(Congo) Le CHU de Brazzaville poursuit sa chute

C’est inédit. Le turn-over des managers du grand centre hospitalier du Congo-Brazzaville est époustouflant. En l’espace de quatre années, trois directeurs se sont succédé pour tenter d’apporter des solutions aux problèmes qui bloquent le bon fonctionnement de cette structure hospitalière.

LE CHU DE BRAZZAVILLE POURSUIT SA CHUTE

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Hôpital général

C’est inédit. Le turn-over des managers du grand centre hospitalier du Congo-Brazzaville est époustouflant. En l’espace de quatre années, trois directeurs se sont succédé pour tenter d’apporter des solutions aux problèmes qui bloquent le bon fonctionnement de cette structure hospitalière. 

Des précédents 

Gisèle Gabrielle Ambiéro, Sylvain Villiard et Denis Bernard Raiche ont essayé de démanteler les filières mafieuses qui gangrènent le CHU de Brazzaville au vu et au su des autorités du Congo-Brazzaville. Sans succès. Ils se sont cassé les dents. Leurs prédécesseurs, le Colonel Ignace Ngakala et Bernard Ovoulaka n’ont rien pu y faire, contribuant plutôt à la malversation financière et à la corruption. En l’absence de toute poursuite judiciaire, Ignace Ngakala et Bernard Ovoulaka ont versé dans le détournement des fonds alloués au CHU de Brazzaville. 

Cas canadiens 

Arrivé avec tambours et trompettes, sur l’air de « vous allez voir ce que vous allez voir, un franc est un franc, etc.… », portée en étendard par Lydia Mikolo, l’ancienne Ministre de la Santé et Richard Biléko, Inspecteur général de la santé, l’équipe canadienne a jeté l’éponge, plongeant l’administration Sassou et le gouvernement Collinet Makosso dans l’embarras. Gilbert Mokoki, le nouveau ministre de la Santé ne sait par quel bout tenir le système de santé du Congo-Brazzaville. 

La nomination du Professeur Thierry Raoul Alexis Gombet à la tête du CHU de Brazzaville s’accompagnera-t-elle d’un nouveau mode de management ? Sylvain Villiard et Denis Bernard Raiche, combattus par des syndicats véreux et « en même temps » opérateurs économiques de l’établissement sanitaire qu’ils prétendaient défendre, sont repartis de la pire des manières. Les deux directeurs du CHU de Brazzaville ont quitté le Congo-Brazzaville sur la pointe des pieds et la queue entre les pattes, donnant ainsi du grain à moudre à Jean Bernard Nkoua-Mbon, Albert Ngatsé Oko, Bienvenu Victor Kouama et les représentants des travailleurs adversaires farouches à la solution canadienne prônée par le tandem Mikolo-Biléko. Une vive altercation par réseaux sociaux interposés avait opposé Richard Biléko à Jean Bernard Nkoua-Mbon à propos de la gestion du CHU de Brazzaville. Les deux «  bana Poto-Poto » qui n’ont pas fait le coup de poing dans la salle d’opération comme Nick Filla dans les rues de Paris et qui écument au quotidien les couloirs du centre hospitalier de Brazzaville sont parvenus au même diagnostic : le CHU est malade et est dans un état comateux. Cependant, les deux toubibs, qui ne brillent pas par leur modestie, divergent sur la thérapie de choc à appliquer. L’un, Richard Biléko, a soutenu la politique du ministère de la Santé d’alors et l’autre, Jean Bernard Nkoua-Mbon, a prôné la gestion du CHU par des cadres congolais. 

L’état de santé du Congo 

Traversé par des tendances contradictoire, frappé par une crise sanitaire, miné par une baisse des recettes budgétaires, le Congo-Brazzaville navigue à vue quant à la gestion de son système sanitaire. Le projet de loi de finances rectificative du Congo-Brazzaville prévoit : des recettes budgétaires qui s’établissent à 1 665,5 milliards de FCFA, en baisse de 208,4 milliards de FCFA par rapport aux prévisions initiales, soit un taux de 11,1% ; des dépenses budgétaires estimées à 1500,6 milliards de FCFA, en baisse de 144,0 milliards de FCFA soit 8,7 %, consécutive à celle des recettes ; un solde budgétaire de 164,9 milliards de FCFA. 

L’oiseau rare 

Thierry Raoul Alexis Gombet, le nouveau directeur général du CHU de Brazzaville, qui prend la suite du canadien Denis Bernard Raiche, aurait-il le soutien politique et financier qui a manqué à Gisèle Gabrielle Ambiéro et aurait-il les coudées assez franches pour donner un coup de pied à la fourmilière ? L’ex directrice des ressources humaines du ministère des Finances avait été débarquée de la direction du CHU de Brazzaville pour avoir réclamé à hue et à dia l’engagement de Denis Sassou Nguesso. 

Manier le bistouri est une chose, tenir l’équerre les comptes d’une structure hospitalière c’en est une autre. Le CHU de Brazzaville, ce « mouroir », aurait-il déniché en la personne de Thierry Raoul Alexis Gombet, l’oiseau rare qui consacre la victoire de Jean Bernard Nkoua-Mbon sur Richard Biléko ? 

Thierry la fronde 

Thierry Raoul Alexis Gombet disposera-t-il de tous les moyens financiers pour mener à bon port ce joyau sanitaire ? Quels sont les objectifs et les missions qui lui sont assignés par le gouvernement ? 

Il est l’heure pour Denis Sassou Nguesso, Anatole Collinet Makosso et Gilbert Mokoki de sortir de l’ambiguïté pour que les populations du Congo-Brazzaville puissent assumer avec responsabilité les choix qu’impose la gestion d’une politique de santé. 

Benjamin BILOMBOT BITADYS

 

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