L’Amérique antisolidaire

Les je-m-en-foutistes aux États-Unis pendant la pandémie

(N.B. l'auteur est américain, donc le "nous" est de mon perspectif américain)

En 2020, le fléau qui s’appelle le Coronavirus s’est installé aux États-Unis pour lesquels les conséquences sont très graves : plus de 66 000 de morts, plus de 30 millions de chômeurs de plus, une économie en panne, et un peuple pour qui les traumatismes collectifs et individuels ne disparaîtront pas bien avant longtemps. Éventuellement, le Coronavirus s’effacera, mais en laissant des traces qui vont clairement perdurer. 

Mais bien auparavant le grand bouleversement de 2020, une autre maladie a pris racine dans notre pays pour laquelle l’esquisse des conséquences commence à se révéler. Avec plus de 50 000 de morts, nous sommes en train de payer un tribut lourd par lequel la politique de je-m’en-foutisme manifeste ses fruits pourris une énième fois dans ce pays énigmatique. 

Depuis les années de Président Reagan, l’Amérique devient de plus en plus antisolidaire. Une partie conservatrice de notre société exalte avec pas mal d’insistance, voire de fierté d’une vision d’Amérique régressive :

                    L’eau propre, l’air pur : ils s’en foutent

                    L’assurance maladie universelle : ils s’en foutent

                    Les pauvres : ils s’en foutent

                    Les morts dues au Coronavirus : ils s’en foutent

Pour eux, ce qui compte est leur vision de liberté et d’individualisme. Ils partagent une sorte de vision d’Amérique rigoriste, voire puritaine. En fuyant l’Angleterre, nos ancêtres cherchaient d’être libres de l’oppression qu’ils subissaient. Par contre, nos libertariens actuels cherchent à imposer leurs valeurs chrétiennes très conservatrices, leurs objectifs régressifs, et même parfois leurs idées presque anarchistes. Qui n’a pas vu les gens qui ont manifesté pour opposer les contraintes d’une crise sanitaire sans précédent depuis plus de 100 ans ? Ces gens-là n’accepteront pas le moindre sacrifice pour que l’on puisse mettre fin à cette crise. 

Bien sûr, le caractère américain est fort de 200 cents ans d’individualisme, d’isolationnisme, et de clivages. La Guerre de Succession divisait le pays et le sang coulait entre voisins pour disputer deux visions opposées. Avant la Seconde Guerre mondiale, le pays résistait d’entrer dans le conflit pendant deux ans parce que c’était une guerre des autres. Très souvent, les arguments pour résister d’être solidaire avec d’autres pays et d’autres concitoyens sont motivés par sentiments individualistes, nationalistes, et xénophobes.  

Plus récemment, ce caractère individualiste se tourne aux idées antisystèmes, contre connaissances scientifiques, et contre l’idée d’une société soudée. La droite américaine fait tout pour saboter la confiance au gouvernement, à nos institutions, et à l’idée d’un destin commun. Ils s’en foutent si l’air pourri tue, si la planète surchauffe, et si des millions meurent de pauvreté et des maladies. Ce qui compte pour eux, c’est leur individualisme. L’Amérique d’abord, c’est LE symbole de leur individualisme antisolidaire parce que le slogan veut dire que ce sont leurs propres intérêts qui sont les plus importants et beaucoup plus importants que les nôtres. 

En mars 2020 au commencement de cette crise sanitaire, les ventes des armes ont explosé aux États-Unis. On parle d’un record des ventes à plus de 2 millions d’armes vendues dans un seul mois. C’est l’absence d’un sentiment de solidarité collectif au pays qui propulse une partie substantielle de gens de voir leurs concitoyens dans une lumière méfiante. Plus que jamais, on a tous besoin de solidarité pour arriver au bout de cette crise. Néanmoins et malheureusement, ce sont les armes au feu qui sont salvatrices pour certains. En regardant cette ruée vers des armes, nous observons un peuple apeuré. En ce moment où l’on devrait être plus unis, nous nous trouvons plus divisés. 

Pour arriver au but d’un pays libre de Coronavirus, les divisions que l’on observe aujourd’hui sont une menace contre notre bien-être. La fabrique de solidarité que nos temps demandent est cruellement absente. Par contre, le Président et son tas de gens antisystèmes et antisolidaires sont plus clivants que jamais. Ces je-m’en-foutistes parlent presque que de libertés perdues, le redémarrage de l’économie, et s’opposent à une solution solidaire dans laquelle on travaille ensemble comme de vrais états unis pour résoudre tous les problèmes de Coronavirus et de ceux qui vont sûrement suivre la maladie. 

Si l’on veut gagner la bataille face au Coronavirus, il faut que la première étape soit prise : être solidaire en rejetant tous les comportements nuisibles à la bonne santé du peuple et le bon fonctionnement de notre société : l’individualisme débordé, le sentiment antigouvernemental et antisystème, et surtout le je-m-en-foutisme.   

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