriotes croyants (Unapac).

Malheureusement, ils n’ont pas eu le soutien de leurs églises. D’ailleurs, ils ont été combattus par leurs Pasteurs. Et, la flamme allumée avait été vite éteinte. Alors que ce parti avait commencé à faire parler de lui parce que d’aucuns pensaient qu’il était le parti de Mgr Ernest Kombo ou des églises membres de l’œcuménisme.

Aujourd’hui devant le chaos et les mauvaises valeurs dans lesquelles pataugent les Congolais, il devient plus qu’une nécessite pour ne pas dire une urgence d’avoir des partis ou un grand parti d’obédience chrétienne.

Les églises chrétiennes du Congo doivent encourager les chrétiens qui se sont engagés dans la politique. Elles doivent leur apporter ouvertement le soutien dont ils ont besoin. Chacune devra avoir une pastorale sur la politique. Elles doivent aider les partis politiques d’obédience chrétienne à avoir des élus à l’assemblée et au sénat. Car, ce sont ces élus qui devront proposer des projets des lois sur le financement des œuvres sociales des églises chrétiennes et défendre les valeurs chrétiennes. Ils seront la « lumière  » et le « sel » dans toutes les institutions républicaines.

À l’image des partis politiques qui sont subventionnés par l’Etat, les églises chrétiennes, partant de leurs œuvres sociales et leur mission de former des chrétiens donc des bons citoyens, doivent être, elles aussi, subventionnées par l’Etat.
Voilà une façon simple, légale et légitime de tendre la main à l’Etat. Et croyez-moi, un pouvoir qui subventionnera d’une manière officielle, légale et légitime les œuvres sociales des églises chrétiennes sera béni.

Pour terminer, nous profitons de ces pages pour saluer l’initiative du Comité laïc de coordination (CLC), une structure de l’église catholique qui est en République démocratique du Congo, qui organise une marche pacifique, le 31 décembre 2017, dans tout le pays, pour libérer son avenir. Nous apprenons que les évêques et tout le clergé marcheront avec les chrétiens. Nous prions pour que l’Esprit saint soit sur tous les manifestants et espérons par ailleurs que les Pasteurs des églises chrétiennes du Congo, eux aussi, prendront le relai pour se désolidariser du pouvoir de Sassou Nguesso. Car, leur long silence commence à être pris pour une complicité. Le bon berger n’est-il pas celui qui donne sa vie pour sauver ses brebis ? Malheur à ces Pasteurs des églises chrétiennes qui livrent encore Jésus !

Nous croyons avec beaucoup de modestie avoir répondu aux attentes de ces nombreux chrétiens congolais qui nous ont demandé de dénoncer en long et en large les relations entre les églises chrétiennes et la loge maçonnique de Sassou Nguesso.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain

basilique-sainte-anne-du-congo

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.